07/06/2013

De l'intérêt et de l'importance de l'insertion professionnelle - discours à l'AG de l'association des zones industrielles de Meyrin, Satigny, Vernier

Vous le savez certainement, la ville de Vernier, tout comme la commune de Meyrin, est particulièrement engagée dans la lutte contre le chômage. Devrais-je dire dans la promotion de l’emploi pour le formuler de manière plus constructive, peut-être plus optimiste.

Pour ce faire, nous avons souhaité un autre développement de nos zones industrielles. Nous avons conçu une unité spécifiquement dédiée à l’insertion professionnelle, une délégation à l’emploi, dont le responsable est avec moi, Florian Kettenacker. Nous avons décidé dès 2003 d’imaginer de nouvelles mesures, d’innover, pour répondre à cet ambitieux défi de l’emploi.  Nous recevons ainsi quotidiennement personnes en recherche d’emploi de toute la ville de Vernier, soit plus de 500 personnes, jeunes et moins jeunes, pour les informer, les conseiller, les soutenir dans leurs démarches. Nous avons pris le pari d’aller plus loin, de ne pas nous contenter de travailler sur des projets et les compétences des individus. Notre ambition est de les rapprocher des entreprises, de les amener à vous, et inversement.

Soyez rassurés : il ne s’agit pas d’harceler les employeurs que vous êtes. Celles et ceux d’entre vous qui ont déjà eu l’occasion de collaborer avec nous le savent. J’aimerai simplement vous faire part d’une conviction qui est la mienne et qui ne cesse de se renforcer face au succès de nos actions : dans de bonnes conditions, les personnes en insertion, même fragiles, peuvent amener quelque chose de précieux à l’entreprise. Collaborer avec les structures d’insertion, ce n’est pas juste faire un geste envers autrui, avec des bonnes intentions, c’est s’ouvrir à une nouvelle logique d’entreprise, qui sait allier réalité économique et responsabilité sociale.

Dans la période économique actuelle, le doute semble être le maître mot. Vous êtes soumis à de nombreuses contraintes, structurelles, conjoncturelles. Envisager une telle collaboration représente forcément des efforts. Mais ce sont des efforts qui paient. Une entreprise qui gagne est une entreprise dans laquelle il règne un fort esprit d’équipe, un esprit d’appartenance. C’est une entreprise qui fédère autour d’un projet fort, d’une vision sociale forte.

Nous pouvons ensemble y contribuer.

Nous sommes une ville qui se soucie de l’emploi, parce que la réalité vécue par nos habitantes et nos habitants ne nous en laisse pas le choix. Les statistiques du chômage sont frappantes. Dans ce domaine, Vernier détient hélas le record genevois, voire Suisse dans certains quartiers avec près de 9.4 %. Lorsqu’on se rappelle que le taux suisse avoisine les 3.5 %, c’est énorme !

Les inégalités sociales ont souvent tendance à se cumuler, à se combiner. On remarque que sur notre territoire tous les indicateurs de précarité sont très élevés, qu’ils soient liés à la question financière, au logement ou encore à la famille. Au-delà des statistiques, nous la percevons au quotidien, dans l’accablement et la souffrance dont nous font part les personnes que nous rencontrons et que nous soutenons. Nous nous devions réagir. Une bonne manière de contribuer au changement, c’est de ne pas se résigner.

Nous sommes une ville qui se soucie de l’emploi parce que le dispositif cantonal, dans son état actuel, ne répond pas suffisamment aux besoins de la population concernée. Ce n’est pas un affront que de le constater – tout système à ses limites. L’Office Cantonal de l’Emploi est débordé par les demandes, les ressources dont il dispose sont limitées.

Nous sommes une ville qui se soucie de l’emploi, finalement, parce que nous sommes convaincus que l’échelon local est essentiel pour répondre à certaines problématiques sociales complexes. La problématique du chômage n’est pas qu’une « simple » absence d’emploi ou plus qu’un « simple » problème individuel. Elle est liée à de multiples facteurs tels que l’éducation, la famille, l’origine, la santé, l’économie. Elle soulève également de nombreuses questions, des questions de fond, sur les valeurs de notre société, sur la responsabilité, sur la solidarité, l’égalité.

Face à ces défis, nous avons choisi de nous centrer sur l’individu et sa relation au monde économique. De rapprocher les mondes en quelque sorte. Nous nous y employons avec vous. Cela me réjouit tout particulièrement et je tiens à vous en remercier.

Pour terminer, permettez-vous de vous adresser quelques mots en lien avec le thème de notre intervenante suivante. Les femmes aujourd’hui sont en voie d’atteindre un objectif majeur sur le marché du travail : celui de l’égalité de l’employabilité. Elles représentent près de la moitié de la population active, soit 46 %, alors qu’en 1970, elles n’atteignaient que 38,7 %.

Ce chiffre réjouissant cache pourtant une triste réalité. Nous traversons une époque de paradoxes et de contrastes pour les femmes et l’ensemble des salarié-e-s. Malgré une plus forte présence de femmes, quasi partiaire sur le marché du travail, les inégalités et les disparités entre femmes et hommes sont persistantes. Orientation scolaire, accès à des services de crèches, conciliation de la vie familiale et professionnelle, ce sont des enjeux importants pour les habitantes et les habitants comme pour l’économie genevoise.

Malgré une Constitution suisse, qui dans son article 8 al. 3 in fine prévoit que les hommes et les femmes ont droit à un salaire égal, l’une des inégalités les plus évidentes est incontestablement celle du salaire. Les femmes reçoivent en moyenne 27 % de moins que les hommes tous temps de travail confondus.

Le travail des femmes constitue un potentiel économique en développement. Les femmes ont gagné leur indépendance financière. Croyez-moi elles gagneront très vite celle de leur véritable implantation dans l’entreprise, dans l’administration, dans notre société. Elles sont une chance pour nous toutes et tous ! Saisissons-là !

Je vous remercie de votre attention.

07:48 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

27/05/2013

Faciliter la qualification des jeunes: un enjeu stratégique pour les communes genevoises

Synthèse de mon intervention au Forum Vision3[1] de l’OFPC le 16 avril 2013

«Penser global, agir local», telle est la devise de Thierry Apothéloz, vice-président de l’Association des communes genevoises.

Penser global, c’est d’abord rappeler qu’une formation professionnelle achevée est un rempart solide contre la pauvreté, le chômage et la précarité.

A Genève, en 2012, 1935 jeunes adultes étaient inscrits à l’aide sociale. 71% d’entre eux n’avaient achevé que leur scolarité obligatoire. On estime qu’actuellement 800 à 1200 jeunes sont en rupture totale.

Penser global, c’est affirmer des priorités politiques pour combattre l’échec scolaire et promouvoir l’engagement des partenaires sociaux pour la formation professionnelle (priorités 2 et 4 du DIP). C’est définir une politique de cohésion sociale.

Agir local, c’est mettre en œuvre des dispositifs visant l’insertion professionnelle.

Depuis 2000, les communes genevoises ont développé huit structures d’insertion professionnelle dont «Objectif emploi [Meyrin]», «Cap emploi de l’OSEO [Bernex]», «Projet emploi jeune [Carouge]», «Délégation à l’emploi [Vernier], « VIA [Ville de Genève]». Thierry Apothéloz a relevé l’importance de l’information, notamment scolaire et professionnelle, face à la complexité des filières de formation. De l’orientation aussi, qui offre un accompagnement personnalisé et spécifique aux personnes en recherche d’un emploi ou d’une requalification professionnelle.

La proximité du réseau d’acteurs sociaux et professionnels sur les territoires communaux joue un rôle clé dans le succès de ces dispositifs. Elle facilite l’organisation de stages ou le travail sur des chantiers d’utilité collective.

Penser global, agir local, c’est enfin partager une volonté politique entre les communes et le canton. C’est surtout l’occasion d’inviter les communes et le canton à de nouveaux équilibres. Aujourd’hui, les communes genevoises participent à un réel pilotage de l’insertion professionnelle.

24/05/2013

Valorisons l'apprentissage !

A Genève, on préfère généralement les études généralistes à l’apprentissage. C’est oublier que le format d’apprentissage en dual Suisse comprend trois jours en entreprise et deux jours en école ce qui suppose des aptitudes scolaires nécessaires à l’obtention du CFC. En Suisse alémanique, 91.5% des jeunes entament une formation en entreprise à l’issue de leur scolarité obligatoire. Pour la Romandie, cette proportion atteint à peine 75%. A Genève, la majorité préfère opter pour une formation secondaire au collège, à l’Ecole de commerce ou à l’Ecole de culture générale. L’apprentissage offre pourtant de réelles perspectives professionnelles, dans un canton où l’emploi dans le secteur tertiaire représente 85% du tissu économique. Or, du fait que les échecs scolaires dans les premières années du post-obligatoire se multiplient, créant en cela des situations de rupture dramatiques (près de 1200 jeunes en sont victimes dans notre canton), valoriser les filières de l’apprentissage me semble être aujourd’hui une véritable priorité pour notre système de formation.

Un tissu économique demandeur

Aujourd’hui, seul 3% des jeunes entrent en apprentissage dès la fin du cycle d’orientation. L’âge moyen d‘entrée en formation est en effet de plus de 18 ans, alors qu’il était à 16 ans, il y a de cela une vingtaine d’années. Les classes passerelles s’en retrouvent surchargées et les problèmes d’orientation des jeunes s’amplifient avec, comme je l’ai dit, des situations de rupture à un âge de la vie où les choix d’avenir sont cruciaux et détermineront pour beaucoup la suite du parcours professionnel des jeunes concernés.

Ces échecs scolaires sont problématiques pour au moins deux raisons : premièrement, ils ont un impact certain sur le moral et la confiance en soi des jeunes qui y sont confrontés, rendant les reprises de formation souvent problématiques. Le développement de structures permettant l’insertion et le suivi des jeunes en rupture est en augmentation, signe d’une société axée sur la réparation et non sur la remise en cause du système et sur l’inventivité. La crainte d’un échec à venir est paralysante et beaucoup de jeunes vivent très mal cette situation. Deuxièmement, le calendrier scolaire est mal adapté aux phénomènes de rupture, dans la mesure où, si celle-ci intervient en début de cursus, il faut attendre une année avant de pouvoir renouer avec un nouveau cycle de formation. Les structures d’insertion, d’occupation ou de formation, fortement sollicitées sont principalement communales et visent parfois à corriger un défaut d’orientation. Elles visent à maintenir le contact des jeunes  et leur permettre de recommencer avec motivation un processus formateur l’année suivante Le lien avec les services de l’Office de formation professionnelle et continue (le groupe de suivi individuel, Tremplin-Jeunes entre autres) ou la Coordination et l’organisation du suivi individualisé (COSI) du service de la scolarité du postobligatoire est également précieux dans cet objectif de reprise de formation. Sans cela, se développe un état d’abandon pour compte, qui voit des jeunes errer sans objectifs clairs, en attendant une rentrée scolaire qui interviendra parfois dans plusieurs mois. Les risques de désocialisation, dans ce genre de situation, sont nombreux et ont de lourdes conséquences sur la suite du parcours des jeunes qui doivent y faire face. Le constat est amer; malgré l’importance du système d’insertion, un nombre important de jeunes se trouvent en rupture chaque année.

Comment faire face ?

L’apprentissage doit être valorisé, c’est indéniable. Pour cela, plusieurs mesures devraient être prises.

Premièrement, il s’agit pour moi d’augmenter les offres d’attestations de formation professionnelles (AFP), qui sont d’excellents tremplins pour réussir à rattraper le train de l’apprentissage, notamment pour les jeunes qui ont des difficultés scolaires.

Il s’agit ensuite de développer les formations de type « assistant socio-éducatif » ou « d’assistant en soin et santé communautaire » pour le domaine de la santé, car les besoins sont nombreux dans ces domaines. Ces formations permettent l’accès aux Hautes Ecoles Supérieures (HES), par le biais d’une maturité professionnelle post-CFC. Raison de plus pour valoriser l’apprentissage dans un domaine qui aujourd’hui attire bon nombre de jeunes.

