05/09/2013

Aide sociale et assurance-chômage : il faut ouvrir le débat, surtout en faveur des plus de 50 ans

Le chiffres de l’« Initiative des villes pour la politique sociale » – instance représentant les villes auprès de la Confédération pour tout ce qui concerne les questions sociales – viennent de tomber.

Si l’augmentation des dossiers semble se stabiliser au niveau suisse, il apparaît qu’une catégorie de la population semble de plus en plus devoir recourir à l’aide sociale : les plus de 50 ans.

Cela s’explique par une plus grande sélectivité du marché de l’emploi et une compétitivité accrue dans ce domaine. Ces données sont préoccupantes, car elles concernent une population qui a souvent charge de famille. Au-delà des plus de 50 ans, donc, c’est parfois une famille toute entière qui dépend de l’aide sociale.

On sait déjà que les seniors sont une population particulièrement vulnérable, comme l’a récemment montré le rapport sur la pauvreté en Suisse de l’OFS. Il semble donc que cela se confirme avec une précarisation qui intervient encore plus tôt dans le parcours de vie.

Il convient dès lors de repenser notre action sociale de manière beaucoup plus proactive envers cette catégorie de la population et favoriser, tant que faire se peut, un retour durable vers l’emploi ou la requalification professionnelle. En effet, les 50 ans et plus ont souvent vécu dans un marché de l’emploi bien différent que celui que nous connaissons aujourd’hui et qui demande une flexibilité et une capacité d’adaptation accrue. Comment dès lors faire face aux défis du marché du travail lorsqu’on a pas pu suffisamment se former ou se préparer aux bouleversements que celui-ci a connus ces dernières années ?

Une fois encore, ce sont les moins formés, les moins préparés, les plus vulnérable qui se retrouvent à l’aide sociale.

Et il faut peut-être enfin ouvrir le grand débat – souvent trop tabou – de la requalification professionnelle et du chômage. Il n’est en effet plus normal, dans la situation économique qui est la nôtre, qu’on ne propose aux chômeurs de notre pays que des formations de remise à niveau ou des cours de langue. L’assurance chômage doit aujourd’hui intervenir pour offrir de vraies requalifications professionnelles, quitte à ce qu’elles se fassent sur de nouvelles orientations, et permettre aux chômeurs de suivre des formations qualifiantes certifiées.

Le marché de l’emploi est devenu flexible. A notre assurance-chômage et à notre office cantonal pour l’emploi de le devenir aussi. À défaut, les inégalités continueront de se creuser.

Ce n’est pas la société que je souhaite.

13:31 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

23/06/2013

HUG : penser la santé. Autrement.

Le prix de la santé, en Suisse, est un débat sans fin. Alors que les primes d’assurance-maladie augmentent chaque année, on recherche en parallèle à faire toujours plus d’économie et à rationnaliser les coûts. Les HUG n’échappent évidemment pas à cette règle et les propos du nouveau directeur général, Bertrand Levrat, sont clairs : il nous faut trouver 30 millions par année pour satisfaire au plan financier « Performance » qui vise à une économie de 75 millions d’ici à 2015. Economiser, cela doit être un geste réfléchi et dans une perspective stratégique sensée, avec un axe particulier sur la prévention et non simplement une diminution des prestations aux patients. Car, dans le secteur de la santé comme bien d’autres, investir en amont permet bien souvent d’économiser sur la facture finale. Encore faut-il naturellement faire preuve de vision à long terme. Il existe pourtant des faits chiffrés qui devraient faire pencher la balance vers ce type de solution plutôt que sur des coupures budgétaires.

 

Les conditions de vie conditionnent le coût des soins

 

Personne ne saurait aujourd’hui remettre en cause la corrélation qui existe entre les conditions socioéconomiques et le recours à la médecine. On sait que les personnes les plus précarisées sont plus demandeuses de prestations médicales et ont de facto une espérance de vie moindre. L’état de santé est directement lié aux conditions matérielles de notre existence. La récente étude du Centre d’analyse territoriale des inégalités de l’Université de Genève sur la précarité (2011) montrait, pour exemple, que les enfants qui avaient le plus de caries dentaires ou – plus grave – étaient le plus en surpoids, habitaient les quartiers les plus défavorisés du canton.

