28/01/2012

A quand une véritable politique d'intégration des étrangers à Genève ?

En décembre 2011, le DSPE décidait d’élever le niveau de français exigé pour devenir suisse en modifiant le règlement d’application de la loi sur la nationalité genevoise (A 4 05.01) indiquant désormais que : « le candidat étranger présente la requête signée en naturalisation suisse et genevoise, qui doit obligatoirement être accompagnée des premiers documents suivants (…) une attestation de connaissance orale de la langue nationale en principe celle parlée au lieu de domicile, correspondant au niveau B1 (intermédiaire) du Cadre européen commun de référence pour les langues (…).


Cette toute nouvelle disposition signifie que, aujourd’hui, pour être naturalisé, il ne suffit plus d’avoir un niveau de français « intermédiaire » (A2) mais qu’il va falloir posséder un niveau « avancé » (B2). Même l’office cantonal de l’emploi (OCE) ne va pas aussi loin, considérant à juste titre qu’un niveau de connaissance suffisant pour pouvoir être autonome, trouver du travail ou entreprendre une formation constitue la norme. Le Département de Madame Isabel Rochat fait encore des siennes, avec cette méconnaissance de la réalité de la migration en Suisse et à Genève. Même les spécialistes de la question estiment qu’un tel durcissement ne se justifie pas.

 

Heureusement, la presse s’est fait l’écho de cette modification passée inaperçue dans la Feuille d’avis officielle du 14 décembre 2011. Aucune concertation des associations concernées. Aucune information aux communes genevoises pourtant concernées au premier chef. Aucune audition des associations de migrants, des spécialistes de l’immigration, des personnes et organisations concernées. Voilà encore un pur produit technocratique complètement déconnecté des réalités du terrain.

 

Cette décision inique montre à quel point il manque à Genève une véritable politique d’intégration. L’histoire avait pourtant bien débutée : Genève s’est dotée, à l’instar d’autres cantons suisses, d’un bureau de l’intégration des étrangers (BIE), assorti d’une loi ambitieuse. Les associations impliquées se sont mobilisées et participent au Conseil de l’intégration. Pour la petite histoire, le BIE a organisé rapidement des Assises annuelles de l’intégration, mobilisant associations, communes et habitantes et habitants. Aucun suivi des propositions n’était malheureusement prévu par le politique et les Assises tombèrent à l’eau.


Il s’ensuivra alors une multitude d’études commandées pour nourrir les réflexions du département de tutelle. L’une d’entre elle (réalisée avec brio et minutie par Ismaël TURKER et ses collègues) proposait un vaste panorama de l’ensemble des mesures et des actions ambitieuses réalisées à Genève par les acteurs de terrain. Quelle suite a-t-on donné à ce rapport ? Aucune ! Le DSPE joue volontiers la carte de la bienséance lorsqu’il s’agit d’intégration, en rabattant les grands poncifs éculés sur la nécessité du vivre-ensemble, mais lorsqu’il s’agit de prendre des décisions politiques, alors là, c’est la frilosité politique qui prime… Ou bien alors, on enclenche la marche arrière, comme le prouve cette incompréhensible modification de la législation sur l’acquisition de la nationalité.

 

Le constat est toujours là et amer : Genève n’a toujours pas de politique cantonale pour l’intégration des étrangers. Ce manque de clairvoyance laisse ce domaine si sensible aux seuls mouvements populistes. Il manque à Genève une véritable volonté de placer l’intégration au cœur des tâches de l’Etat. Avant d’élever le niveau de français exigé pour la naturalisation, le Canton ne devrait-il pas plutôt se donner les moyens d’une telle politique ? Je l’affirme : une politique affirmée, dynamique, valorisante, qui reconnaît que les étrangers sont aussi une richesse, qu’elle est un formidable outil de cohésion sociale, est possible à Genève, encore faut-il le décider.

 

Thierry Apothéloz

Maire de Vernier

Président de l’œuvre d’entraide suisse ouvrière (OSEO) Genève

 

13:00 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook

Commentaires

Ne faudrait-il pas mieux revoir la politique des expulsions avant celle de l'intégration ?
Genève est encore trop laxiste en la matière !

Écrit par : Victor Winteregg | 28/01/2012

La réponse est dans la question:
à moins que pour vous, Thierry Apothéloz Maire de Vernier,

Genève et la Suisse ne soient solubles dans l'Union Européenne,

à moins que pour vous, monsieur,
les suisses encore existants dans votre commune (vous en comptez combien?) et dans le canton,
ne doivent accepter que leurs droits de citoyens suisses, leurs heures de travail / semaine, leurs ancêtres et le patrimoine bâtit par leurs prédécesseurs ne soient que lettre morte, comme ça, d'un coup de pression des ambitions françaises voisines
faisant fi de la constitution suisse
pour leur simple profit à court terme.

Bravo monsieur le maire,
vous avez tout compris: détruire le peu d'élément suisse restant sous votre mandat,
histoire de vous faire réélire?

Écrit par : ch pour de vrai | 28/01/2012

En tout point d'accord avec Thierry concernant la politique pour les étrangers du canton. Très joli dans les déclarations, mais pas d'action concrète. Mais faut-il s'en étonner sachant qui dirige le département? Cordialement

Martin

Écrit par : Carnino | 28/01/2012

Victor Winteregg: "Ne faudrait-il pas mieux revoir la politique des expulsions avant celle de l'intégration ?"

EXCELLENT!

ch pour de vrai : "vous avez tout compris: détruire le peu d'élément suisse restant sous votre mandat,
histoire de vous faire réélire?

Bien dit. Bravo!

"les étrangers sont aussi une richesse,"

hani ramadan serait intégré et une richesse?

Écrit par : Patoucha | 28/01/2012

Victor Winteregg: "Ne faudrait-il pas mieux revoir la politique des expulsions avant celle de l'intégration ?"

EXCELLENT!

ch pour de vrai : "vous avez tout compris: détruire le peu d'élément suisse restant sous votre mandat,
histoire de vous faire réélire?

Bien dit. Bravo!

"les étrangers sont aussi une richesse,"

hani ramadan serait intégré et une richesse?

Écrit par : Patoucha | 28/01/2012

@ Victor Winterwegg

Bonjour,

L'intégration est une part primordiale d'une politique d'immigration moderne et tournée vers l'avenir. L'intégration n'est pas seulement une option mais est nécessaire pour développer une société où tout le monde trouve sa place.

Il en va du futur économique, culturel et sociétal de Genève. N'envisager que les expulsions comme politique d'immigration nous mène dans une impasse, alors qu'on pourrait faire de l'immigration un atout pour Genève: développer une vraie politique d'intégration n'est pas une réponse idéologique mais une réponse ambitieuse aux défis d'aujourd'hui.

Bien à vous,

Thierry Apothéloz

Écrit par : Thierry Apothéloz | 29/01/2012

@ ch pour de vrai

Monsieur,

C'est parce que, comme vous, je suis profondément attaché aux valeurs de ce pays, que je prône ici une intégration active.

Penser que l'intégration est un chemin qui va a sens unique - et que seuls les migrants doivent dès lors l'emprunter - est une dangereuse illusion. C'est là le meilleur moyen de nous retrouver avec des réflexes identitaires et communautaristes destructeurs.

J'ai personnellement grandi dans une cité, les Avanchets, où chacun partageait avec enthousiasme ses propres différences culturelles. Et tous mes amis d'enfance, d'où qu'ils viennent, sont aujourd'hui parfaitement intégrés, croyez-moi!

Tendre la main a l'autre, c'est le meilleur moyen de lui proposer de partager le destin de sa propre communauté.

C'est ce que j'essaye, au quotidien, de faire dans mon action politique. Avec succès, je pense.

L'incompréhensible décision du DSPE que je dénonce aujourd'hui va malheureusement exactement dans le sens inverse. Je le regrette.

Bien a vous
Thierry Apothéloz

Écrit par : Thierry Apothéloz | 29/01/2012

Monsieur le Maire (de ma commune),

Je dois malheureusement reprendre mon commentaire.

"Ne faudrait-il pas mieux revoir la politique des expulsions avant celle de l'intégration ?"

Je vous remercie pour votre réponse, en tous les cas.

Question : comment intégrer les africains vendeurs de drogue ? ? ?

Écrit par : Victor Winteregg | 29/01/2012

Là où le bas blesse, est le point névralgique du mécanisme - dirait un ingénieur.

J'attends que les élus responsables de nos communes suisses dans cette éponge frontalière qu'est le canton
en prennent la réelle mesure, celle du futur de notre région, de nos générations.

Vous le dites: les efforts d'intégration vont, car ils le sont, à sens unique.

Tous peuvent reconnaître vos biens-fondés, vos légitimes idées.

Ne pas se faire avoir, garder lucidité et avoir l'esprit ouvert à toutes directions contraires à vos objectifs - pouvant faire majorité malgré vos décisions, fait partie du job.

Bonnes convictions et bien à vous, avec courage!

Écrit par : ch pour de vrai | 29/01/2012

Nulle part n'existe de parfaite intégration, aucune ne peut jamais être déclarée réussie, aucune recette ne peut se transmettre d'un pays à l'autre.

La bonne intégration d'une multitude de nouveaux arrivants multi nationaux

est un jeu d'équilibre entre logements et fiscalité,
qui ne se maintient qu'au fil de la capacité d'emploi de ses locataires.

Adéquation non soluble dans la facilité des attributions de permis de séjour,
(qui ressemble fort à un mauvais entretien du domaine, cachant la poussière sous un coin du tapis),

dans la multiplicité des nationalités & autres regroupements familiaux cumulant absence de formation professionnelles
qui se pose tout autant à vos collègues responsables de communes dans ce voisinage-éponge du chomdu français.

Combien de temps la commune de Vernier pourra-t-elle maintenir l'équilibre,

entre l'accroissement de ses dépenses sociales, l'accroissement des besoins de sa police et sécurités, l'accroissement du nombre de chômeurs, l'accroissement du nombre de demandeurs de stages, l'avenir de ses citoyens d'origine devenant âgés, mais licenciés des années avant l'âge légal de leur retraite soit de leur plein pouvoir de survie financière,

et la paix sociale dans ses rues,

Où l'on est bien trop loin de la construction d'avenir, à laquelle et pour laquelle nos ancêtres se sont investis, dont on a hérité, et que les décisions de nos politicards pas tout à fait suisses ont si vite gaspillé.

Faut aimer le truc, pour oser fustiger ce qui ne colle pas.

Écrit par : ch pour de vrai | 29/01/2012

Commentaire modéré?! Il était si dérangeant..... Mais le principal est que vous l'ayez lu!

Écrit par : Patoucha | 29/01/2012

Quatre africains vendeurs de mort en poudre de moins dans notre société.

http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/Operation-musclee-pour-recuperer-drogue-et-argent-20277130

Écrit par : Victor Winteregg | 31/01/2012

Pas un seul jour ne passe sans qu'un africain ne soit pincé avec de la drogue.

http://www.20min.ch/ro/news/faits_divers/story/200-grammes-de-coke-dans-l-estomac-29520019

Cela pousserait n'importe qui à devenir un raciste pur et dur.
Ces gens-là n'ont qu'une idée en tête ... tuer le plus de blancs possible, comme vengeance pour l'époque esclavagiste.

Écrit par : Victor Winteregg | 01/02/2012

@ Victor Winteregg

Monsieur,

la politique d'immigration et d'intégration doit se comprendre dans ses multiples facettes. Une part de cette politique se trouve dans la répression des comportements criminels quels qu'ils soient . De ce fait, l'arrestation de dealers montre que la police et la justice font leur travail. Cependant, face à cette minorité de cas médiatiques qui concernent la répression, il ne faut pas oublier la vaste majorité des étrangères et étrangers qui cherchent à s'insérer dans notre société.

Dans cette optique, la mise en place d'une véritable politique d'intégration permettra à la Suisse, à Genève de profiter de la richesse culturelle et économique née de l'immigration et des échanges.

Genève a d'ailleurs toujours été une terre d'immigration; nous devons donc aborder cette question avec sérieux et calme afin de construire une société tournée vers l'avenir.

Bien à vous,

Thierry Apothéloz

Écrit par : Thierry Apothéloz | 01/02/2012

Pas plus tard qu'hier, j'ai rencontré une dame espagnole, qui déteste particulièrement la Suisse, y vivant depuis plus de 30 ans.
Ce cas n'est pas unique.
Des milliers d'espagnols, d'italiens et de portugais détestent ce pays, pour y avoir travaillé.

Je suis un ex-conseiller municipal UDC de Vernier, chose que je regrette, j'aurais pu mieux combattre vos idées, restant en place.

Écrit par : Victor Winteregg | 01/02/2012

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