En outre, revaloriser l’apprentissage, c’est aussi reconnaître à ce type de parcours la solidité de son caractère formateur. Par un système de passerelles facilité et par une meilleure validation des acquis, l’apprentissage devrait aujourd’hui permettre, pour ceux qui sont motivés, d’accéder par la suite à des formations de type supérieures ou tertiaires.

 

Enfin, pour lutter spécifiquement contre les ruptures de parcours, instaurer à Genève une seconde rentrée scolaire au postobligatoire est une idée à creuser, afin que ceux qui connaissent des parcours parfois chaotiques, puissent rapidement réintégrer les cursus formateurs afin d’éviter les situations de rupture dont on connait les conséquences. J’y reviendrai dans un prochain article.

La formation pour tous

La formation est le premier des remparts contre la précarité. Posséder un parcours qualifié permet d’affronter plus solidement les difficultés d’un marché du travail toujours plus exigeant et concurrentiel. Les idées ne manquent pas, mais elles ne pourront se concrétiser qu’avec un partenariat social fort entre les syndicats, les employeurs et le Canton. Ce partenariat existe, certes, mais il s’agit aujourd’hui de le renforcer intelligemment, afin que le dynamisme de notre tissu économique puisse apporter les réponses nécessaires à notre système de formation et offrir, je l’espère, à chacun, la possibilité de bénéficier d’une formation certifiante et de qualité.

 

17:04 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Ecole et formation | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

29/04/2013

Explosion du nombre de jeunes à l’aide sociale à Genève : des réponses existent

Le 28 mars dernier, le Courrier faisait état de l’inquiétante explosion du nombre de jeunes bénéficiant de l’assistance publique[1]. Ils étaient en effet près de 2'000 en 2012, contre 1'600 l’année précédente. Conséquence directe de la nouvelle loi sur l’assurance-chômage – qui pénalise directement les jeunes – cette situation plus que préoccupante n’est pourtant pas une fatalité. Des solutions existent pour sortir notre jeunesse de la précarité. Encore faut-il s’en donner les moyens.

 

Les bonnes intentions de l’Hospice général

L’Hospice général, qui a la charge de venir en aide à ces jeunes, a fait rapidement face en renforçant son équipe d’éducateurs spécialisés et en revoyant le fonctionnement de « Point Jeunes » (ex-InforJeunes), le dispositif spécialisé dans l’intervention et l’accompagnement social des jeunes adultes. Si la volonté de bien faire est à saluer, les efforts consentis à Genève sont encore loin d’être suffisants. Ce dispositif devrait être renforcé plus encore pour améliorer le suivi. Cependant, renforcer le dispositif d’insertion est insuffisant. En effet, on s’attaque d’abord aux effets. Or, pour régler le problème de la précarisation des jeunes, il faut avant tout s’attaquer aux causes de celle-ci. Plusieurs solutions existent, dont le coût sera toujours, au final, inférieur à ce que coûte un jeune à l’aide sociale.

 

Pour une approche globale de la précarité des jeunes

La question de la précarisation des jeunes est avant tout une question liée à l’insertion professionnelle, et à la qualification. Nombre de places d’apprentissage insuffisantes et/ou inadaptées, marché du travail toujours plus tendu et concurrentiel pour un premier emploi, déficit du dispositif d’accompagnement et d’orientation. Après l’école obligatoire, à 15 ans, les jeunes sont pour ainsi dire souvent désorientés et parfois livrés eux-mêmes, dans le complexe système de formation scolaire ou professionnel proposé par notre société. Dès lors, les ruptures de parcours prennent des dimensions dramatiques : un jeune qui quitte l’école ou une formation en cours a peu de chances de rattraper le train en marche si on ne lui offre pas l’encadrement nécessaire pour l’aider et le motiver au mieux. En ceci, le dispositif « EQIP » mis récemment en place par le canton, et qui vise à une centralisation des données sur la jeunesse en rupture, est une excellente chose, mais il faut voir plus loin : l’ensemble des structures spécialisées dans l’insertion des jeunes doivent aujourd’hui impérativement travailler de concert. Seule une prise en charge coordonnée des jeunes en rupture peut nous permettre aujourd’hui d’arriver à des résultats probants.

Mais cela ne réglera pas le problème. Il faut aussi que les pouvoirs publics se montrent plus volontaristes et promeuvent activement les places d’apprentissage, que ce soit dans le secteur public ou le secteur privé. Le Parti socialiste genevois a d’ailleurs lancé une initiative sur ce sujet, laquelle a été acceptée dans plusieurs communes genevoises. La ville d’Onex a mis en œuvre un programme financier pro-actif. Le Conseil municipal de la ville de Genève l’a accepté telle quelle en septembre dernier. Mais là non plus, cela ne suffit pas. Il s’agit aujourd’hui pour notre canton de mettre en œuvre un réel partenariat économique avec les entreprises de notre canton : favoriser les contacts avec ces entreprises, notamment les PME – qui constituent 90% de notre tissu économique – leur apporter aide et soutien dans le recrutement et le suivi des jeunes, voilà une solution qui porte ses fruits. A Vernier, le partenariat que nous avons instauré avec IKEA récemment – par un recrutement conjoint de nouveaux apprentis par le biais des services communaux – montre, si besoin est, le potentiel énorme que ce type de démarche peut avoir sur l’insertion des jeunes. Depuis, d’autres entreprises sises à Vernier s’intéressent à conclure de telles collaborations.

 

Des pistes à explorer, avec une vraie volonté politique 

Il s’agit-là, bien sûr, de quelques pistes parmi d’autres. Elles ne sont, de loin, pas les seules. Mais elles font toutes appel à empoigner le problème de la précarisation des jeunes par une prise en compte globale de ses causes. Pour cela, il faut véritablement mettre en place aujourd’hui une politique de formation cohérente et coordonnée, permettant aux jeunes de s’y retrouver, de bénéficier d’opportunités de formation concrètes et de pouvoir commencer leur vie d’adultes dans des conditions saines et dignes. Certes, la nouvelle Constitution genevoise prévoit la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Mais sans mesures d’accompagnement concrètes, sans un encadrement adéquat et motivant, il est fort à parier que cela restera un vœu pieu.

Il est temps de miser sur notre jeunesse. Elle est notre avenir et a aujourd’hui, plus que jamais, besoin que les politiques trouvent des solutions à ses problèmes d’insertion professionnelle. A Vernier, c’est ce que nous avons fait. En matière de suivi, d’accompagnement et d’insertion professionnelle, notre commune est souvent citée en exemple dans la qualité des prestations fournies à la jeunesse. Celles et ceux qui connaissent mon parcours le savent bien : la jeunesse sera l’une de mes priorités si je suis élu au Conseil d’Etat.

09:09 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

21/03/2013

Working poors en Suisse : travailler dur pour ne gagner… rien ou si peu.

Le débat sur la pauvreté en Suisse tourne presque toujours au niveau de l’aide sociale et de ses bénéficiaires. Or, depuis quelques années, un phénomène aujourd’hui bien connu a fait son apparition, celui des « travailleurs pauvres », ces personnes qui, malgré des emplois salariés et une insertion parfaitement normale sur le marché du travail, n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Un article paru dans l’Hebdo « Working Poor – travailler pour moins de 3000 francs » du 14 mars 2013 met en lumière cette problématique. Qui doit, toutes et tous, nous interpeller.

Qu’on prenne les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (120'000 personnes) ou ceux de l’Union syndicale suisse (437'000), le nombre de working poors dans notre pays est dans tous les cas trop élevé. Comment accepter que, dans l’un des pays les plus riches du monde, des personnes puissent travailler pour des salaires qui les maintiennent dans la précarité ? Comment comprendre que notre système économique accepte une situation aussi inégalitaire ? Et, surtout, comment ne pas s’offusquer devant le manque de réactions et de propositions de la part du monde politique pour mettre fin à ce fléau ?

 

L’emploi comme moteur de la vie sociale

 

En Suisse, pays où l’argent est le sujet tabou par excellence, on sait que la reconnaissance sociale est bien souvent liée au statut socioprofessionnel. La pauvreté est ici, peut-être plus qu’ailleurs, synonyme de stigmatisation et d’exclusion. L’article de l’Hebdo montre d’ailleurs à quel point les personnes victimes de la précarité économique, malgré le fait d’occuper un emploi « normal », perdent petit à petit pied en matière de relations sociales. Pas d’argent, pas de loisirs, de sorties, pas d’extras, bref, toutes ces petites choses qui font la différence entre « vivre » et « survivre ». Tirer le diable par la queue tous les mois, alors qu’on passe sa vie à travailler, a en outre des incidences incroyablement néfastes sur la santé. L’insécurité économique entraîne, bien souvent, l’insécurité sociale et son lot de problématiques socio-sanitaires : privation de soins (dentaires notamment), mauvaise alimentation, dépression. Au-delà de la problématique économique, c’est bien d’une problématique sociale à laquelle nous sommes confrontés. Et contre laquelle il convient aujourd’hui d’agir, vite, car le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur.

 

Cette question des travailleurs pauvres est d’autant plus préoccupante dans un canton comme Genève, où les dernières statistiques dévoilées par l’Office cantonale de la statistique montre une baisse des ressources des 10% des Genevois-es les plus pauvres ; mais aussi un canton où les dépenses courantes sont particulièrement élevées, si on les compare au reste de la Suisse. Au premier chef, il y a évidemment les prix exorbitants des loyers, mais aussi ceux des primes d’assurance-maladie, qui sont les plus chères du pays. Dès lors, la précarisation gagne du terrain, dans toutes les couches de la population. Les personnes qui ont un emploi, aujourd’hui, ne sont plus épargnées par ce phénomène.

 

Pour illustrer cet exemple, je peux sans autre m’appuyer sur les chiffres de ma commune. A Vernier, 46% des familles qui font appel au service communal de la cohésion sociale sont des familles de travailleurs pauvres. Ce chiffre est en constante augmentation depuis 2009. Autre exemple, notre « épicerie solidaire », qui effectue des distributions de produits de première nécessité aux personnes en grande précarité, accueille aujourd’hui 120 familles. Elles n’étaient que 78 il y a deux ans. Et la demande explose.

 

 

Le salaire minimum : une réponse efficace

 

Pour lutter contre le dumping salarial, il est évidemment illusoire et contre-productif de vouloir – comme le prônent aveuglément certains – fermer les frontières et revenir à un protectionnisme du marché du travail qui nous mènerait tout droit à la catastrophe économique. Plusieurs mesures sont dès lors nécessaires. En premier lieu, le Conseil d’Etat doit étendre les conventions collectives dans les domaines où certaines entreprises ne les respectent pas. En deuxième lieu, les contrôles des entreprises, notamment inopinés, doivent être augmentés par une augmentation du nombre d’inspecteurs du travail. Enfin, puisque les conventions collectives de travail ne sont de loin pas appliquées partout, le salaire minimum est un instrument complémentaire nécessaire.

 

Contrairement à ce que pensent les milieux économiques et financiers, cette mesure n’aura jamais pour effet de tirer les salaires vers le bas. La concurrence dans les emplois spécialisés parviendra toujours à équilibrer, par la seule loi du marché, l’offre et la demande. En revanche, le salaire minimum permettra une fois pour toutes d’éliminer l’honteuse catégorie des working poors.

 

Certes, les Genevois-es avaient repoussé cette mesure une première fois ; mais, depuis, la situation a empiré comme différentes sources le démontrent. Les citoyen-ne-s du canton du Jura ont osé passer le pas en acceptant une initiative instituant un salaire minimum pour les domaines non couverts par les conventions collectives. Deux opportunités s’offrent à Genève afin de mettre en place un salaire minimum: la votation sur l’inititative fédérale et les élections cantonales d’octobre où une majorité de gauche au Grand Conseil et au Conseil d’Etat changerait la donne non seulement pour un salaire minimum mais aussi pour les mesures d’extension et de respect des conventions collectives.

 

Pour la cohésion sociale, pour l’avenir de Genève, nous pouvons et devons agir afin de mettre fin au scandale des travailleurs pauvres.

08:00 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook