25/07/2016

Les élus municipaux démissionnent: "Préservons le système de milice!"

Selon l'article de la Tribune de Genève du 24 juillet 2016, basé sur les chiffres fournis par la Chancellerie d'Etat, 16,74% des conseillers municipaux du Canton de Genève ont changé en un an, depuis le début de la législature en juin 2015, un taux très élevé déjà pour une première année de législature. Trop certainement. La situation est préoccupante, mais des solutions existent.

Une situation préoccupante

En tant que président de l'Association des Communes Genevoises, cette situation me préoccupe à plus d'un titre. Le système de milice, notamment à l'échelon communal, est un des piliers de nos institutions. Certes, il ne faut pas oublier que la démission d'un-e élu-e entraîne par ricochet l'élection d'un-e vient-ensuite, soit une force nouvelle, peut-être plus motivée ou ayant plus de temps à dégager pour la choses publique. Mais cette hausse inquiétante des démissions qui représente une perte de compétences pour la collectivité publique, n'est pas imputable uniquement aux élu-e-s qui démissionnent. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, à mon avis. A chacune de celles-ci, des solutions peuvent et doivent être trouvées.

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11:32 Écrit par Thierry Apothéloz dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

24/06/2016

Bye bye Britain !

La Grande Bretagne a choisi de quitter l’Union Européenne. Bye Bye Britain.

J’entends déjà la joie des europhobes de Grande-Bretagne, bien sûr, de l’Union Européenne, évidemment, et de Suisse, quoi de plus normal. Je perçois également la joie des critiques de droite et de gauche de cette Union européenne honnie.

Les perdants de la mondialisation et de la libre circulation ont envoyé un message aux gagnants de l’ouverture. Les régions désindustrialisées les battues ont envoyé un message à Londres la victorieuse. Les campagnes ont dit leur fait aux villes. Londres la ville monde, la cosmopolite, n’a pas suffi. L’Ecosse l’europhile n’a pas pesé lourd.

Beaucoup s’en réjouissent chez nous. Enfin, l’UE est battue.

Je ne suis pas ceux là. La victoire de la fermeture n’est jamais un bon signe.

Dans notre monde et notre Europe, interconnectée, ce résultat nous plonge dans des abîmes d’incertitude. Les bourses plongent. Le Franc suisse s’envole. Une économie mondiale, européenne et suisse encore fragile s’enrhume à nouveau.

Je regarde ces résultats ; je tente de les analyser. J’essaie de les interpréter à l’aune de la réalité genevoise et suisse. Et, je ne suis malheureusement pas surpris.

La campagne du « remain », du OUI à l’Europe, celle de l’ex premier ministre David Cameron a utilisé les mêmes méthodes que celles employées lors des élections générales de 2015 et du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse en 2014 : la peur.

Cette fois-ci, cela n’a pas fonctionné. Ou, en tous les cas, les pro-Brexit ont touché avec plus de dextérité les peurs de certains Britanniques.

Difficile de dire à ceux qui voient les pressions exercées sur leurs emplois et leurs salaires qu’une sortie de l’UE mettrait à mal l’économie. Compliqué de parler chute du marché à ceux qui encaissent de plein fouet les conséquences des politiques d’austérité.

Quand Londres dit oui à l’Europe, elle dit oui au dynamisme de la capitale, aux opportunités offertes par l’UE et la libre circulation. Quand l’Ecosse dit oui à l’Europe, elle dit oui aux bénéfices de la qualité de membre et à l’appartenance à un corps plus large que la Grande-Bretagne. Oui à un projet, des perspectives et des actions concrètes.

Je suis convaincu que face à ceux qui veulent que la Suisse Genève se referment seul un message positif et lucide est possible. Offrir des perspectives, un avenir face aux peurs. Ne pas répondre à la peur par la peur.

Oui, les accords bilatéraux avec l’UE ont bénéficié à Genève, à son économie, mais pas directement à tous et toutes les Genevois-es.

Des conventions collectives et des salaires minimums liés sont nécessaires afin que la sous-enchère salariale ne soit pas un corollaire obligatoire de la libre circulation. Fournir une formation à tout âge pour que les perdants rejoignent le camp des gagnants face à une économie qui se transforme. Une intervention locale auprès des entreprises pour que les ressources qui existent soient utilisées à leur plein potentiel.

