21/08/2015

De l’aide sociale à la naturalisation : le Conseil fédéral s’attaque une nouvelle fois aux plus pauvres

Le Conseil fédéral a mis en consultation le 19 août dernier une ordonnance sur la nationalité, dont l’une des fâcheuses caractéristiques est d’empêcher les personnes à l’aide sociale – ou bien qui l’ont été par le passé – de demander leur naturalisation.

L’art. 7 al. 3 de ce projet d’ordonnance est particulièrement clair : « Quiconque perçoit une aide sociale dans les trois années précédant le dépôt de sa demande ou pendant sa procédure de naturalisation ne remplit pas les exigences relatives à la participation à la vie économique ou à l’acquisition d’une formation ».

« Pour le Conseil fédéral, être à l’aide sociale, c’est être un mauvais Suisse »

Cette proposition est honteuse. Une fois encore, le Conseil fédéral s’attaque aux personnes les plus pauvres, alors qu’il devrait plutôt s’attaquer à la pauvreté. Il exclut au lieu de combattre. Le Canton de Genève qui sera consulté doit clairement refuser cette ordonnance.

Le raisonnement est pernicieux : être à l’aide sociale signifie être un mauvais candidat à la Suissitude. C’est être un fainéant, mal intégré. C’est être un poids pour la société, indigne de rejoindre la communauté des citoyens responsables. 

Le Conseil fédéral ne lésine sur aucune attaque de notre système social (chômage, retraites, assurance-maladie, …), le voilà qui s’en prend aux plus fragiles d’entre nous. Prenons l’exemple du chômage, la démonstration est aisée. La dernière révision fédérale sur le chômage réduit le nombre d’indemnités à la fin desquelles elle renvoie les bénéficiaires à l’aide sociale. Et voilà le piège qui se referme.

A Genève, le nombre de personnes à l’aide sociale a presque doublé en dix ans. Est-ce à dire que ces gens sont des fainéants, des bons à rien, incapables de travailler, ou bien qui n’en ont tout simplement pas envie ? Ou bien est-ce que les conditions de vie sont devenues à ce point difficile que de plus en plus de monde est laissé au bord du chemin ? La réponse me semble évidente.

Et, dans une prochaine étape, le Conseil fédéral va-t-il prévoir de déchoir la nationalité helvétique aux Suisses qui bénéficient de l’aide sociale ?

13:48 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

23/04/2015

25 avril 2015, fêtons ensemble les 10 ans du Contrat de Quartier de Vernier

25 avril : Vernier célèbre les 10 ans de ses « Contrats de Quartier »

Le 25 avril prochain, Vernier aura le plaisir de célébrer les 10 ans de l’instauration des « Contrats de Quartier ».

Cette grande journée, qui alternera présentations des habitant-e-s, conférences, débats, animations de toutes sortes, se déroulera à la salle des fêtes des Avanchets (17 rue François-Durafour), de 9h à 16h.

J’invite ici la population verniolane et genevoise à venir découvrir le magnifique bilan de ces formidable structures de démocratie participative que sont les Contrats de Quartier.

En 10 ans, ce sont plus de 170 projets d’utilité publique qui ont vu le jour, portés par et pour les habitant-e-s de Vernier.

Patinoire synthétique, fêtes multiculturelles, marchés de Noël, Beach-Volley estival, installation de bancs pour les seniors, Epicerie de proximité, etc. la diversité des projets est à l’image de la diversité de notre commune !

Les Contrats de Quartier sont un outil efficace de cohésion sociale, qui donne la parole aux citoyennes et aux citoyens et permet de produire du concret, rapidement et efficacement.

Ces dix dernières années ont permis de changer durablement le visage de Vernier. Des projets éphémères sont devenus pérennes, des solidarités nouvelles se sont créées, de nouvelles associations se sont nées, tout cela dans le but commun de servir au mieux l’intérêt public, favoriser le vivre-ensemble et renforcer la cohésion sociale.

Car sans les habitant-e-s, sans ces « expert-e-s du quotidien » qui les font vivre jour après jour, les Contrats de Quartier de Vernier ne font aucun sens. C’est à leur engagement et à leur détermination qu’est dédiée la journée du 25 avril 2015, qui célèbre la première décennie d’existence des Contrats de Quartier.

Qu’ils puissent encore témoigner pendant longtemps du formidable dynamisme des habitant-e-s de Vernier.

Longue vie aux Contrats de Quartier !

Thierry Apothéloz

16:14 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

26/10/2014

Pourquoi le Canton se moque-t-il des centenaires ?

« Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brule ». Amadou Ampâté Bâ

 

Le 19 septembre dernier, le Conseil d’Etat a envoyé une lettre à l’ensemble des mairies du canton, leur indiquant que la traditionnelle présence des autorités cantonales aux anniversaires des centenaires ne serait plus assurée. Dès le 1er janvier 2015, le Conseil d’Etat « manifestera plus sobrement son respect à l’égard des centenaires par l’envoi d’un courrier personnalisé, ainsi que d’un bouquet de fleurs ou d’un coffret de trois bouteilles de vin ». Terminé les honneurs. Terminée la reconnaissance d’un parcours de vie. Les centenaire, il y a en a trop. Le Conseil d’Etat n’a plus le temps de leur rendre hommage.

  

Des économies de bout de chandelle

Cette triste mesure n’est que le dernier exemple en date d’une série de petites économies que le Conseil d’Etat distille ça et là, au grand dam de la qualité de vie des habitant-e-s du canton et, surtout, de la cohésion sociale. On se souvient de la volonté de renoncer à l’affranchissement à forfait des enveloppes de vote, ou à la mesquine diminution de 150.- du supplément d’aide sociale. Pour boucler son budget, le Conseil d’Etat ne recule devant aucun sacrifice. Et aujourd’hui, ce sont nos centenaires qui en font les frais. Triste réalité d’un monde qui oublie celles et ceux qui l’ont bâti et qui ont traversé un siècle d’histoire.

 

Honorer le passé, c’est aussi préparer le futur

Certes, arriver à 100 ans est souvent un exploit involontaire. Mais c’est un exploit quand même. Et si l’allongement de la durée de vie présage une augmentation massive des centenaires ces prochaines années, il n’en demeure pas moins que, par tradition, les collectivités publiques ont toujours été associées à ces anniversaires hautement symboliques. Pour les centenaires et leurs familles, souvent réunis à cette occasion, c’était aussi l’occasion de dialoguer avec l’Etat et les politiques, de résumer la vie d’une femme ou d’un homme, de parler du quartier, des changements technologiques, de l’Histoire en général et de leurs histoires en particulier. C’était un lien fort entre celles et ceux qui ont bâti la communauté et celles et ceux qui aujourd’hui la dirigent. C’était une tradition solide. Une tradition où le citoyen centenaire ne se tourne plus vers l’Etat, mais voit l’Etat se tourner vers lui et lui rendre hommage. Aujourd’hui, cette tradition va disparaître. Et ce sont les communes qui, déjà bien présentes lors de ces célébrations, prendront le relais.

 

Que les communes s’en chargent, après tout !

A Vernier – comme ailleurs – chaque célébration d’un-e centenaire est préparée avec soin, en collaboration étroite avec les familles et les proches. Et avec le Gouvernement, qui déléguait jusqu’ici un membre de la Chancellerie pour marquer le coup et rendre hommage aux heureux/euses élu-e-s. Le Canton ne viendra plus ? Tant pis. Les communes prendront le relais – comme elles le font de plus en plus souvent, sans moyens supplémentaires – pour assurer leur présence aux côtés des centenaires. Il est hors de question de se départir de cette tradition. Si les communes doivent représenter l’Etat, elles le feront sans sourciller. A leur manière. Avec respect. Avec humilité.

Pour ma part, en tant que magistrat chargé de la cohésion sociale, je mets un point d’honneur, comme mes collègues, à toujours être présent à ces cérémonies importantes. J’aime à écouter le récit d’une vie, cent ans d’histoire. J’aime à ce qu’on me raconte ma ville, mon canton, mon pays, par celles et ceux qui l’ont vécu pendant un siècle.

 

Tant pis si cela n’intéresse plus le Conseil d’Etat de la République et Canton de Genève. Les communes, elles, continueront de rendre les hommages que méritent les centenaires.

11:53 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

21/10/2013

Vernier sur Rock, un festival pas comme les autres

La 29ème édition de Vernier sur Rock (VSR) s’est achevée sur un franc succès. Programmation ambitieuse et originale, public au rendez-vous (plus de 2000 personnes), structure d’insertion professionnelle et d’implication des jeunes parfaitement maîtrisée. Le retour dans la salle des fêtes du Lignon, après 4 ans de festival à découvert, prouve que ce festival bientôt trentenaire a toujours une pêche d’enfer !

Mais si VSR est un festival qui a toujours su proposer une programmation avant-gardiste et de qualité, c’est aussi un lieu où des jeunes de toute la ville de Vernier peuvent, le temps d’un week-end, ou bien même sur de plus longues périodes durant l’année, découvrir par le biais de stages ou de petits boulots, les arts et métiers fascinants de la scène et du spectacle.

Porté par des bénévoles qui ont un vrai souci de cohésion sociale et qui travaillent main dans la main avec la ville de Vernier, ce festival pas comme les autres a, depuis près de 30 ans, permis à des jeunes parfois en rupture, de trouver une voie, des intérêts professionnels ou de susciter en eux tout simplement l’envie de se dépasser pour atteindre leurs objectifs.

Combien de ces jeunes – que j’ai moi-même encadrés lorsque j’étais président d’une maison des jeunes – sont aujourd’hui des gens comme vous et moi, mais qui ont connu des périodes de galère durant leur jeunesse et pour lesquels VSR a été un véritable tremplin dans la recherche de leur place dans la société ? Combien de ces adolescents en rupture sont entrées en contact avec le monde du travail et ses exigences, au contact des formidables bénévoles de VSR ? Des dizaines. Des centaines peut-être.

Demain, VSR aura 30 ans, mais pas une ride. Grâce à son équipe formidablement motivée et à l’appui de la commune et des travailleurs sociaux, gageons que cette 30ème édition sera non seulement artistiquement belle, mais aussi socialement utile. C’est ce qui en fait ce festival pas comme les autres. Un honneur pour Vernier.

11:42 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

05/09/2013

Aide sociale et assurance-chômage : il faut ouvrir le débat, surtout en faveur des plus de 50 ans

Le chiffres de l’« Initiative des villes pour la politique sociale » – instance représentant les villes auprès de la Confédération pour tout ce qui concerne les questions sociales – viennent de tomber.

Si l’augmentation des dossiers semble se stabiliser au niveau suisse, il apparaît qu’une catégorie de la population semble de plus en plus devoir recourir à l’aide sociale : les plus de 50 ans.

Cela s’explique par une plus grande sélectivité du marché de l’emploi et une compétitivité accrue dans ce domaine. Ces données sont préoccupantes, car elles concernent une population qui a souvent charge de famille. Au-delà des plus de 50 ans, donc, c’est parfois une famille toute entière qui dépend de l’aide sociale.

On sait déjà que les seniors sont une population particulièrement vulnérable, comme l’a récemment montré le rapport sur la pauvreté en Suisse de l’OFS. Il semble donc que cela se confirme avec une précarisation qui intervient encore plus tôt dans le parcours de vie.

Il convient dès lors de repenser notre action sociale de manière beaucoup plus proactive envers cette catégorie de la population et favoriser, tant que faire se peut, un retour durable vers l’emploi ou la requalification professionnelle. En effet, les 50 ans et plus ont souvent vécu dans un marché de l’emploi bien différent que celui que nous connaissons aujourd’hui et qui demande une flexibilité et une capacité d’adaptation accrue. Comment dès lors faire face aux défis du marché du travail lorsqu’on a pas pu suffisamment se former ou se préparer aux bouleversements que celui-ci a connus ces dernières années ?

Une fois encore, ce sont les moins formés, les moins préparés, les plus vulnérable qui se retrouvent à l’aide sociale.

Et il faut peut-être enfin ouvrir le grand débat – souvent trop tabou – de la requalification professionnelle et du chômage. Il n’est en effet plus normal, dans la situation économique qui est la nôtre, qu’on ne propose aux chômeurs de notre pays que des formations de remise à niveau ou des cours de langue. L’assurance chômage doit aujourd’hui intervenir pour offrir de vraies requalifications professionnelles, quitte à ce qu’elles se fassent sur de nouvelles orientations, et permettre aux chômeurs de suivre des formations qualifiantes certifiées.

Le marché de l’emploi est devenu flexible. A notre assurance-chômage et à notre office cantonal pour l’emploi de le devenir aussi. À défaut, les inégalités continueront de se creuser.

Ce n’est pas la société que je souhaite.

13:31 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook