24/05/2013

Valorisons l'apprentissage !

A Genève, on préfère généralement les études généralistes à l’apprentissage. C’est oublier que le format d’apprentissage en dual Suisse comprend trois jours en entreprise et deux jours en école ce qui suppose des aptitudes scolaires nécessaires à l’obtention du CFC. En Suisse alémanique, 91.5% des jeunes entament une formation en entreprise à l’issue de leur scolarité obligatoire. Pour la Romandie, cette proportion atteint à peine 75%. A Genève, la majorité préfère opter pour une formation secondaire au collège, à l’Ecole de commerce ou à l’Ecole de culture générale. L’apprentissage offre pourtant de réelles perspectives professionnelles, dans un canton où l’emploi dans le secteur tertiaire représente 85% du tissu économique. Or, du fait que les échecs scolaires dans les premières années du post-obligatoire se multiplient, créant en cela des situations de rupture dramatiques (près de 1200 jeunes en sont victimes dans notre canton), valoriser les filières de l’apprentissage me semble être aujourd’hui une véritable priorité pour notre système de formation.

Un tissu économique demandeur

Aujourd’hui, seul 3% des jeunes entrent en apprentissage dès la fin du cycle d’orientation. L’âge moyen d‘entrée en formation est en effet de plus de 18 ans, alors qu’il était à 16 ans, il y a de cela une vingtaine d’années. Les classes passerelles s’en retrouvent surchargées et les problèmes d’orientation des jeunes s’amplifient avec, comme je l’ai dit, des situations de rupture à un âge de la vie où les choix d’avenir sont cruciaux et détermineront pour beaucoup la suite du parcours professionnel des jeunes concernés.

Ces échecs scolaires sont problématiques pour au moins deux raisons : premièrement, ils ont un impact certain sur le moral et la confiance en soi des jeunes qui y sont confrontés, rendant les reprises de formation souvent problématiques. Le développement de structures permettant l’insertion et le suivi des jeunes en rupture est en augmentation, signe d’une société axée sur la réparation et non sur la remise en cause du système et sur l’inventivité. La crainte d’un échec à venir est paralysante et beaucoup de jeunes vivent très mal cette situation. Deuxièmement, le calendrier scolaire est mal adapté aux phénomènes de rupture, dans la mesure où, si celle-ci intervient en début de cursus, il faut attendre une année avant de pouvoir renouer avec un nouveau cycle de formation. Les structures d’insertion, d’occupation ou de formation, fortement sollicitées sont principalement communales et visent parfois à corriger un défaut d’orientation. Elles visent à maintenir le contact des jeunes  et leur permettre de recommencer avec motivation un processus formateur l’année suivante Le lien avec les services de l’Office de formation professionnelle et continue (le groupe de suivi individuel, Tremplin-Jeunes entre autres) ou la Coordination et l’organisation du suivi individualisé (COSI) du service de la scolarité du postobligatoire est également précieux dans cet objectif de reprise de formation. Sans cela, se développe un état d’abandon pour compte, qui voit des jeunes errer sans objectifs clairs, en attendant une rentrée scolaire qui interviendra parfois dans plusieurs mois. Les risques de désocialisation, dans ce genre de situation, sont nombreux et ont de lourdes conséquences sur la suite du parcours des jeunes qui doivent y faire face. Le constat est amer; malgré l’importance du système d’insertion, un nombre important de jeunes se trouvent en rupture chaque année.

Comment faire face ?

L’apprentissage doit être valorisé, c’est indéniable. Pour cela, plusieurs mesures devraient être prises.

Premièrement, il s’agit pour moi d’augmenter les offres d’attestations de formation professionnelles (AFP), qui sont d’excellents tremplins pour réussir à rattraper le train de l’apprentissage, notamment pour les jeunes qui ont des difficultés scolaires.

Il s’agit ensuite de développer les formations de type « assistant socio-éducatif » ou « d’assistant en soin et santé communautaire » pour le domaine de la santé, car les besoins sont nombreux dans ces domaines. Ces formations permettent l’accès aux Hautes Ecoles Supérieures (HES), par le biais d’une maturité professionnelle post-CFC. Raison de plus pour valoriser l’apprentissage dans un domaine qui aujourd’hui attire bon nombre de jeunes.

En outre, revaloriser l’apprentissage, c’est aussi reconnaître à ce type de parcours la solidité de son caractère formateur. Par un système de passerelles facilité et par une meilleure validation des acquis, l’apprentissage devrait aujourd’hui permettre, pour ceux qui sont motivés, d’accéder par la suite à des formations de type supérieures ou tertiaires.

 

Enfin, pour lutter spécifiquement contre les ruptures de parcours, instaurer à Genève une seconde rentrée scolaire au postobligatoire est une idée à creuser, afin que ceux qui connaissent des parcours parfois chaotiques, puissent rapidement réintégrer les cursus formateurs afin d’éviter les situations de rupture dont on connait les conséquences. J’y reviendrai dans un prochain article.

La formation pour tous

La formation est le premier des remparts contre la précarité. Posséder un parcours qualifié permet d’affronter plus solidement les difficultés d’un marché du travail toujours plus exigeant et concurrentiel. Les idées ne manquent pas, mais elles ne pourront se concrétiser qu’avec un partenariat social fort entre les syndicats, les employeurs et le Canton. Ce partenariat existe, certes, mais il s’agit aujourd’hui de le renforcer intelligemment, afin que le dynamisme de notre tissu économique puisse apporter les réponses nécessaires à notre système de formation et offrir, je l’espère, à chacun, la possibilité de bénéficier d’une formation certifiante et de qualité.

 

17:04 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Ecole et formation | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

Commentaires

la rage de vivre et de vaincre n'était elle que l'apanage de notre génération ,j'espère que non.Cependant votre article fleure bon le réalisme et si les enfants étaient moins couvés par beaucoup de parents castrateurs,peut-être redeviendraient-ils ce que nous étions dès la maternelle.Des enragés de survivre face à la mécréance d'adultes qui au nom de la foi n'avaient que la soumission en héritage a vouloir nous imposer et ce de gré ou de force
Certe ce n'est pas un exemple d'apprentissage à suivre mais entre le laxisme,la peur celle le plus souvent des parents.il serait temps de revenir un tout petit peu en arrière et analyser comment des enfants d'autres cantons pour bien vivre ont dû se lancer très jeunes dans la vie active pour payer des pensions aux parents et leurs habits alors qu'ils étaient en apprentissage
On ne peut pas vraiment dire que la technologie ait ouvert les yeux ,oui sur un monde utopiste mais en occultant l'essentiel ,avoir d'abord confiance en soi et surtout se souvenir que ceux qui enseignent ne donnent que les bases ensuite il appartient à chacun se trouver sa propre formule pour vivre selon ses choix et non ceux imposés par des modes stupides qui ne durent jamais

Écrit par : lovsmeralda | 24/05/2013

Vous me rappelez Schneider-Amman qui essayait de limiter l'accès aux études supérieures saturées.
C'est bien de promouvoir l'apprentissage, mais...
Un menuisier-ébéniste aujourd'hui installe des fenêtres et des portes en PVC. A la chaine.
Un serrurier ne fait plus de ferronnerie d'art, des portails ou des créations avec du métal soudé, il va remplacer les serrures des appartements violés et volés.
Un électricien, s'il n'a pas suivi une formation continue dans le courant faible, ne fera que tirer des lignes sans même comprendre la finalité de son schéma.
Un imprimeur bosse dorénavant devant un PC.
Etc...
Il ne reste donc que les boulots dans le social auxquels vous faites référence. Des aides pour ceux qui en ont besoin parce qu'on leur a fait croire qu'ils trouveraient leur compte dans une filière ou une autre.
Ainsi on crée une société ou tout un chacun devient le coach de l'autre. La moitié de la population devient le psy de l'autre. On nage dans la pitié de soi-même et des autres, on pleure l'injustice de la vie et on sombre.
Non merci, votre programme ne donne vraiment pas envie. Mais comme d'hab, vous passez pour le gentil qui comprend la misère du monde.

Écrit par : Pierre Jenni | 24/05/2013

@Monsieur Jenni:

Je vous remercie pour votre commentaire.

Je ne partage cependant pas vos conclusions. L'apprentissage offre à Genève des perspectives professionnelles solides, dans lesquelles la formation s'adapte fort bien aux évolutions technologiques que vous décrivez. C'est donc une voie à promouvoir.

Sur les apprentissages en "santé-social", il faut impérativement les développer, car, effectivement, les besoins ne cessent de croître. Non pas, comme vous le sous-entendez, parce que notre société est à moitié assistée, mais bien parce que nous vivons dans un monde à deux vitesses, où le nombre des exclu-e-s augmente. Nous avons donc effectivement besoin de renforcer l'encadrement et l'aide les un-e-s pour les autres. Notre cohésion sociale est à ce prix. Et les perspectives professionnelles dans ce domaine sont amenées à se développer.

Cordialement
Thierry Apotheéloz

Écrit par : Thierry Apothéloz | 27/05/2013

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