24/06/2015

Ceux qui attaquent la LDTR attaquent les locataires

Les genevois ont dit oui à la modification de la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitations (LDTR), permettant ainsi la conversion de bureaux en logements, sans contrôle des loyers. Soit. L’argument était pernicieux pour la population – dont seule une infime minorité pourra profiter de cet assouplissement législatif : si on construit plus de logements pour les nantis, ceux-ci libéreront les logements (déjà très chers) qu’ils occupent actuellement, au profit de la classe moyenne. Le raisonnement ne résiste évidemment pas à la logique, mais il est aujourd’hui trop tard pour le contester. Les urnes ont rendu leur verdict.

Car imaginer que quelques centaines de logements inabordables vont permettre d’assouplir un peu le marché tient d’une malhonnêteté intellectuelle crasse. Le peuple est dans un tel état de désespoir qu’il se laisse berner par les sirènes des promoteurs immobiliers – les seuls vainqueurs du 14 juin – et qui vont pouvoir recaser les bureaux qu’ils n’arrivent plus à louer en luxueux appartements à destination des plus fortunés. Certains s’en frottent les mains. Avec, en plus, la bénédiction du peuple.

On le voit au parlement : la droite élargie avance en rangs serrés et parle d’une même voix : diminuer la protection des locataires, affaiblir la LDTR. Non pas pour construire du logement, là encore ne soyons pas dupe. La pression sur les locataires est telle qu’on arrive, coup de buttoir après coup de buttoir, à leur faire avaler n’importe quelle mesure. Le message est connu : aidez ceux qui profitent de la crise, et vous en récolterez peut-être quelques miettes. Triste logique.

Le prochain chapitre de cette tromperie s’intitule « le retour des congés-vente ». Il prend la forme d’un insidieux projet de loi (PL 11408) dénommé « plus de liberté pour les locataires » http://ge.ch/grandconseil/data/texte/PL11408.pdf. Inutile de dire le danger que représente ce projet, qui vise à permettre aux propriétaires de choisir leurs futurs locataires en fonction de leur capacité et de leur détermination à acquérir leur futur logement – à prix d’or, cela s’entend ! Là également, l’attaque vise les locataires, au profit de ceux qui réaliseront, par ces opérations immobilières, de généreux bénéfices.

Les locataires se sont laissés duper une fois. Sous couvert d’accession à la propriété, j’espère qu’ils sauront refuser d’être fragilisés encore plus, sur un marché tendu du logement qui, rappelons-le, leur fait payer le prix fort. Au profit de quelques-uns.

11:48 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

21/06/2015

40 ans de l'école allemande de Genève, une longue histoire de volonté commune

Messieurs les Conseillers administratifs, chers Collègues,

Monsieur l’Ambassadeur, Excellence,

Madame la députée fédérale d’Allemagne,

Madame la directrice, Mesdames et Messieurs les représentants de la direction,

Mesdames et Messieurs les enseignants, chers Parents, chers Elèves,

 

Quel plaisir d’être aujourd’hui parmi vous pour célébrer ensemble le 40ème anniversaire de l’école allemande, ici, à Vernier.

Comme vous le savez peut-être, les rapports entre nous, Romands, et la magnifique langue de Goethe se limitent souvent à des années d’efforts pour ne savoir au final que dire quelques phrases… phrases que la gent masculine, appelée sous les drapeaux à l’orée de leurs 20 ans, tentent désespérément de "baragouiner" avec nos voisins d’Outre-Sarine lorsqu’ils font leur service militaire…

Et pourtant…

Que de regrets pour moi aujourd’hui de n’être finalement pas en mesure de prononcer ce discours auf Deutsch, de parler cette langue magnifique, pleine de finesse et de saveur qu’est l’allemand. Combien je regrette de n’avoir pas plus étudié Stefan Zwieg, Thomas Mann ou Friedrich Dürenmatt, ces auteurs qu’il faut savoir lire dans leur version originale pour saisir pleinement tant la beauté de leur texte que la force de leur langage. J’ai depuis relu Zweig, Mann et Dürenmatt, en français, mais il me manquera toujours quelque chose à la compréhension de leurs œuvres.

Il n’est pas présomptueux de reconnaître aujourd’hui que non seulement dans la littérature, mais aussi dans les sciences, les arts et la philosophie, la culture germanique joue un rôle central dans la pensée européenne. Pour une ville comme Vernier, qui réunit justement en son sein une population multiculturelle et bigarrée, une institution telle que l’école allemande trouve dès lors pleinement sa place. Et c’est peu dire que nous sommes évidemment très fiers que notre ville pas commune participe au maintien et à la pérennité de l’enseignement culturel allemand en Suisse romande.

Vernier et l’école allemande de Genève, c’est une longue histoire d’amour sans histoire, qui se poursuit depuis longtemps, dans une parfaite collaboration et des projets communs ambitieux. Au premier rang desquels je citerai naturellement le pavillon de l’enfance, fruit d’une volonté parfaitement orchestrée entre l’école allemande et Vernier, qui ont su travailler en harmonie pour bâtir ce lieu pour qu’il profite aux deux partenaires. Croyez-moi, une telle synergie et une telle envie de travailler ensemble, de concert, avec intelligence et pragmatisme, est quelque chose de suffisamment rare pour que je me permette de le souligner ici.

L’école allemande de Genève fait aujourd’hui entièrement partie de notre communauté. J’irai même plus loin en disant qu’elle fait même partie intégrante de notre patrimoine et de notre identité. Certains d’entre vous le savent : Goethe lui-même a séjourné quelques jours dans la maison Naville, qui est aujourd’hui notre Mairie. La légende raconte même qu’il s’y est beaucoup plu. C’est dire si, il y a de cela quelques années, l’histoire culturelle allemande et celle de Vernier s’étaient déjà rencontrées.

Nos destins sont aujourd’hui intimement liés, et j’ose espérer qu’ils le seront encore longtemps.

Je ne saurais dire combien l’école allemande aime Vernier, mais croyez bien que la réciproque est vraie, et que nous sommes, nous, Autorités, très attachés à sa présence sur notre territoire. Avoir en son sein une telle institution est un témoignage du dynamisme de notre ville, qui souffre parfois d’une image tronquée à l’extérieur, mais qui peut s’enorgueillir au quotidien d’abriter une institution aussi prestigieuse que l’école allemande.

En ce jour d’anniversaire, que souhaiter d’autre si ce n’est que la Deutsche Schule Genf et la ville de Vernier continuent encore longtemps de marcher vers l’avenir, main dans la main, en continuant de cultiver l’amitié qu’elles ont su lier durant toutes ces années.

 

Bon anniversaire.

Vive l’école allemande

Et vive Vernier !

19:27 Écrit par Thierry Apothéloz dans Ecole et formation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook