16/11/2012

Un million de pauvres en Suisse

C’est le constat qu’a dressé récemment Caritas. Un habitant sur huit. La difficile et triste réalité des chiffres.

Mais aussi l’incompréhension : comment ce petit pays qui génère autant de richesses, peut-il laisser sur le carreau plus d’un dixième de sa population ? Comment accepter que dans la patrie du luxe, des banques et des milliardaires, on trouve des personnes qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts ? Comment peut-on comprendre d’un côté l’arrogance des privilégiés et les bonus confortables, et voir de l’autre grandir une classe sociale de moins en moins « moyenne » pour laquelle le quotidien devient de plus en plus difficile. Les explications sont multiples, les solutions également. Ce qui est toutefois nécessaire est une véritable volonté politique de combattre les inégalités qui gangrènent chaque un peu plus jour la cohésion sociale.

 

La fin de la « classe moyenne »

Il semble bien loin ce temps où les ménages de notre pays pouvaient vivre avec un seul salaire. Aujourd’hui, la majorité des adultes doivent travailler pour subvenir aux besoins élémentaires de leur famille. Et cela ne suffit pas toujours. Depuis les années 2000, la Suisse s’est découverte des « working poors » - des « travailleurs pauvres » - qui, malgré des emplois salariés, souvent à plein temps, n’arrivent simplement pas à faire face aux dépenses courantes du quotidien. La raison ? Le coût de la vie, bien entendu ! Vivre décemment en Suisse est devenu un luxe que de nombreuses personnes ne peuvent malheureusement plus se payer !

En cause tout d’abord la hausse effrénée des loyers, notamment dans les grands centres urbains. Cette dépense est devenue de loin la plus importante des ménages et il n’est plus rare de voir des familles payer des loyers équivalents à plus d’un tiers de leur budget mensuel. Les primes d’assurance maladie, bien sûr, grèvent de manière croissante les finances des familles. Avec deux enfants à charge, ce sont près de 1000 CHF qui partent chaque mois dans les primes. Et si par malheur des visites chez le médecin ou des interventions médicales sont nécessaires, la facture peut rapidement prendre l’ascenseur.

Ajoutez à cela les coûts des transports, les frais scolaires, les loisirs des enfants (lorsque cela est possible) ou le prix des denrées alimentaires, et vous constaterez qu’une fois toutes ces dépenses payées, il ne reste souvent pas beaucoup à la fin du mois pour s’acquitter des impôts, des frais de téléphone ou de la redevance télé…

La précarité concerne ainsi une fraction toujours plus importante de la population qui subit de plein fouet les mécanismes modernes de la pauvreté.

Les mécanismes de la pauvreté

 

La précarité résulte souvent de l’endettement qui intervient lorsqu’il n’est plus possible de faire face aux dépenses quotidiennes. Je ne parle pas ici de surconsommation effrénée ou d’achats compulsifs qui sont de véritables fléaux dans notre société moderne, mais bien des dépenses courantes : l’achat d’un ordinateur pour le fiston qui rentre au collège, d’une machine à laver pour remplacer celle qui a rendu l’âme ou d’un vélo pour aller au travail. Pire, il peut s’agir d’un emprunt pour payer ses factures de dentiste, ou simplement – je l’ai vu plusieurs fois – pour permettre aux enfants de partir en camp de ski avec leurs camarades.

Les mécanismes de l’endettement sont implacables. Parfois, on arrive à rembourser, parfois pas. Alors on prend sur la carte de crédit ou sur les acomptes provisionnels du mois, ou encore sur le loyer, pensant à tort que les créanciers seront compréhensifs. Et soudain les intérêts font gonfler la facture, les Impôts nous réclament les milliers de francs dus et la régie – conformément au droit applicable – nous signifie l’expulsion prochaine de l’appartement.

Aujourd’hui, plus personne n’est à l’abri d’un coup du sort ou d’une dépense imprévue qui peut enclencher les mécanismes de l’endettement. Le problème est qu’une fois le processus enclenché, il est très difficile de se remettre à niveau, d’échapper à la spirale infernale de la précarisation.

 

Comment lutter ?

Si un Suisse sur huit est actuellement concerné par la précarité, ce chiffre était moitié moins important il y a 20 ans. Et demain ?

Les solutions existent et des mesures contre les inégalités sociales peuvent être prises rapidement : contrôle des loyers, caisse maladie unique, salaire minimum, politique de l’emploi volontariste, gratuité des soins dentaires, règlementation stricte des microcrédits. Voilà autant de mesures concrètes et réalistes qui pourront combattre la pauvreté dans notre pays.

Mais, faut-il encore avoir le courage de les proposer et de les appliquer. Il nous appartient, socialistes, de s’y atteler, car la pauvreté menace également la cohésion sociale même de notre société fertilisant au passage le terreau populiste.

 

Article paru dans le bulletin interne du PS Genevois - novembre 2012

19:54 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

Commentaires

oui mais n'oubliez pas les faux pauvres ceux sortis du système ,anarchistes,décroissants et qui préfèrent vivre aux crochets de la population et eux ne sont pas Roms

Écrit par : lovsmeralda | 17/11/2012

s'il y avait moins d'associations féminines pour tout controler mettre des limites jusqu'à exiger de la non maltraitance dans les cirques peut-être qu'enfin les humains pourraient faire plus de petits boulots rentables pour s'en sortir.Tout le monde parle de réseaux sociaux ou on blablate pour des siècles mais s'ils étaient vraiment à but social depuis 7 ans on devrait avoir moins de chomeurs
un exmple pour s'en sortir mais la SPA ou des voisins jaloux mettront des batons dans les roues.Voilà :pourquoi aux environs des immeubles locatifs ou il y a toujours des places de jeux ne pas créer un petit jardin avec clapiers pour lapins! tous pourraient y apporter leurs épluchures de légumes,fruits et les enfant pourraient être menés à se responsabiliser davantage qu'en pianotant sur une console qui n'existe que comme médicaments donnés à une époque pour combler la carence affective.
Mais comme écrit ci dessus,certains vont trouve à se plaindre des odeurs ou des craintes d'herbes mouillées qui font gonfler les estomacs des animaux.SOS alors les humains peuvent manger n'importe quoi ? et les animaux doivent être plus protégés qu'eux? non tout va à contresens depuis que trop de femmes et d'écologiste Verts quelconque ont trouvé moyen de s'affirmer dans des domaines qui n'étaient pas de leur ressort
Beaucoup de gens seuls aimeraient un animal mais sans voiture comment s'en sortir ? aussi il est possible pour qui veut vraiment créer un taxi pour petits transports d'animaux,les personnes âgées ont toujours eut bon coeur et savent donner des bonnes mains.Mais non encore une fois on ve mettre des bâtons dans les roues.Ce qu'on veut en suisse et c'est bien socialiste tout le monde ou presque le sait maintenant c'est de voir des queues de chomeurs et de SDF à l'année.C'est tellement plus facile à manipuler un peuple qui doit demander!

Écrit par : lovsmeralda | 17/11/2012

Et ça, c'est sans compter les suisses résidents frontaliers, exclus des statistiques. exclus de toutes mesures, lors de licenciements "économiques" premiers licenciés, mais derniers réemployés, une vie de salariés, de cotisations & d'impôts à la source à 42+h/semaine, non pris en compte côté "bilatérales" français, où vite en fins de droits, c'est avec 460E/mois que ce passe la fin de carrière de bon nombres de licenciés, des années avant retraite ... à âge suisse. etc
Mais semble qu'à GE, avant de s'occuper des suisses résidents frontaliers,
on est en train de réfléchir ... à comment rapatrier sur GE les impôts de salariés résidents VD mais travaillant GE.

question d'intérêts, avant question de citoyens ... (à oui, de citoyens suisses... dsl!)

Écrit par : Pierre à feu | 17/11/2012

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