 

Cette question du surpoids – véritable problème prioritaire de société – coûte chaque année 334 millions à Genève. On sait pourtant que dans ce domaine, il faut mener des actions de prévention et de promotion des activités physiques, notamment auprès des jeunes. Les HUG ont certes développé un programme (« Contrepoids ») depuis 2007 pour s’attaquer à la problématique, mais il faudrait faire encore beaucoup plus pour parvenir à des résultats tangibles.

 

Par ailleurs, la question du suivi et de l’accompagnement des patients joue un rôle, au-delà des seuls soins médicaux. Les sorties d’hospitalisation nécessitent dans de plus en plus cas des suivis spécifiques, notamment pour les personnes fragiles psychologiquement. En Suisse, 8.2 milliards de francs sont dépensés chaque année (476 millions à Genève !) pour des accompagnements et des soins médicaux en lien avec des troubles dépressifs. Or, paradoxalement, les HUG n’ont cessé de supprimer les postes d’assistants sociaux au sein de l’institution, alors même que leur travail est parfaitement complémentaire à celui des médecins dans ce type de cas. Un exemple : au département de psychiatrie, 6 postes sur les 20 que comptaient l’équipe de travailleurs sociaux ont été supprimés.

 

Imaginez : si les coûts liés au surpoids ou aux troubles dépressifs devaient diminuer de 10%, on économiserait déjà près de 80 millions par année, sans toucher aux soins et à leur qualité. C’est la voie qu’il faut retenir.

 

Pour un véritable programme de santé communautaire

 

La prochaine législature devra impérativement s’emparer de la problématique du coût de la santé. Elle devra le faire avec courage et une certaine vision. Pas une vision d’épicier ou de rationalisation, mais bien une vision globale, une vision de société où tous les paramètres doivent être pris en compte pour que, enfin, nous parvenions à juguler l’augmentation des coûts sans toucher aux prestations. Cela nécessitera un travail interdépartemental coordonné et proactif. Tout autre attitude – et notamment celle de la simple logique des restrictions budgétaires – serait à mon sens irresponsable, irrespectueuse et inutile.

21:08 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale, Société | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook

27/05/2013

Faciliter la qualification des jeunes: un enjeu stratégique pour les communes genevoises

Synthèse de mon intervention au Forum Vision3[1] de l’OFPC le 16 avril 2013

«Penser global, agir local», telle est la devise de Thierry Apothéloz, vice-président de l’Association des communes genevoises.

Penser global, c’est d’abord rappeler qu’une formation professionnelle achevée est un rempart solide contre la pauvreté, le chômage et la précarité.

A Genève, en 2012, 1935 jeunes adultes étaient inscrits à l’aide sociale. 71% d’entre eux n’avaient achevé que leur scolarité obligatoire. On estime qu’actuellement 800 à 1200 jeunes sont en rupture totale.

Penser global, c’est affirmer des priorités politiques pour combattre l’échec scolaire et promouvoir l’engagement des partenaires sociaux pour la formation professionnelle (priorités 2 et 4 du DIP). C’est définir une politique de cohésion sociale.

Agir local, c’est mettre en œuvre des dispositifs visant l’insertion professionnelle.

Depuis 2000, les communes genevoises ont développé huit structures d’insertion professionnelle dont «Objectif emploi [Meyrin]», «Cap emploi de l’OSEO [Bernex]», «Projet emploi jeune [Carouge]», «Délégation à l’emploi [Vernier], « VIA [Ville de Genève]». Thierry Apothéloz a relevé l’importance de l’information, notamment scolaire et professionnelle, face à la complexité des filières de formation. De l’orientation aussi, qui offre un accompagnement personnalisé et spécifique aux personnes en recherche d’un emploi ou d’une requalification professionnelle.

La proximité du réseau d’acteurs sociaux et professionnels sur les territoires communaux joue un rôle clé dans le succès de ces dispositifs. Elle facilite l’organisation de stages ou le travail sur des chantiers d’utilité collective.

Penser global, agir local, c’est enfin partager une volonté politique entre les communes et le canton. C’est surtout l’occasion d’inviter les communes et le canton à de nouveaux équilibres. Aujourd’hui, les communes genevoises participent à un réel pilotage de l’insertion professionnelle.

29/04/2013

Explosion du nombre de jeunes à l’aide sociale à Genève : des réponses existent

Le 28 mars dernier, le Courrier faisait état de l’inquiétante explosion du nombre de jeunes bénéficiant de l’assistance publique[1]. Ils étaient en effet près de 2'000 en 2012, contre 1'600 l’année précédente. Conséquence directe de la nouvelle loi sur l’assurance-chômage – qui pénalise directement les jeunes – cette situation plus que préoccupante n’est pourtant pas une fatalité. Des solutions existent pour sortir notre jeunesse de la précarité. Encore faut-il s’en donner les moyens.

 

Les bonnes intentions de l’Hospice général

L’Hospice général, qui a la charge de venir en aide à ces jeunes, a fait rapidement face en renforçant son équipe d’éducateurs spécialisés et en revoyant le fonctionnement de « Point Jeunes » (ex-InforJeunes), le dispositif spécialisé dans l’intervention et l’accompagnement social des jeunes adultes. Si la volonté de bien faire est à saluer, les efforts consentis à Genève sont encore loin d’être suffisants. Ce dispositif devrait être renforcé plus encore pour améliorer le suivi. Cependant, renforcer le dispositif d’insertion est insuffisant. En effet, on s’attaque d’abord aux effets. Or, pour régler le problème de la précarisation des jeunes, il faut avant tout s’attaquer aux causes de celle-ci. Plusieurs solutions existent, dont le coût sera toujours, au final, inférieur à ce que coûte un jeune à l’aide sociale.

 

Pour une approche globale de la précarité des jeunes

La question de la précarisation des jeunes est avant tout une question liée à l’insertion professionnelle, et à la qualification. Nombre de places d’apprentissage insuffisantes et/ou inadaptées, marché du travail toujours plus tendu et concurrentiel pour un premier emploi, déficit du dispositif d’accompagnement et d’orientation. Après l’école obligatoire, à 15 ans, les jeunes sont pour ainsi dire souvent désorientés et parfois livrés eux-mêmes, dans le complexe système de formation scolaire ou professionnel proposé par notre société. Dès lors, les ruptures de parcours prennent des dimensions dramatiques : un jeune qui quitte l’école ou une formation en cours a peu de chances de rattraper le train en marche si on ne lui offre pas l’encadrement nécessaire pour l’aider et le motiver au mieux. En ceci, le dispositif « EQIP » mis récemment en place par le canton, et qui vise à une centralisation des données sur la jeunesse en rupture, est une excellente chose, mais il faut voir plus loin : l’ensemble des structures spécialisées dans l’insertion des jeunes doivent aujourd’hui impérativement travailler de concert. Seule une prise en charge coordonnée des jeunes en rupture peut nous permettre aujourd’hui d’arriver à des résultats probants.

Mais cela ne réglera pas le problème. Il faut aussi que les pouvoirs publics se montrent plus volontaristes et promeuvent activement les places d’apprentissage, que ce soit dans le secteur public ou le secteur privé. Le Parti socialiste genevois a d’ailleurs lancé une initiative sur ce sujet, laquelle a été acceptée dans plusieurs communes genevoises. La ville d’Onex a mis en œuvre un programme financier pro-actif. Le Conseil municipal de la ville de Genève l’a accepté telle quelle en septembre dernier. Mais là non plus, cela ne suffit pas. Il s’agit aujourd’hui pour notre canton de mettre en œuvre un réel partenariat économique avec les entreprises de notre canton : favoriser les contacts avec ces entreprises, notamment les PME – qui constituent 90% de notre tissu économique – leur apporter aide et soutien dans le recrutement et le suivi des jeunes, voilà une solution qui porte ses fruits. A Vernier, le partenariat que nous avons instauré avec IKEA récemment – par un recrutement conjoint de nouveaux apprentis par le biais des services communaux – montre, si besoin est, le potentiel énorme que ce type de démarche peut avoir sur l’insertion des jeunes. Depuis, d’autres entreprises sises à Vernier s’intéressent à conclure de telles collaborations.

 

Des pistes à explorer, avec une vraie volonté politique 

Il s’agit-là, bien sûr, de quelques pistes parmi d’autres. Elles ne sont, de loin, pas les seules. Mais elles font toutes appel à empoigner le problème de la précarisation des jeunes par une prise en compte globale de ses causes. Pour cela, il faut véritablement mettre en place aujourd’hui une politique de formation cohérente et coordonnée, permettant aux jeunes de s’y retrouver, de bénéficier d’opportunités de formation concrètes et de pouvoir commencer leur vie d’adultes dans des conditions saines et dignes. Certes, la nouvelle Constitution genevoise prévoit la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Mais sans mesures d’accompagnement concrètes, sans un encadrement adéquat et motivant, il est fort à parier que cela restera un vœu pieu.

Il est temps de miser sur notre jeunesse. Elle est notre avenir et a aujourd’hui, plus que jamais, besoin que les politiques trouvent des solutions à ses problèmes d’insertion professionnelle. A Vernier, c’est ce que nous avons fait. En matière de suivi, d’accompagnement et d’insertion professionnelle, notre commune est souvent citée en exemple dans la qualité des prestations fournies à la jeunesse. Celles et ceux qui connaissent mon parcours le savent bien : la jeunesse sera l’une de mes priorités si je suis élu au Conseil d’Etat.

09:09 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

13/04/2013

Les Samaritains : les volontaires de la vie

Discours prononcé à l'occasion du 2ème congrès de l'association des sections des samaritains de Genève

Je vous remercie de la possibilité que vous me donnez d’assister à votre Congrès, et de pouvoir vous adresser ces quelques mots. Je ne vais pas être long. Je sais que vous êtes toutes et tous capables d’intervenir en cas d’attaques d’ennui parmi l’assistance, je ne voudrais surtout pas vous surcharger ce 2ème Congrès.

J’aimerais dire quelques mots en forme d’hommage à vous, les samaritains. Avec plus de 120 années de présence sur le territoire du canton, les samaritains ne sont pas une institution nouvelle. Pourtant, votre rôle et votre dévouement m’apparaissent particulièrement importants aujourd’hui, pour deux raisons essentielles.

Premièrement, vous donnez un sens concret à la solidarité, à ce que d’autres appellent le souci de son prochain. Plus que des mots, c’est un politicien qu’il vous le dit, vous montrez par vos actions quotidiennes qu’un geste peut changer une vie, des vies. Des vies car au-delà du geste qui sauve, vous aidez à retissez des liens, à maintenir une communauté. Modestement, par mon action sur le terrain, dans ma ville, Vernier, j’ai proposé des actions visant à retisser ces liens entre générations, entre personnes de milieux différents, entre gens d’origines diverses. Par vos actions, vous créez du lien tous les jours, au-delà du geste qui sauve, ce sont des actions primordiales pour Genève.

Deuxièmement, l’association des Samaritains, c’est aussi, depuis 50 ans des cours, de la transmission de connaissance, la transmission d’un savoir-faire qui pourra éviter de nombreux drames. Et tout dans le volontariat le plus complet, comme le prescrit l’un des 7 principes fondateurs de la Croix-Rouge.

J’ai récemment lu que moins de 10% des Suisses seraient capables d’effectuer un massage cardiaque. Même avec ma formation du permis de conduire, mon inscription durant quelques années en tant que samaritain de Vernier et mon Ecole de Recrue chez les Sanitaires, j’aurai bien de la difficulté à effectuer les gestes justes.

Fort de ce constat, pour compléter le dispositif de sécurité sanitaire, la ville de Vernier s’est dotée, dès 2005, dans l’ensemble de ses bâtiments, de défibrillateurs. L’installation de ces appareils s’est accompagnée d’une formation aux collaboratrices et aux collaborateurs du lieu.

Je tiens à remercier les « Samas » une fois encore pour permettre à de nombreuses manifestations d’avoir lieu à travers notre canton. Je vous remercie de votre savoir-faire qui change la vie. Je vous remercie de véhiculer des valeurs qui nous sont chers. Je vous remercie de transmettre ce savoir-faire et ces valeurs à travers vos actions.

Thierry APOTHELOZ, Conseiller administratif 
Collonge-Bellerive, le 12 avril 2013

 

01.JPG

SimulHUG pôle pédiatrie – Démonstration d’une réanimation sur un mannequin bébé

02.JPG

Utilisation de chiens en cas de catastrophes et de recherches de personnes.

03.JPG

Dr MANZANO, de la pédiatrie de Genève, donne une conférence sur l’importance de la simulation pour acquérir des bons gestes sur un mannequin capable de reproduire énormément de symptômes.

09:00 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook