16/03/2017

Peut-on sauver la classe moyenne?

Le Centre Social Protestant tire la sonnette d’alarme: la classe moyenne inférieure (le terme est terrible!) n’arrive plus à joindre les deux bouts. La faute à un filet social qui voit ses mailles s’élargir de jour en jour. Laissant des familles passer à travers. Cette bombe sociale risque bien de nous exploser à la figure si l’on n'agit pas au plus vite.

Aujourd’hui, le terme de classe moyenne est galvaudé. Dans le temps, on qualifiait par ce terme celles et ceux qui arrivaient à faire face au quotidien sans trop de difficultés. Aujourd’hui, la classe moyenne, ce sont les nouveaux précaires. Celles et ceux qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, qui voient les factures, les dettes, les problèmes s’accumuler. Ce sont surtout les working poors, ces familles qui cumulent les emplois mais qui ne parviennent plus à échapper à la précarité malgré cela.

Est-il normal qu’un couple avec deux revenus ne puisse pas faire face avec sérénité à ses obligations financières? Bien sûr que non! Il est bien loin le temps où un salaire suffisait à faire vivre une famille. Et même avec deux emplois, cela n’est plus le cas aujourd’hui.

 

Comment en est-on arrivé là?

 


Une classe moyenne mise sous pression

Tout simplement parce que la vie, en Suisse et à Genève est de plus en plus chère. La récente étude du Crédit Suisse consacrée au pouvoir d’achat et aux revenus disponibles des ménages montre que Genève se situe à la dernière place, avec un indice de trois points inférieur à la moyenne Suisse. Le coût de la vie y est en effet particulièrement élevé. A commencer, bien sûr par le montant des primes d’assurance-mal adie, qui ne cessent de grimper d’année en année, et tout particulièrement dans notre canton. Vient ensuite le problème du logement: les loyers exigés ces douze derniers mois sont parfois 50% plus élevé que ceux pratiqués en moyenne dans le canton!

En contrepartie, les prestations sociales à destination de la classe moyenne sont insuffisantes – quand elles ne sont pas inexistantes – parce qu’inadaptées à cette nouvelle réalité que dénonce avec justesse le CSP. Sans parler des salaires qui augmentent bien moins rapidement que coût de la vie. Ajoutons à cela les nouveaux emplois précaires (temps partiels non choisis, notamment), soumis aux pressions d’un marché de l’emploi où le dumping salarial semble avoir de beaux jours devant lui.

Briser le tabou

Il est temps de briser le tabou de la classe moyenne: celle-ci – telle que nous l’avons connu il y a de cela une génération – cette classe moyenne n’existe tout simplement plus. Celles et ceux qui s’en sortent, sans problèmes financiers, sont de plus en plus rares. La majorité, elle, se voit talonnée par une précarité grandissante. Peu d’entre nous sont aujourd’hui à l’abri. La société à deux vitesses prend un méchant coup d’accélérateur.

La cohésion sociale: un objectif prioritaire

La solution? Il faut déjà commencer revoir de toute urgence nos barèmes en matière d’aide sociale (au sens large) : indemnités chômage, subsides d’assurance-maladie, subsides logements, encadrement des loyers (et barèmes d’accès). Il faut aussi – le sujet est d’actualité – repenser notre AVS d’une façon qui cesse de pénaliser le revenu de nos seniors et qui leur offre des conditions de vie dignes.

Enfin – c’est peut-être là le plus important – il convient aujourd’hui d’investir massivement dans la formation professionnelle et continue à destination de la classe moyenne. C’est probablement là la mesure phare qui permettra une meilleure mobilité sociale et une plus grande adaptabilité à un marché de l’emploi toujours plus changeant.

On sait en effet que d’ici 20 ans, plus de la moitié des métiers que nous connaissons auront soit disparus, soit se seront profondément transformés. Celles et ceux qui exercent ces métiers – la classe moyenne justement – devront être formés et armés pour faire face à ces défis cruciaux .

La précarité a elle aussi un prix: un prix social.

Qui peut imaginer que rien ne changera en Suisse et à Genève avec d'un côté des très riches et de l'autre une majorité silencieuse qui risque à tout moment d'être tirée vers le bas et de tomber dans une situation de précarité (si ce n'est déjà pas le cas)? Notre défi actuel est de garantir la cohésion sociale de notre canton, aujourd'hui et demain.

Les pouvoirs publics cantonaux doivent investir dans des mesures nouvelles, ils doivent innover pour apporter des réponses concrètes. Je refuse de sacrifier ce qui fait la force de Genève, une classe moyenne forte, une génération de travailleurs et de travailleuses qui a contribué au quotidien à la prospérité de notre pays.

19:02 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook

Commentaires

Il en faudra des piqûres de rappel pour que votre message passe.

Écrit par : Mère-Grand | 17/03/2017

La classe moyenne en Suisse n'est-elle pas sœur de la semblable dite également "pudiquement" classe moyenne en France?

Classes moyennes attaquées aux prestations sociales progressivement se réduisant comme peau de chagrin.

Ces classes moyennes n'en formant au fond qu'une ne sont-elles pas atteintes parce qu'attaquées avec détermination?

En ce cas, lorsque l'on est attaqué, quelle est la réponse ou la riposte sinon, comme respecté en notre pays en ce qui concerne l'armée, la défense légitime de la vie des êtres vivants de notre temps ainsi que de leurs descendants?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/03/2017

Sans même toucher quoique ce soit à la loi, commencer par appliquer la garde partagée de manière plus systématique en cas de séparation et de divorce, de même que revoir les minimums vitaux dans les mêmes situations (à Genève rappelons qu'il est fixé au seuil absurde de 1'200 francs par mois pour un adulte), ça ferait baisser la précarité.

Écrit par : olivier | 20/03/2017

Vous semblez n'avoir pas encore compris...

Je me souviens d'un discours de Jean-Claude Killy, qui disait en substance :

"Le sport est une chose merveilleuse, qui ne connaît qu'un seul ennemi, le dopage. Malheureusement, c'est un ennemi mortel."

Moi, je dirais :

" Le capitalisme est un système merveilleux, qui ne connaît qu'un seul ennemi : la concentration automatique du capital dans les mains de moins en moins de nantis. Malheureusement, c'est un ennemi mortel."

Écrit par : Donna | 20/03/2017

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