20/10/2018

Boulevard de l'intolérance

librairie-du-boulevard.jpgC’est avec un désarroi certain que j’ai appris que la Librairie du Boulevard avait vu l’une de ses vitrines fracassée dans la nuit du 15 au 16 octobre. Les vandales s’en sont visiblement pris à des l’exposition de livres antifascistes. Ils ont par ailleurs laissé des graffitis qui ne laissent aucun doute sur la motivation politique de leur acte. Cet acte me laisse sans voix. Il m’attriste. Il me désole.

Le conseiller d'Etat que je suis se doit d'utiliser cette tribune pour réaffirmer avec fermeté que les actes de violences envers des biens ou des personnes sont moralement condamnables, et rappeler que, dans certains cas, ils sont également pénalement punissables.

Le ministre de la cohésion sociale que je suis voit dans ce épisode inquiétant de violence symbolique, une atteinte particulièrement grave à notre cohésion sociale. Lorsque l’intolérance se radicalise, elle devient le prétexte à tous les débordements. Aucune complaisance ne peut ni ne doit être permise.

Le citoyen que je suis voit a priori dans cet événement une manifestation de stupidité mêlée de lâcheté intellectuelle. Mais j’y vois aussi une sorte de signal de l’état dans lequel se trouve notre société. Condamner sans comprendre est trop facile. Il faut faire l’effort du pas de plus: pourquoi?

Je pense que climat est malheureusement propice à ce genre de débordement. Les discours politiques, ici et ailleurs, se sont considérablement durcis ces dernières années. La stratégie du bouc émissaire, portée par la démagogie, a fait des émules. La morosité économique y est probablement aussi pour quelque chose. La perte des repères est le terreau de l’intolérance. C’est ça le triste message que je retire de ce malheureux fait divers.

Et puis il y a le livre...

S’attaquer au livre, avec toute la charge symbolique et historique que cela comporte, c’est cela la vraie tragédie de ce événement. C’est probablement ça qui m’attriste le plus. Et cela ne correspond évidemment pas à ma conception de la société genevoise, elle qui a fait du livre une tradition séculaire, reconnue et enviée dans le monde entier. La Patrie de Rousseau, la patrie de Töpfer, terre d’accueil de la Fondation Bodmer, qui abrite en son sein des trésors écrits considérables! Attaquer le livre à Genève, c’est attaquer l’esprit de Genève. C’est violenter notre nature autant que notre histoire.

L’Etat de Genève continuera à lutter sans relâche contre toutes les formes d’intolérance, d’extrémisme et de discrimination. Aucun acte de violence politique comme celui-ci n’est acceptable dans un état de droit comme le nôtre. Je m’engagerai avec une détermination sans failles pour faire respecter notre constitution, nos valeurs et notre démocratie.

12:39 Écrit par Thierry Apothéloz dans Culture | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook

14/08/2018

Bravo au Team Genève! Le sport d’élite n’est pas le sport des élites

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Les Championnats sportifs européens viennent de s'achever, avec à la clé, pas moins de 19 médailles remportées par la Suisse! Surtout, on aura ici à cœur de souligner les magnifiques performances des athlètes membres du "Team Genève", qui ont su briller dans de nombreuses disciplines.

Au-delà des magnifiques médailles remportées par Jérémy Desplanches en 200 m 4 nages (or) et Tadesse Abraham en marathon (argent), on notera 4 présences dans des top 5, ainsi que 4 autres dans des top 10, dans diverses disciplines (plongeon, course à pieds, cyclisme). Bravo également donc à Renaud Blanc, Loïc Perizzolo, Julien Wanders, Jonathan Suckow, Michelle Heimberg et Niels Liess. Quelle fierté pour le sport genevois!

Une telle densité d'athlètes de haut niveau pour un canton de notre taille est en tout point exceptionnelle.

 

A travers l'excellence de nos athlètes d'élites, soutenus par le canton, c'est un message fort qui est envoyé aux jeunes générations. On voit une progression des performances marquantes des athlètes genevois années après années. Cela installe petit à petit une culture du sport d'élite extrêmement motivante pour la relève. Et quoi de plus beau pour promouvoir surtout le sport populaire, celui des quartiers, celui des compétitions locales, que de voir nos concitoyen-ne-s parvenir à de telles performances.

Le sport d'élite n'est pas le sport des élites. C'est celui qui nous entraîne dans son sillage et nous offre du rêve.

 

Accessibles, les championnes et champions du Team Genève le sont assurément. Impliqué-e-es et intégré-e-s, disponibles, soucieux/ses de promouvoir une image positive du sport, ils/elles sont nos ambassadeur/drice-s. Pouvoir mettre en lumière leur quotidien, permettre à nos jeunes de les rencontrer et de s'en inspirer, mais aussi les soutenir financièrement, c'est là une mission qui fédère autour des valeurs de cohésion sociale que nous voulons toutes et tous cultiver.

Soutenir ces formidables athlètes est un acte politique fort. Mais ils/elles nous le rendent bien. Quand l'émotion est au rendez-vous, tout le monde gagne! Bravo au Team Genève!

19:51 Écrit par Thierry Apothéloz dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

13/03/2018

Genève doit devenir le canton de l’emploi. Pas du chômage

emploi, chômage, précaritéLe chômage est une problématique qui ne cesse de préoccuper les genevois-e-s. Face à un marché du travail en pleine mutation, une mondialisation incontrôlée, une pression sur l’emploi local, le chômage est un spectre qui ne cesse de nous hanter. Imprécations et prophéties ne manquent pourtant pas pour se gargariser de résultats soi-disant obtenus, ou pour nous vanter des lendemains qui finiront bien par chanter… Mais les chiffres sont pourtant là, implacables. Et ils sont globalement tout sauf rassurants. Malgré la danse de la pluie que certains font à longueur d’année, le chômage persiste à ne pas vouloir baisser comme il le devrait à Genève. Pire, le système semble définitivement en panne, lorsqu’on s’intéresse au sort de celles et ceux qui, à l’issue du délai cadre d’indemnisation, viennent grossir chaque année les rangs de l’aide sociale.

Cet article ne vise nullement à polémiquer sur un sujet aussi sérieux, dont on voudrait qu’il soit parfois empoigné avec moins d’émotion et plus de raison. Des solutions existent et sont généralement bien éloignées des déclarations d’intention – jamais réalisées – ou bien des petites mesures symboliques inutiles.

Il convient donc d’analyser la situation avec le recul requis, avec des chiffres officiels et des faits, et de proposer des solutions viables pour relancer l’emploi à Genève. Certes, il faut le dire d’emblée: il n’existe pas de solution miracle. Mais il y a néanmoins largement de quoi faire!

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19:19 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

28/02/2018

Cohésion sociale: il faut appliquer la loi. Maintenant !

Je suis particulièrement heureux et fier d’apprendre aujourd’hui que le Parti socialiste vient de déposer une motion demandant la mise en œuvre immédiate de la Loi sur la politique de cohésion sociale en milieu urbain. En tant que magistrat communal et Président de l’association des communes genevoises, j’ai souvent demandé à ce que le Conseil d’Etat applique cette loi, entrée en vigueur il y a de cela déjà cinq ans ! En vain. La volonté du législateur s’est toujours heurtée, jusqu’ici, au manque de volonté politique de doter Genève d’une politique ambitieuse de réduction des inégalités et de lutte contre la précarité. Grâce à cette motion, dont je ne doute pas qu’elle saura être largement soutenue, on a enfin l’opportunité de contraindre l’exécutif cantonal à mettre en œuvre la loi. Et il y a urgence!

Les inégalités explosent à Genève

On ne compte plus aujourd’hui les rapports et études qui démontrent le creusement inexorable des inégalités dans notre canton. On citera pêle-mêle, bien sûr, le rapport du Conseil d’Etat de 2016 sur la pauvreté à Genève, mais également l’étude du Professeur Guessous sur le renoncement aux soins pour des raisons économiques, ou le toujours très actuel second rapport statistique de 2014 du Centre d’analyse territorial des inégalités. Tous les voyants sont au rouge et, petit à petit, il semble que la supposée « classe moyenne » se retrouve supplantée par une « classe fragile », qui peut basculer à tout moment vers la précarité !

L’augmentation régulière des loyers ou des primes d’assurance-maladie sont déjà, en soi, des facteurs qui amenuisent chaque jour un peu plus le pouvoir d’achat des genevois-e-s, sans que les salaires et les revenus n’augmentent dans une proportion similaire. Ils/elles sont donc toujours plus nombreux/ses à basculer dans la spirale infernale de la vulnérabilité…

Au-delà de cette problématique évidente, dont j’imagine que beaucoup d’entre nous se rendent compte au quotidien, il existe surtout à Genève une précarité territoriale particulièrement préoccupante. C’est d’abord à celle-ci que s’attaque la loi sur la politique de cohésion sociale en milieu urbain, car c’est justement la population des quartiers les plus précarisés qui subit de plein fouet le processus de fragilisation que je viens d’évoquer. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le nombre de personnes suivies à l’aide sociale a presque doublé en l’espace de 10 ans dans notre canton. Et la plupart des bénéficiaires de l’Hospice général, par nécessité ou par état de fait, se concentre dans quelques quartiers spécifiquement fragiles.

 

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09:37 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

01/10/2017

1er octobre : pour la qualité de vie de nos seniors, rester attentif et prévoir  

Le 1er octobre célèbre la journée internationale des personnes âgées. Une thématique tout sauf anodine dans nos sociétés occidentales, touchées de plein fouet par le vieillissement de la population. Si cette journée a une valeur sommes toutes plutôt symbolique, elle contribue cependant à nous rappeler combien notre avenir va être bouleversé par cette problématique générationnelle. Et donc combien nous, les politiques, devons prendre la mesure de cette inexorable révolution.

 

On ne le dira jamais assez : le vieillissement de la population modifie en profondeur nos sociétés et nos modes de vie. Dans tous les domaines. On pense évidemment, en premier lieu, aux questions de santé, et aux conséquences financières de celle-ci. On pense naturellement à nos systèmes de retraite – sujet brûlant s’il en est en ce moment. On pense moins aux impacts économiques qui s’y rapportent (combien d’actifs paieront encore des impôts pour faire fonctionner un Etat au service des seniors ?). Sans parler de la question de l’aménagement (quelles infrastructures construire pour nos ainés ?). Au niveau plus général de l’action sociale, on oublie de se demander de quoi seront faites les solidarités actives et les liens humains dans une société que le grand âge rend plus fragile et plus vulnérable. Et quel sera le poids des soutiens notamment familiaux envers celles et ceux qui en auront un besoin impératif ?

 

Cette dernière question est en train, progressivement, de s’imposer dans l’agenda politique, en Suisse comme ailleurs. On commence tout juste à se rendre compte du poids des solidarités familiales dans notre système de prise en charge des seniors. Et des conséquences que cela a sur la vie de celles et ceux qui – par envie autant que par besoin – y sont confrontés au quotidien.

 

En ceci, la semaine dédiée aux « proches-aidants », qui se tiendra du 30 octobre au 4 novembre prochain à Balexert et dont la Ville de Vernier est heureuse d’être la co-organisatrice, permettra de mettre en lumière cette délicate problématique.

 

J’espère vous y retrouver pour échanger et partager autour de cette thématique qui me tient particulièrement à cœur !

13:06 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook