28/02/2012

L'école le mercredi matin, une chance pour l'égalité des chances

Fils d’ouvriers, j’ai toujours vécu dans des quartiers populaires, et ayant au fil du temps accédé à quelques postes à responsabilités, c’est dire si le sujet me touche. Comment dès lors ne pas m’engager personnellement, en tant que Maire de la plus précarisée des communes du canton de Genève, pour une vraie mesure qui favorise l’égalité des chances ? L’occasion qui nous sera donnée le 11 mars prochain de faire progresser une société plus juste ne peut pas être manquée.

 

Au-delà de l’apprentissage scolaire, l’école apporte aux enfants le capital social et culturel qui doit permettre aux citoyens de demain d’affronter la vie avec assurance. Mais, il faut l’avouer, l’école intervient aussi, dans son rôle éducatif, ne nous voilons pas la face. Ces rôles revêtent une importance particulière dans les communes précaires, où la désocialisation des élèves prend parfois une allure dramatique.

 

Evidemment, on le sait, la désocialisation des enfants ne connaît pas la même intensité suivant qu’on vit et grandit dans une commune riche ou une commune pauvre. Les études PISA l’ont montré : les enfants qui font face aux difficultés scolaires ne sont pas forcément ceux qui ne sont pas nés en Suisse ou qui ne sont pas francophones, mais bel et bien les enfants issus de milieux socioéconomiques vulnérables. Or, le centre d’analyse territorial des inégalités (CATI-GE) l’a démontré dans son rapport de novembre 2011[1], la réalité d’une ville comme Vernier est celle-ci : nous avons le revenu médian le plus bas du canton, et notre taux de chômage et de bénéficiaires de l’aide sociale est le plus élevé.

 

Savoir que de nombreux enfants de la ville de Vernier, dont je suis à la fois Maire et habitant, sont livrés à eux-mêmes le mercredi m’indigne. Car malheureusement tous n’ont pas la chance de passer ce jour de congé à pratiquer un sport ou une activité culturelle, ou simplement d’être en famille. Beaucoup n’en ont tout simplement ni les moyens, ni le temps.

 

Pour Vernier, cette situation n’est pas une fatalité. C’est pourquoi elle se mobilise pour favoriser l’égalité des chances. Elle participe activement au Réseau d’Enseignement Prioritaire (REP), lancé en 2006 par le conseiller d’Etat Charles BEER, dont font partie toutes les écoles verniolanes. Outre les moyens accordés par le DIP (moins d’élèves par classe, présence d’un éducateur), notre ville apporte son concours : les liens entre professionnels du monde socioéducatif sont renforcés, comme les prestations dédiées aux activités socioculturelles. A l’instar des villes de Genève, Lancy et Onex, Vernier a signé une déclaration commune avec le Conseil d’Etat pour renforcer la cohésion sociale.

 

Les opposants au mercredi matin mettent en avant les succès rencontrés par le REP et proposent, comme alternative au mercredi matin, leur généralisation. Hormis le fait que la votation qui nous attend ne propose pas plusieurs scénarios au peuple, les référendaires tiennent un discours sur l'égalité des chances, mais s'y opposent dans les faits. Ils mettent le clignotant à gauche avant de virer à droite pour reprendre l'expression de Régis Debray. Car souhaiter mettre tous les établissements au même régime, c'est justement nier que certains quartiers sont plus défavorisés que d’autres et qu'ils méritent, dès lors, une attention particulière et des moyens supplémentaires.

 

Cependant, les REP ne sont pas suffisants. L’apprentissage et l’ouverture que doit prodiguer l’école aux enfants nécessitent qu’on lui consacre du temps. Les autres cantons suisses l’ont compris en adoptant la semaine de quatre jours et demi. De surcroît, le PER (plan d'étude romand) est plus exigeant en temps d'apprentissage, une demi-journée d'école pour les 8-12 ans s’avère indispensable. Surtout pour celles et ceux qui sont issus de milieux socio-économiques précaires.

 

Le canton se donne les moyens de mener cette réforme. Pour le cycle moyen (8-12 ans), 16 millions de francs sont alloués pour engager 120 enseignants en vue de renforcer l’allemand, le français et initier à l’anglais. Quatre millions supplémentaires sont prévus pour créer 30 postes d’enseignants chargés de soutien pédagogique aux petits du cycle élémentaire (4-7 ans), qui n’est pourtant pas concerné par le mercredi matin ! Au total, ce sont donc 20 millions qui vont être prévus pour l’école. Une telle somme, investie pour notre futur à tous, ne se refuse pas.

Faire de la politique, c’est faire des choix. Je fais celui de la lutte en faveur de l’égalité des chances, de la cohésion et la justice sociales ; c’est pourquoi je soutiens l’école. En tant que Maire de Vernier, en tant que défenseur d’une école républicaine et en tant que socialiste, je confirme ce choix. Je dirai donc OUI à l’école le mercredi matin.



[1] Étude du CATI-Ge, centre d'analyses territoriales des inégalités à Genève de l'Unige, dont le rapport a été publié en novembre 2011. 10 communes sont concernées : Carouge, Chêne-Bourg, Lancy, Le Grand-Saconnex, Meyrin, Onex, Thônex, Vernier, Versoix et la Ville de Genève.

08:42 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

Commentaires

"De surcroît, le PER (plan d'étude romand) est plus exigeant en temps d'apprentissage, une demi-journée d'école pour les 8-12 ans s’avère indispensable" Vous êtes mal informé, Monsieur.

Pourquoi ne pas allouer à l'école ces moyens sans augmenter l'horaire de l'élève?

Ne voyez-vous pas le paradoxe de refuser depuis plusieurs années les moyens supplémentaires que l'école réclame, pour finalement débloquer 16 millions pour augmenter l'horaire de l'élève à travers un bricolage horaire non encore élucidé (car l'horaire des enseignants ne va pas être augmenté)?

NON AU MERCREDI MATIN!

Écrit par : Lulu Berlue | 01/03/2012

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