29/09/2015

Le véritable oreiller de paresse, c’est de couper l'aide sociale sans aucun discernement

La nouvelle n’a fait grand bruit que chez les professionnels de l’aide sociale. Mais ses conséquences sont catastrophiques! La Conférence des directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS) a décidé de modifier les normes usuelles appliquées en Suisse pour l’aide sociale.

En somme: moins pour les familles nombreuses, moins pour les jeunes adultes, moins de suppléments d’intégration (mesure incitative). Ce véritable scandale montre l’influence croissante des thèses antisociales d’une certaine classe politique de notre pays qui souhaite faire des économies sur le dos de celles et ceux qui sont les plus fragilisé-e-s de notre société.

Durcir l’aide sociale n’est jamais la solution. Durcir l'aide sociale, c'est considérer qu'être pauvre est une fainéantise, une paresse, une solution de facilité. On a beau répéter que les «abus» ne concernent qu’une infime minorité de situation (moins de 5%), l’imagerie populaire voyant les personnes à l’assistance comme des parasites sociaux ne cesse de gagner du terrain.

A Genève, le nombre de personnes à l’aide sociale a bondi de plus de 60% en six ans! C’est énorme, et cela montre surtout que nous vivons dans un monde ultra-compétitif, où beaucoup sont laissés au bord du chemin. La croissance ne profite de loin pas à tou-te-s.

 

Comme si étrangler encore davantage les plus défavorisés allait, par miracle, les pousser à une réinsertion immédiate.

 

Se posent dès lors la question des mesures entreprises par nos dirigeants cantonaux et fédéraux pour faire face à ce problème. Favoriser l’insertion professionnelle? Créer des mesures incitatives efficaces? Proposer des formations ou des remises à niveaux? Non, rien de tout cela. Baisser les prestations, encore et toujours. Comme si étrangler encore davantage les plus défavorisés allait, par miracle, les pousser à une réinsertion immédiate.

Une logique perverse

La logique est perverse et elle fait froid dans le dos. Lorsqu’on entend Mauro Poggia dire que l’aide sociale pour les jeunes constitue un «oreiller de paresse», je suis effaré par la méconnaissance abyssale dont fait preuve notre ministre des affaires sociales de la réalité de terrain.

Si les jeunes sont à l’aide sociale, ça n’est pas par flemmardise. La plupart sont en rupture d’un système scolaire devenu de plus en plus sélectif, et pour lequel tant les passerelles que les possibilités de suivi sont extrêmement complexes. Si on veut ramener ces jeunes vers une insertion qualifiante durable, il faut s’en donner les moyens et mettre en place des programmes ambitieux, pas simplement leur couper les vivres en espérant naïvement que cela va servir à quelque chose!

Le Conseil d’Etat atteint ainsi une nouvelle fois la cohésion sociale de notre canton. Cette politique renforce l'exclusion des plus fragilisés et légitime la voie inadmissible d'une Genève à deux vitesses.

14:17 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

02/09/2015

Aide sociale et santé: des mesures pour éviter le cercle vicieux SVP!

Le communiqué de l’Initiative des villes pour la politique sociale montre que les personnes à l’aide sociale présentent des problèmes de santé inquiétants. 63% de celles et ceux qui bénéficient de l’assistance publique depuis plus de trois ans souffrent de maladies diverses, qui rendent leur réinsertion dans le marché du travail d’autant plus difficile. 

Ce phénomène est connu depuis longtemps dans le travail social comme la «zone grise». Cette situation est celle de personnes qui ne sont pas considérés comme suffisamment malades pour bénéficier d’une rente AI et qui souffrent en même temps de ne pas pouvoir réintégrer un marché du travail toujours plus concurrentiel.

Les mesures mises en œuvre pour lutter contre ce fléau sont pratiquement inexistantes.

A Genève, selon le rapport d'activité de l'Hospice général, le nombre de personnes à l’aide sociale a augmenté de 62% depuis 2009. Ce chiffre effrayant montre l’absence de vision à long terme de la politique genevoise en matière d’insertion professionnelle et de lutte contre l’exclusion. La durée de l’éloignement du marché du travail est la première cause d’exclusion, bien avant la formation suivie, l’expérience ou les compétences. L’étude de l’Initiative des villes suisses montre d’ailleurs que la durée de la dépendance à l’aide sociale a tendance à s’allonger. Un comble!

Il est désormais urgent de passer à l’action. J’attends de la part de notre gouvernement des mesures en faveur de la réinsertion rapide des bénéficiaires de l’assistance publique et une politique préventive. Depuis le programme de législature en 2013, peu de choses ont été faites si ce n’est de réduire les montants de l’aide sociale.

Seule une politique d’inclusion dynamique et innovante permettra de soutenir réellement les Genevoises et les Genevois qui vivent ce type de situation difficiles. Voir leur nombre gonfler d’année en année doit nous pousser à une action redoublée, et en tout cas pas au désistement.


 

20:49 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook