06/11/2012

François, Philippe et Sylvie : le visage de la fracture sociale derrière le masque des statistiques

Je connais bien François, un jeune diplômé de l’Université. Malgré ses recherches et ses stages, il ne parvient pas à trouver un emploi. Pour être soutenu dans ses recherches et aider ses parents à boucler les fins de mois, il souhaite s’inscrire au chômage. Malheureusement, 6 mois d’attente sont nécessaires pour obtenir les allocations du chômage, mais aussi l’aide à la recherche d’emploi. François n’entre pas dans les statistiques du chômage.

Mon voisin Philippe vient de perdre son emploi auprès d’une multinationale de la place. Il s’est décidé à aller pointer au chômage. Avec deux enfants à charge, il y a urgence à retrouver un travail ou du moins à bénéficier provisoirement d’allocations. Malheureusement, la queue est interminable à l’Office cantonal de l’emploi (OCE) et son dossier ne sera pas traité avant décembre. Un mois d’attente et de débrouille pendant lequel Philippe n’entre pas, lui non plus, dans les statistiques du chômage.

J’ai rencontré Sylvie qui n’a pas un parcours de vie facile. Malgré les formations suivies pendant sa période de chômage, elle n’a pas retrouvé de travail. Son droit aux prestations chômage épuisé, elle a frappé à la porte de l’Hospice général. Malheureusement, sa voiture nécessaire pour transporter ses enfants depuis Versoix lui fait dépasser le barème d’accès à l’aide sociale. Seule, sans aide, Sylvie n’entre ni dans les statistiques du chômage, ni dans celles de l’Hospice.

Ces situations illustrent la dégradation de la situation sociale à Genève où l’Etat, garant d’un filet social adapté, est attaqué. La nouvelle loi fédérale sur le chômage a étendu à 6 mois la période d’attente pour qu’un jeune puisse prétendre aux prestations, ce qui contraint aussi des familles peinant à finir les mois à en assumer les douloureuses conséquences.

Les réformes législatives successives ont accentué le drame de l’assistance publique. La nouvelle LIASI cantonale renvoie les chômeurs à l’Hospice qui a vu sa fréquentation augmenter de plus de 30% en 3 ans. Nombre d’usagers ne peuvent prétendre à l’aide avant d’avoir épuisé leur maigre pécule, souvent uniquement constitué d’une modeste voiture ou d’économies pour les études des enfants. Les autres doivent se contenter de ressources et d’un encadrement minimum qui ne leur laissent aucune chance de remonter la pente.

Les chiffres masquant la réalité, je ne peux me réjouir de la récente baisse du chômage. A la fin août, j’avais déjà résolument interpellé Mme Isabel Rochat pour que des mesures soient prises. A l’heure où son parti, le PLR, prépare des coupes massives dans le budget 2013 – et donc dans l’aide apportée à ceux qui en ont le plus besoin– je ne peux que réitérer cet appel : facilitez l’accès des jeunes aux mesures d’intégrations, agissez pour réduire l’attente à l’OCE et donnez des moyens supplémentaires à l’Hospice.

Finalement, reconnaissons aussi les oubliés des statistiques, car François, Philippe et Sylvie ont un visage : celui de la fracture sociale grandissante !

17:19 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

Commentaires

Ce que vous dites est tellement vrai que l'on finit pas croire que la misère est le fond de commerce de l'Etat. Le prédécesseur de Madame Rochat, n'a pas fait mieux malgré les appels qui lui ont été faits.
Le pire actuellement, c'est le placement à outrance de fin de droits et d'emploi de solidarité dans des institutions où il y a déjà des travailleurs avec des postes précaires. Ces travailleurs perdent un maximum d'heures de travail qui sont faites par les personnes placées par le chômage et l'Etat. Le but, pour les institutions économiser sur les salaires, et pour l'Etat se donner bonne conscience. Mais au final, des nouveaux arrivants au chômage qui n'ont plus assez de job pour vivre.

Écrit par : Dolane | 07/11/2012

Votre article reflète bien l'état d'esprit qui existe à Genève et qui fait que cette ville que j'aime me semble souvent mal dirigée.

En effet, plutôt que de proposer des solutions pragmatiques, la gauche et la droite passent leur temps à s'en tenir à des dogmes et à s'insulter. J'en veux pour preuve l'en-tête de votre article "le PLR est irresponsable".

Oui, il faut réduire certaines dépenses de l'Etat, au risque de se retrouver, comme en France, avec un appareil étatique consommant 56% du PIB. Mais, oui, il faut aussi éviter que des personnes ne se retrouvent sans moyen de se sortir de la pauvreté, à moins de vouloir une société du chacun pour soi à l'américaine.

J'ai souvent l'impression qu'en s'alliant au PLR, le PDC manque d'imagination et rate une belle occasion autant à Genève qu'en Suisse de représenter cette position centriste pragmatique, ainsi que les valeurs de la classe moyenne.

Les exemples cités dans votre article, aussi tristes soient-ils, ne mènent qu'à la conclusion qu'il faut donner à tous sans discernement. Pourtant, un jeune sortant de formation et qui vit encore en bonne relation avec ses parents, ne peut-il attendre six mois avant une aide sociale? Le cas inverse, d'un jeune en rupture familiale, devrait par contre permettre une aide sociale immédiate.

De même, Philippe a peut-être des économies substantielles ou une fortune personnelle (ce qui peut être le cas d'un cadre bancaire se retrouvant au chômage). Dans ce cas, un mois d'attente est supportable. A nouveau, la dernière déclaration fiscale de la personne devrait permettre de déterminer le degré d'urgence à l'accès au chômage.

Quand à Sylvie, les montants alloués à sa formation durant le chômage ont-ils vraiment bien été investis? L'on peut parfois se poser la question tant certaines de ces formations font figure d'alibi et d'autres plus utiles à l'intégration professionnelle sont parfois refusées par le chômage.

En conclusion, utilisons des exemples tirés de "la vraie vie", pour établir des lois et procédures plus efficaces et non pour justifier des positions politiques du type tout ou rien.

Écrit par : Warren Smith | 07/11/2012

M. Apotheloz,

Arretons l'angélisme, dites à François qu'il ne trouvera pas de boulot à Geneve et qu'il cherche à Fribourg ou à Zurich. Dites à Sylvie d'aller habiter en France et de se faire des amies dans son nouveau village, elle aura peut-être la chance d'aller à la Migros.
Genève est la ville suisse qui a le plus créé d'emplois ces 10 dernières années! Réveillez-vous SVP! Entre l'angélisme de la gauche et le cynisme de la droite, mon coeur balance. M. Apotheloz, un conseil, discutez avec vos concitoyens et demandez leur comment ça se passe dans leur boite. Pourtant, quelque chose avait été fait avec Ikea, pourquoi ne pas continuer!

Écrit par : roger massaille | 09/11/2012

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