13/11/2015

Projet de budget: le Conseil d’Etat doit écouter et revoir sa copie


20151113003519-848x400.jpgLa fonction publique est dans la rue. Et pas qu’un peu. Le mécontentement des fonctionnaires a atteint ces jours une ampleur qu’on n’avait plus connue depuis bien 20 ans. A raison. Le projet de budget 2016 présenté par le Conseil d’Etat consacre en effet une orthodoxie financière qui irrite toutes celles et ceux qui militent pour une fonction publique efficace et de qualité. Au service de la population. Dans ce budget, les fonctionnaires devront assumer tous les sacrifices de notre société. La population devra quant à elle accepter de son côté une baisse des prestations. Le Conseil d’Etat n’entend pas les cris de la rue et campe sur ses positions. Des positions étonnament rigides, qui ne laissent pas la place à l’émergence de solutions alternatives. Il en existe pourtant.

Fiscalité: le nœud du problème

Les revendications de la fonction publique ne sont pas uniquement liées à leurs conditions de travail immédiates. On oublie trop souvent de la rappeler que cela fait des années que celle-ci consent des sacrifices sans broncher, au nom du service public. Un fonctionnaire gagne aujourd’hui moins qu’il y a 10 ans, augmentation du coût de la vie – et stagnation de son salaire – oblige. Mais la grève qui paralyse l’Etat ces jours est également un signal d’avertissement aux autorités et aux politiques, tant les enjeux fiscaux qui attendent Genève font légitimement peur. Réforme de la fiscalité des entreprises (et perte fiscale annoncée de près de 500 millions), imposition sur le seul lieu de domicile (et donc bouleversement de la délicate péréquation financière pour les communes), volonté de supprimer la taxe professionnelle (et donc là aussi, un manque à gagner immense pour les collectivités publiques). Sur ces sujet cruciaux, tant le Conseil d’Etat que le Grand Conseil adoptent une position ferme, voire catastrophique: il va falloir faire avec, il va falloir faire mieux, il va falloir faire avec moins. Le climat n’est pas au beau fixe.

Briser le tabou des impôts

Faire payer à la seule fonction publique le déficit de l’Etat, c’est faire preuve d’un double aveuglement: premièrement, c’est oublier un peu vite que cette situation est due à la baisse d’impôts voulue et votée par le peuple en 2008, qui a fait replonger Genève dans des chiffres rouges dont elle n’est jamais ressortie. Deuxièmement, c’est partir du principe que toute nouvelle recette est impossible. Cette dernière position est aujourd’hui politiquement intenable. Parce que l’amaigrissement de l’Etat ne peut pas être la seule et unique position de principe sur lequel Genève doit baser ses décisions budgétaires. Il faut aller chercher de nouvelles recettes, ne serait-ce que pour absorber l’augmentation massive de la population (7'000 personnes par an !) dans un canton qui reste un pôle économiquement très attractif.

Ecouter la rue, et faire de la politique

La fonction publique ne refuse aucunement de rejoindre la table des négociations. Elle refuse de devoir être la seule à payer le prix de la gestion de l’Etat. C’est légitime. Il appartient aujourd’hui au Conseil d’Etat et au Grand Conseil de repenser un budget qui sache faire la part des choses entre coupes et recettes. L’orthodoxie libérale ne nous mènera nulle part. Proposer un budget équilibré qui demande des sacrifices à toutes et tous plutôt qu'à certains uniquement, c’est cela faire de la politique. Taper uniquement sur la fonction publique et les prestations, c’est fuir ses responsabilités.

09:59 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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