Il est donc possible d’offrir une vision positive de l’avenir afin de répondre aux incertitudes d’un monde, d’une Europe et d’une Suisse en constante mutation. Se voiler la face devant les inquiétudes légitimes de celles et ceux qui se sentent abandonné-e-s dans ce monde hyper-compétitif ne sert à rien. Se refermer, et faire semblant d’ignorer, qu’avec ou sans nous, le monde continuera à se développer, à se rapprocher, est une chimère qui n’offre que des réponses simplistes, provisoires et contreproductives, mettant en danger notre avenir.

Je ne joue pas à ce jeu-là. A la tête d’une commune populaire, je connais cette réalité. Je tente d’offrir la vision d’une société, d’une communauté, solidaire qui peut fonctionner pour toutes et tous. Par des programmes, des actions concrètes, je veux montrer au quotidien qu’il est possible de construire un projet commun.

Alors, je ne me réjouis pas du Brexit. Je n’hurle pas avec la meute. Je me remets au travail pour Vernier et pour Genève, pour une société plus juste, pour toutes et tous.

16:52 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

25/04/2016

Employabilité et discriminations: les termes ne sont pas neutres


upa-employabilite-discrimination.jpgLe 5 mars 2016, j'ai été invité à m'exprimer à l'Universitaire populaire albanaise, en tant que Président de l'Association des Communes Genevoises et Maire de Vernier chargé de la cohésion sociale et de l'emploi, sur les difficultés et discrimination dans le domaine de l’employabilité.

Qu'est-ce qu'un individu employable?

Il est important de s’attarder sur les mots, sur les concepts, qui peuvent eux aussi être une source de discrimination ou du moins d’orientation de la pensée.

Le terme employabilité n’est pas un terme que j’affectionne particulièrement. C’est un bon choix pour cet intitulé, parce que c’est un concept porteur de valeurs discriminantes, justement. On comprend que l’employabilité est le potentiel que détient une personne pour trouver un emploi, qui se base sur son niveau de formation, ses compétences, son réseau, sa capacité de mobilisation, etc. Mais qu’est-ce qu’un individu employable? Quelqu’un qui est porteur de compétences, de suffisamment de compétences, utilisable donc, ou quelqu’un qui est digne d’être employé, de désirable? Ce terme est en ce sens très représentatif du monde de l’emploi, mais pas neutre.

Tout le monde peut être touché par l'une ou l'autre discrimination

La définition formelle de «discrimination» en fait l’action «de distinguer et de traiter différemment (le plus souvent plus mal) quelqu'un ou un groupe par rapport au reste de la collectivité ou par rapport à une autre personne». La discrimination, dans le domaine de l’emploi, notamment, se fait à trois niveaux, en trois temps :

  • Catégoriser les personnes, les affilier à des groupes (les vieux, les expats, les perfectionnistes, etc.) ;
  • Penser que l’appartenance à l’un de ces groupes renvoie nécessairement à certaines caractéristiques et compétences (ou leur absence ; par exemple : être flexible, être loyal, savoir maîtriser les nouvelles technologies, etc.) ;
  • Juger la valeur ou le potentiel économique de personne (dans l’entreprise, dans la société) en fonction de la correspondance de ces caractéristiques/ compétences à une seule et unique norme (pour être un bon employé, il devrait être comme ci ou comme ça).

Qui est touché par ce risque de catégorisation? A peu près tout le monde, en principe, mais certains plus que d’autres. Par exemple: les « trop » jeunes ou les « trop » vieux, les femmes, les personnes d’origine étrangère.

La discrimination positive avantage certains profils

Ce qui entraîne ou du moins renforce cette discrimination est à l’inverse la discrimination positive qui est faite à l’égard de certains profils. Par exemple: on attribuera probablement facilement certaines qualités professionnelles à un jeune homme dans la trentaine, propre sur lui, qu’il n’aura pas forcément.

Une manière de lutter contre la discrimination, c’est utiliser les mécanismes qui en sont à l’origine à son avantage, en tirant partie des éléments de son image que l’on peut maîtriser. C’est que l’on essaie d’inculquer aux personnes quand on les coache en matière de recherche d’emploi, dans la constitution d’un dossier de candidature, pour se préparer à l’entretien.

Le danger? Des jugements considérés comme des vérités!

Lutter contre la discrimination, que chacun porte en soi, l’employeur et l’employé, l’étranger et le suisse, c’est faire l’effort intellectuel de sortir de nos réflexes d’appréciation et tenter de voir les gens autrement. D’avoir un recul sur ses propres préconçus aussi, apprendre à les identifier et s’en défaire. On est constamment tenté, et c’est humain, de se laisser guider par des jugements spontanés. Les catégories peuvent servir. Ce qui devient dangereux c’est que l’on fasse de ces jugements ce qu’ils ne sont pas: des vérités.

Peut-être qu’il faut apprendre à concevoir le monde du travail différemment. Au lieu de partir de l’économie de marché et de ses besoins, pour ne sélectionner parmi les chercheurs d’emploi que celles et ceux qui peuvent servir ce modèle, pourquoi ne pas partir des individus, de leurs caractéristiques, compétences, points de vue singuliers et parfois négligés, et voir comment leur particularité peut être utile à la société.

Sans aller dans un projet de réorganisation utopiste du travail, on peut en partie appliquer cette idée lors de recrutement. Comment ? Quand on est face à une personne séduisante ou convaincante, mais qui semble atypique ou fragile, prendre le risque de l’engager, d’essayer. On a peu à y perdre, mais on risque de gagner beaucoup. Les gens se révèlent souvent en cours d’emploi, et grandissent au gré des accomplissements professionnels, en étant alimenté du regard bienveillant de l’employeur.

L’économie, la société avance par l’innovation, et l’innovation est ce qui est différent de l’habituel. Se priver de la différence, de la singularité, c’est se priver de l’évolution.

 

15:41 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

22/04/2016

Assermentation des APM: "Un terrain occupé est un terrain sécurisé"

cipale, sécurité
Discours tenu lors de l'Assermentation des nouvelles-eaux Agent-e-s de Police Municipale (APM), le 21 avril 2016

C’est un honneur, en ma qualité de président de l’Association des Communes Genevoises, que d’être ici devant vous pour la prestation de serment des nouveaux agents et des nouvelles agentes de la police municipale des communes genevoises.

Une prestation de serment, c’est un acte fort.

C’est l’acte par lequel vous vous engagez officiellement à vous mettre au service de la collectivité. C’est l’acte par lequel vous faites vœux d’exemplarité, de dévouement et de don de soi.

C’est l’acte fondateur de votre nouveau métier qui vous amènera sûrement à côtoyer de grandes joies et des expériences formidables, mais qui vous fera aussi connaître la détresse, le désespoir et la misère des autres.

C’est l’acte par lequel vous prêtez allégeance, non pas seulement à des autorités politiques, mais bien au peuple lui-même qui, dans notre système démocratique, vous confie une partie de sa précieuse liberté pour que vous puissiez lui garantir, en échange, de la sécurité.

 

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11:01 Écrit par Thierry Apothéloz dans Sécurité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

13/04/2016

Les bibliothèques de quartier (vraiment) en danger avec cette nouvelle loi du Conseil fédéral

rayons-de-bibliotheque.jpgLe Conseil fédéral a récemment lancé une consultation sur une importante révision de la loi sur le droit d’auteur. Il s’agit de faire payer aux bibliothèques des droits pour chaque ouvrage prêté. Bien entendu, l’intention semble louable. Il est normal que les auteurs d’un livre puissent obtenir une juste rétribution pour leur travail, nul ne le conteste.

Mais la solution envisagée ici par le Conseil fédéral est un transfert de charge déguisé à destination des communes, ce qui est inacceptable. Et cela l’est évidemment d’autant plus pour les communes populaires, dont les bibliothèques constituent souvent le premier instrument de promotion de la culture ! Vouloir faire supporter aux collectivités locales des charges supplémentaires, c’est appauvrir dangereusement l’offre culturelle. Et donc fragiliser le rôle de communes dans la cohésion sociale de notre pays

 

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09:49 Écrit par Thierry Apothéloz dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook