25/07/2016

Les élus municipaux démissionnent: "Préservons le système de milice!"

Selon l'article de la Tribune de Genève du 24 juillet 2016, basé sur les chiffres fournis par la Chancellerie d'Etat, 16,74% des conseillers municipaux du Canton de Genève ont changé en un an, depuis le début de la législature en juin 2015, un taux très élevé déjà pour une première année de législature. Trop certainement. La situation est préoccupante, mais des solutions existent.

Une situation préoccupante

En tant que président de l'Association des Communes Genevoises, cette situation me préoccupe à plus d'un titre. Le système de milice, notamment à l'échelon communal, est un des piliers de nos institutions. Certes, il ne faut pas oublier que la démission d'un-e élu-e entraîne par ricochet l'élection d'un-e vient-ensuite, soit une force nouvelle, peut-être plus motivée ou ayant plus de temps à dégager pour la choses publique. Mais cette hausse inquiétante des démissions qui représente une perte de compétences pour la collectivité publique, n'est pas imputable uniquement aux élu-e-s qui démissionnent. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, à mon avis. A chacune de celles-ci, des solutions peuvent et doivent être trouvées.


 

Le parcours de vie

En premier lieu le parcours de vie des individus élus. On pourrait a priori se dire que c'est au travers de cet élément que nous pouvons le moins corriger l'augmentation des démissions. Et pourtant! Le manque de logements et la priorité qu'on lui accorde dans notre quotidien entraînent par ricochet des démissions. Dès qu'une famille s'agrandit ou qu'un divorce se prononce par exemple, retrouver un logement dans sa commune relève bien souvent de l'impossible, d'autant plus dans les communes les plus petites de notre canton.

Dans le même ordre d'idée, la conciliation vie familiale, professionnelle et politique est aiguë. Un enfant, un congé maternité, un changement professionnel sont autant d’éléments qui seront largement pris en compte. Malheureusement et c’est un fait connu, ce sont souvent les femmes qui sont les premières à devoir faire des choix, notamment à cause des horaires difficilement conciliables avec une vie de famille, diminuant ainsi en cours de législature, davantage encore, la représentation féminine dans les délibératifs communaux.

La formation des élu-e-s: un enjeu primordial

En deuxième lieu, le manque de formation des élus. Nos institutions et surtout les partis politiques doivent mieux informer les candidat-e-s du temps à consacrer et des responsabilités qui leur incomberont une fois élu-e-s. La volonté des partis à avoir à tout prix la liste électorale la plus longue a des conséquences et la hausse des démissions en est une de particulièrement négative. Le 3 février 2015, peu avant les élections municipales, la RTS rappelait que 1716 candidats, répartis sur 170 listes, se présentaient à l'élection des 45 conseils municipaux, pour 924 sièges à repourvoir au total. Un chiffre assez stable par rapport aux élections de 2011 et 2007 mais qui reste largement au-dessus des élections de 2003 et 1999. On peut se demander si à force de vouloir augmenter le nombre de candidat-e-s sur les listes afin de les rendre plus représentatives, on ne les a effectivement finalement pas rendues représentatives de la majorité de la population pour qui concilier une vie professionnelle avec une charge politique est tout simplement impossible...

En dehors du secteur public, associatif, des indépendants ou des associations patronales et syndicales, il est souvent rare aujourd'hui de trouver des entreprises qui acceptent ou qui tolèrent des départs en journée précoces pour se rendre en commission municipale.

Des dossiers communaux complexes

Enfin, nul doute que la complexification des dossiers à traiter pour un délibératif communal rend les discussions de plus en plus techniques et par la même occasion de moins en moins politiques. Il est important et primordial de former les élu-e-s à ces questions. AIMP, normes techniques de constructions, normes MCH2, finances communales interconnectées à celles de l'Etat de Genève, sont autant de sujets que personne ne peut avoir la prétention de connaître entièrement dès son élection.

Les candidatures au niveau communal sont souvent trouvées et incubées dans un milieu associatif communal riche: dans ces cercles où la proximité et la résolution des problèmes à une échelle simple et direct est le fer de lance, la présence au sein d'un délibératif polarisé et aux sujets complexes, a probablement de quoi refroidir voire décevoir les ardeurs de tout un chacun.

Des solutions: il y en a

Au delà des formations aux élu-e-s que j'appelle de mes vœux en lien avec les partis politiques, les Communes et la Chancellerie, les solutions à ces démissions en chaîne sont à chercher dans des mesures concrètes:

  • une meilleure organisation du Conseil et des Commissions,
  • des horaires compatibles avec une vie de famille,
  • une réduction du nombre de commissions,
  • une meilleure prise en compte des charges familiales qui pour l'heure sont majoritairement assumées par les femmes,
  • des formations continues liées à l'activité régulière et surtout aux domaines de compétence des communes,
  • un meilleur lien avec les entreprises acceptant de libérer du temps pour leurs employé-e-s
  • et enfin – et pourquoi pas – agender une journée hebdomadaire privilégiée pour toutes les institutions de notre Canton (Grand Conseil, CM, etc.) permettant ainsi une meilleure prévisibilité et organisation pour les futurs élu-e-s.

11:32 Écrit par Thierry Apothéloz dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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