24/11/2016

La vraie recette des Contrats de quartier de Vernier (et ses ingrédients)

Mercredi 23 novembre, les 5 Contrats de Quartier de Vernier ont tenu leur première assemblée annuelle conjointe.

Après 11 ans d’existence, les Contrats de Quartier – ces structures de démocratie participative – font la fierté de Vernier et de ses habitant-e-s. J’en veux pour preuve la centaine de personnes qui se sont pressées à cet évènement. Cette implication dans une réunion formelle rendrait jalouse bon nombre de collectivités publiques et d’associations.

Mais pourquoi ce succès ?

Les contrats de quartier ont donné un sens concret au terme de démocratie participative en rendant notre ville encore plus dynamique à l’intérieur et vers l’extérieur, plus active en permettant à l’action publique de toucher davantage encore d’habitantes et d’habitants, et plus engagée dans le développement essentiel de liens sociaux. En 2016, ce ne sont pas moins de 40 projets qui ont été proposés, portés et mis en œuvre par les habitant-e-s.

Cette assemblée générale conjointe inédite, animée par les porteur-euse-s de projet eux/elles mêmes, nous a réservé de véritables moments d’émotion:

  • Comme cette dame indienne, qui maîtrise peu le français, mais qui a néanmoins tenu à prendre la parole pour dire combien l’organisation de son projet de « concert de musique indienne » lui avait permis de découvrir son quartier et ses voisin-e-s. 

  • Comme ces deux jeunes, qui ont voulu témoigner de la confiance accordée par les Contrats de Quartier dans la réalisation de leurs projets de diffusion des matches de l’Euro sur écran géant ou de mise à disposition d’un
    local d’enregistrement.

  • Comme ces deux mères de famille de Vernier-Village qui avec créativité ont créé une structure de troc dans un bâtiment désaffecté.

  • Comme cette dame d’origine africaine qui a voulu proposer des thés dansants pour rapprocher ses voisins et les habitant-e-s du quartier.

  • Comme ce groupe de seniors qui organise chaque année une sortie originale pour les aînés des Avanchets.

  • Comme ce groupe de bénévoles qui donnent, gratuitement, des cours de français à des jeunes migrants logés à l’abri PC de Balexert, et les emmènent visiter Vernier et le canton de Genève. Quel moment d’émotion, d’ailleurs, que de voir quelques uns de ces migrants être présents à cette soirée et pouvoir échanger avec la salle.

Faire confiance aux experts du quotidien

Les Contrats de Quartier sont le fer de lance de la politique de cohésion sociale de la Ville de Vernier. Une politique qui fait confiance aux habitant-e-s, les expert-e-s du quotidien, qui ont su s’emparer de cet outil pour faire vivre leur quartier et développer ainsi les indispensables solidarités de voisinage qui rendent la vie si agréable dans notre commune.

Leur engagement, à chaque fois, m’impressionne.

Leur volonté de vivre-ensemble, à chaque fois, m’émeut.

Vive les Contrats de Quartier !

19:07 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

18/09/2016

AVS +, un investissement pour l’avenir

Le 25 septembre prochain, nous voterons sur l’initiative demandant une augmentation de 10% des rentes AVS. Initiative solide, intelligemment présentée et visant à améliorer la qualité de vie de nos seniors et aînés, « AVS+ » a le mérite de la clarté. Clarté d’un choix de société qui n’entend pas laisser les retraités vivre dans la précarité ou dépendre de l’aide sociale (prestations complémentaires) pour subvenir à leurs besoins de base. Clarté d’une politique résolument tournée vers l’avenir et la sécurité, lorsqu’on sait combien les revenus des fonds de prévoyance (2ème pilier) sont instables et plus risqués que jamais. Clarté d’une volonté d’investir dans le bien-être de celles et ceux qui, d’ici moins de 30 ans, composeront plus de la moitié de la population Suisse.

« AVS+ » est un projet viable et financièrement sain, basé sur un financement paritaire (salariés/employeurs), qui permettra de diminuer d’autant le recours aux aides étatiques. C’est donc bien le fruit du travail, et non une augmentation de la fiscalité, qui financera cette réévaluation des prestations. C’est là le principe même de notre système assurantiel. Quoi de plus sain !

Aujourd’hui, en Suisse, ce sont près de 200'000 personnes qui gardent la tête hors de l’eau, uniquement grâce au soutien financier des prestations complémentaire, qui viennent combler les montants trop bas de la seule AVS. Est-ce normal dans un pays aussi riche que le nôtre ? Comment peut-on justifier, avec les richesses que nous produisons, que près de 4 femmes sur 10 n’ont que leur AVS pour vivre ?

Certes le pays vieillit, c’est le cas partout en Europe. Certains diront qu’il faut donc limiter les coûts de la vieillesse… quelle logique absurde ! Alors que, toutes et tous, nous ferons un jour ou l’autre – de plus en plus nombreuses et nombreux – partie de cette population, il est au contraire temps d’investir dans le bien-être des seniors.

Il est aujourd’hui grand temps de s’emparer de la problématique du vieillissement de la population. Non pas sous l’angle des coûts que ce phénomène va engendrer, mais bien en fonction de la qualité de vie que nous voulons offrir à celles et ceux qui doivent pouvoir profiter d’une retraite à l’abri du besoin.

Nous sommes aujourd’hui face à un tournant de notre politique sociale. Sommes-nous prêts à faire les efforts pour investir dans nos seniors, ou allons-nous continuer à considérer que le travail de toute une vie ne mérite rien (ou presque) ?

17:19 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

25/07/2016

Les élus municipaux démissionnent: "Préservons le système de milice!"

Selon l'article de la Tribune de Genève du 24 juillet 2016, basé sur les chiffres fournis par la Chancellerie d'Etat, 16,74% des conseillers municipaux du Canton de Genève ont changé en un an, depuis le début de la législature en juin 2015, un taux très élevé déjà pour une première année de législature. Trop certainement. La situation est préoccupante, mais des solutions existent.

Une situation préoccupante

En tant que président de l'Association des Communes Genevoises, cette situation me préoccupe à plus d'un titre. Le système de milice, notamment à l'échelon communal, est un des piliers de nos institutions. Certes, il ne faut pas oublier que la démission d'un-e élu-e entraîne par ricochet l'élection d'un-e vient-ensuite, soit une force nouvelle, peut-être plus motivée ou ayant plus de temps à dégager pour la choses publique. Mais cette hausse inquiétante des démissions qui représente une perte de compétences pour la collectivité publique, n'est pas imputable uniquement aux élu-e-s qui démissionnent. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, à mon avis. A chacune de celles-ci, des solutions peuvent et doivent être trouvées.

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11:32 Écrit par Thierry Apothéloz dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

24/06/2016

Bye bye Britain !

La Grande Bretagne a choisi de quitter l’Union Européenne. Bye Bye Britain.

J’entends déjà la joie des europhobes de Grande-Bretagne, bien sûr, de l’Union Européenne, évidemment, et de Suisse, quoi de plus normal. Je perçois également la joie des critiques de droite et de gauche de cette Union européenne honnie.

Les perdants de la mondialisation et de la libre circulation ont envoyé un message aux gagnants de l’ouverture. Les régions désindustrialisées les battues ont envoyé un message à Londres la victorieuse. Les campagnes ont dit leur fait aux villes. Londres la ville monde, la cosmopolite, n’a pas suffi. L’Ecosse l’europhile n’a pas pesé lourd.

Beaucoup s’en réjouissent chez nous. Enfin, l’UE est battue.

Je ne suis pas ceux là. La victoire de la fermeture n’est jamais un bon signe.

Dans notre monde et notre Europe, interconnectée, ce résultat nous plonge dans des abîmes d’incertitude. Les bourses plongent. Le Franc suisse s’envole. Une économie mondiale, européenne et suisse encore fragile s’enrhume à nouveau.

Je regarde ces résultats ; je tente de les analyser. J’essaie de les interpréter à l’aune de la réalité genevoise et suisse. Et, je ne suis malheureusement pas surpris.

La campagne du « remain », du OUI à l’Europe, celle de l’ex premier ministre David Cameron a utilisé les mêmes méthodes que celles employées lors des élections générales de 2015 et du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse en 2014 : la peur.

Cette fois-ci, cela n’a pas fonctionné. Ou, en tous les cas, les pro-Brexit ont touché avec plus de dextérité les peurs de certains Britanniques.

Difficile de dire à ceux qui voient les pressions exercées sur leurs emplois et leurs salaires qu’une sortie de l’UE mettrait à mal l’économie. Compliqué de parler chute du marché à ceux qui encaissent de plein fouet les conséquences des politiques d’austérité.

Quand Londres dit oui à l’Europe, elle dit oui au dynamisme de la capitale, aux opportunités offertes par l’UE et la libre circulation. Quand l’Ecosse dit oui à l’Europe, elle dit oui aux bénéfices de la qualité de membre et à l’appartenance à un corps plus large que la Grande-Bretagne. Oui à un projet, des perspectives et des actions concrètes.

Je suis convaincu que face à ceux qui veulent que la Suisse Genève se referment seul un message positif et lucide est possible. Offrir des perspectives, un avenir face aux peurs. Ne pas répondre à la peur par la peur.

Oui, les accords bilatéraux avec l’UE ont bénéficié à Genève, à son économie, mais pas directement à tous et toutes les Genevois-es.

Des conventions collectives et des salaires minimums liés sont nécessaires afin que la sous-enchère salariale ne soit pas un corollaire obligatoire de la libre circulation. Fournir une formation à tout âge pour que les perdants rejoignent le camp des gagnants face à une économie qui se transforme. Une intervention locale auprès des entreprises pour que les ressources qui existent soient utilisées à leur plein potentiel.

Il est donc possible d’offrir une vision positive de l’avenir afin de répondre aux incertitudes d’un monde, d’une Europe et d’une Suisse en constante mutation. Se voiler la face devant les inquiétudes légitimes de celles et ceux qui se sentent abandonné-e-s dans ce monde hyper-compétitif ne sert à rien. Se refermer, et faire semblant d’ignorer, qu’avec ou sans nous, le monde continuera à se développer, à se rapprocher, est une chimère qui n’offre que des réponses simplistes, provisoires et contreproductives, mettant en danger notre avenir.

Je ne joue pas à ce jeu-là. A la tête d’une commune populaire, je connais cette réalité. Je tente d’offrir la vision d’une société, d’une communauté, solidaire qui peut fonctionner pour toutes et tous. Par des programmes, des actions concrètes, je veux montrer au quotidien qu’il est possible de construire un projet commun.

Alors, je ne me réjouis pas du Brexit. Je n’hurle pas avec la meute. Je me remets au travail pour Vernier et pour Genève, pour une société plus juste, pour toutes et tous.

16:52 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

25/04/2016

Employabilité et discriminations: les termes ne sont pas neutres


upa-employabilite-discrimination.jpgLe 5 mars 2016, j'ai été invité à m'exprimer à l'Universitaire populaire albanaise, en tant que Président de l'Association des Communes Genevoises et Maire de Vernier chargé de la cohésion sociale et de l'emploi, sur les difficultés et discrimination dans le domaine de l’employabilité.

Qu'est-ce qu'un individu employable?

Il est important de s’attarder sur les mots, sur les concepts, qui peuvent eux aussi être une source de discrimination ou du moins d’orientation de la pensée.

Le terme employabilité n’est pas un terme que j’affectionne particulièrement. C’est un bon choix pour cet intitulé, parce que c’est un concept porteur de valeurs discriminantes, justement. On comprend que l’employabilité est le potentiel que détient une personne pour trouver un emploi, qui se base sur son niveau de formation, ses compétences, son réseau, sa capacité de mobilisation, etc. Mais qu’est-ce qu’un individu employable? Quelqu’un qui est porteur de compétences, de suffisamment de compétences, utilisable donc, ou quelqu’un qui est digne d’être employé, de désirable? Ce terme est en ce sens très représentatif du monde de l’emploi, mais pas neutre.

Tout le monde peut être touché par l'une ou l'autre discrimination

La définition formelle de «discrimination» en fait l’action «de distinguer et de traiter différemment (le plus souvent plus mal) quelqu'un ou un groupe par rapport au reste de la collectivité ou par rapport à une autre personne». La discrimination, dans le domaine de l’emploi, notamment, se fait à trois niveaux, en trois temps :

  • Catégoriser les personnes, les affilier à des groupes (les vieux, les expats, les perfectionnistes, etc.) ;
  • Penser que l’appartenance à l’un de ces groupes renvoie nécessairement à certaines caractéristiques et compétences (ou leur absence ; par exemple : être flexible, être loyal, savoir maîtriser les nouvelles technologies, etc.) ;
  • Juger la valeur ou le potentiel économique de personne (dans l’entreprise, dans la société) en fonction de la correspondance de ces caractéristiques/ compétences à une seule et unique norme (pour être un bon employé, il devrait être comme ci ou comme ça).

Qui est touché par ce risque de catégorisation? A peu près tout le monde, en principe, mais certains plus que d’autres. Par exemple: les « trop » jeunes ou les « trop » vieux, les femmes, les personnes d’origine étrangère.

La discrimination positive avantage certains profils

Ce qui entraîne ou du moins renforce cette discrimination est à l’inverse la discrimination positive qui est faite à l’égard de certains profils. Par exemple: on attribuera probablement facilement certaines qualités professionnelles à un jeune homme dans la trentaine, propre sur lui, qu’il n’aura pas forcément.

Une manière de lutter contre la discrimination, c’est utiliser les mécanismes qui en sont à l’origine à son avantage, en tirant partie des éléments de son image que l’on peut maîtriser. C’est que l’on essaie d’inculquer aux personnes quand on les coache en matière de recherche d’emploi, dans la constitution d’un dossier de candidature, pour se préparer à l’entretien.

Le danger? Des jugements considérés comme des vérités!

Lutter contre la discrimination, que chacun porte en soi, l’employeur et l’employé, l’étranger et le suisse, c’est faire l’effort intellectuel de sortir de nos réflexes d’appréciation et tenter de voir les gens autrement. D’avoir un recul sur ses propres préconçus aussi, apprendre à les identifier et s’en défaire. On est constamment tenté, et c’est humain, de se laisser guider par des jugements spontanés. Les catégories peuvent servir. Ce qui devient dangereux c’est que l’on fasse de ces jugements ce qu’ils ne sont pas: des vérités.

Peut-être qu’il faut apprendre à concevoir le monde du travail différemment. Au lieu de partir de l’économie de marché et de ses besoins, pour ne sélectionner parmi les chercheurs d’emploi que celles et ceux qui peuvent servir ce modèle, pourquoi ne pas partir des individus, de leurs caractéristiques, compétences, points de vue singuliers et parfois négligés, et voir comment leur particularité peut être utile à la société.

Sans aller dans un projet de réorganisation utopiste du travail, on peut en partie appliquer cette idée lors de recrutement. Comment ? Quand on est face à une personne séduisante ou convaincante, mais qui semble atypique ou fragile, prendre le risque de l’engager, d’essayer. On a peu à y perdre, mais on risque de gagner beaucoup. Les gens se révèlent souvent en cours d’emploi, et grandissent au gré des accomplissements professionnels, en étant alimenté du regard bienveillant de l’employeur.

L’économie, la société avance par l’innovation, et l’innovation est ce qui est différent de l’habituel. Se priver de la différence, de la singularité, c’est se priver de l’évolution.

 

15:41 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook