20/12/2015

Budget 2016: le Conseil d'Etat doit apprendre à dialoguer

Le projet de budget 2016 a été refusé à la quasi unanimité par les députés. C'est une première dans l'histoire de notre République. Jamais un Gouvernement n'avait vécu pareil camouflet budgétaire. Et pourtant, la catastrophe était prévisible, depuis longtemps. En faisant la politique de l'autruche et en pensant que de passer en force allait finalement suffire à trouver une majorité politique, le Conseil d'Etat s'est fourvoyé. Il n'a su entendre ni les protestations de la rue, ni les appels au dialogue, ni le mécontentement d'une classe parlementaire qu'il a trop souvent regardé de haut. Aujourd'hui, Genève est dans l'impasse. La balle est dans le camp du Conseil d'Etat. Va-t-il enfin réapprendre à dialoguer, ou bien va-t-il continuer sa course vers l'abyme, en campant sur des positions intenables, au risque de fragiliser encore plus les institutions de notre République? 

 

Un train de retard...

 

On ne commence pas à discuter d’un budget avec les partis six semaines avant l'adoption voulue de celui-ci. C'est un travail de longue haleine, qui demande une capacité d'écoute et de prise en compte de la diversité des intérêts de la galaxie politique représentée au Grand Conseil. Certes, la tâche est ardue et les oppositions de principes farouches. Il n'empêche que pour gouverner bien, il faut anticiper. Fixer une ligne et s'y tenir, coûte que coûte, ne suffit pas dans la configuration politique actuelle. Il faut être capable de forcer des compromis, de travailler sur les impondérables, mais aussi de susciter l'adhésion. Cela, le Conseil d'Etat n'a clairement pas su le faire. Il fallait s'y prendre mieux, discuter des fondamentaux en amont, être prêt à faire machine arrière au besoin. Bref, faire de la politique. Et non pas s'ériger en simple gestionnaire, engoncé dans une idéologie à sens unique.

 

Le dialogue, avec tous

 

Tout ceci me donne le sentiment que le Conseil d'Etat s'est coupé de Genève, en s'enfermant dans la tour Baudet. Suppression de commissions consultatives, des instances de dialogue avec les communes (notamment sur la politique de cohésion sociale en milieu urbain), mépris du combat syndical, voilà autant de signes qui montrent un décalage croissant entre un Conseil d'Etat qui s'érige en détenteur de la vérité budgétaire et une population qui voit ses prestations sociales rognées jour après jour par de petites coupes chirurgicales à première vue anodine, mais qui impactent considérablement la qualité de vie des plus précaires d'entre nous. Le décalage est aujourd'hui total. Il ne se résorbera pas ni par le mépris, ni par la superbe. Il s'agit de remettre autour de la table l'ensemble des partenaires: partis politiques, mais aussi syndicats, communes, structures du Grand Etat. Bref, faire de la politique.

 

La droite impuissante

 

Soyons clair. L’échec du Conseil d'Etat, c'est aussi l'échec d'une certaine droite, pourtant largement majoritaire tant à l'exécutif qu'au législatif. Incapable de s'entendre sur un programme commun, désavouant même ses propres ministres, obnubilée par les seules coupes budgétaires et la réduction des effectifs, elle a démontré son incapacité à gouverner Genève. PDC, UDC, PLR et MCG sont incapables d'envisager un budget sans nouvelles recettes, alors que l'équation est simple: Genève voit sa population augmenter chaque année de 7'000 personnes supplémentaires et il faut donc bien que le Canton dégage les ressources nécessaires à cette augmentation de la population. On ne peut pas faire beaucoup plus avec beaucoup moins. La droite, qui refuse catégoriquement d'accepter cet état de fait, porte donc aussi une immense responsabilité dans le fiasco budgétaire actuel.

 

De quoi se poser des questions sur le sens de la République.

09:21 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

13/11/2015

Projet de budget: le Conseil d’Etat doit écouter et revoir sa copie


20151113003519-848x400.jpgLa fonction publique est dans la rue. Et pas qu’un peu. Le mécontentement des fonctionnaires a atteint ces jours une ampleur qu’on n’avait plus connue depuis bien 20 ans. A raison. Le projet de budget 2016 présenté par le Conseil d’Etat consacre en effet une orthodoxie financière qui irrite toutes celles et ceux qui militent pour une fonction publique efficace et de qualité. Au service de la population. Dans ce budget, les fonctionnaires devront assumer tous les sacrifices de notre société. La population devra quant à elle accepter de son côté une baisse des prestations. Le Conseil d’Etat n’entend pas les cris de la rue et campe sur ses positions. Des positions étonnament rigides, qui ne laissent pas la place à l’émergence de solutions alternatives. Il en existe pourtant.

Fiscalité: le nœud du problème

Les revendications de la fonction publique ne sont pas uniquement liées à leurs conditions de travail immédiates. On oublie trop souvent de la rappeler que cela fait des années que celle-ci consent des sacrifices sans broncher, au nom du service public. Un fonctionnaire gagne aujourd’hui moins qu’il y a 10 ans, augmentation du coût de la vie – et stagnation de son salaire – oblige. Mais la grève qui paralyse l’Etat ces jours est également un signal d’avertissement aux autorités et aux politiques, tant les enjeux fiscaux qui attendent Genève font légitimement peur. Réforme de la fiscalité des entreprises (et perte fiscale annoncée de près de 500 millions), imposition sur le seul lieu de domicile (et donc bouleversement de la délicate péréquation financière pour les communes), volonté de supprimer la taxe professionnelle (et donc là aussi, un manque à gagner immense pour les collectivités publiques). Sur ces sujet cruciaux, tant le Conseil d’Etat que le Grand Conseil adoptent une position ferme, voire catastrophique: il va falloir faire avec, il va falloir faire mieux, il va falloir faire avec moins. Le climat n’est pas au beau fixe.

Briser le tabou des impôts

Faire payer à la seule fonction publique le déficit de l’Etat, c’est faire preuve d’un double aveuglement: premièrement, c’est oublier un peu vite que cette situation est due à la baisse d’impôts voulue et votée par le peuple en 2008, qui a fait replonger Genève dans des chiffres rouges dont elle n’est jamais ressortie. Deuxièmement, c’est partir du principe que toute nouvelle recette est impossible. Cette dernière position est aujourd’hui politiquement intenable. Parce que l’amaigrissement de l’Etat ne peut pas être la seule et unique position de principe sur lequel Genève doit baser ses décisions budgétaires. Il faut aller chercher de nouvelles recettes, ne serait-ce que pour absorber l’augmentation massive de la population (7'000 personnes par an !) dans un canton qui reste un pôle économiquement très attractif.

Ecouter la rue, et faire de la politique

La fonction publique ne refuse aucunement de rejoindre la table des négociations. Elle refuse de devoir être la seule à payer le prix de la gestion de l’Etat. C’est légitime. Il appartient aujourd’hui au Conseil d’Etat et au Grand Conseil de repenser un budget qui sache faire la part des choses entre coupes et recettes. L’orthodoxie libérale ne nous mènera nulle part. Proposer un budget équilibré qui demande des sacrifices à toutes et tous plutôt qu'à certains uniquement, c’est cela faire de la politique. Taper uniquement sur la fonction publique et les prestations, c’est fuir ses responsabilités.

09:59 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

10/11/2015

Cette photo unique illustre l'engagement historique des Socialistes pour Vernier

vernier, ps, socialiste, histoire

La semaine dernière, quatre générations de Socialistes, élues successivement au Conseil administratif de Vernier, étaient réunies pour cette photographie peu commune. Si cette photo est unique, les actions que ces magistrats communaux ont menées à tour de rôle dans ce qui est désormais la cinquième ville de Suisse romande, le sont aussi!

Ainsi, on peut se souvenir de l'action de Philippe Aubert (1963-1967), à mes côtés sur la photo, qui a vu Vernier passer du statut de Village à celui de Ville, et qui a vécu le début de la construction du Lignon. Solange Schmid tout à gauche de la photo, a été la première femme élue à la Mairie de Vernier en 1983 et a développé les premières réponses sociales, notamment la création de la Maison des Jeunes de l'Eclipse aux Avanchets. Enfin, ma prédecesseure Gabrielle Falquet, à droite sur la photo, s'est fortement engagée de 1991 à 2003 dans la petite enfance et a créé le premier Service de la Culture. Fulvio Moruzzi, conseiller administratif de 1976 à 1983, décédé en 2014, manque sur cette photo: il s'était investi dans la culture et on lui doit notamment la piétonnisation partielle de Vernier-village.

Cette photo démontre plus que jamais que les idées et les projets du PS et des Socialistes sont ancrées dans l'histoire, et ce même au niveau local. L'amélioration de la qualité de vie des habitantes et des habitants, la solidarité et la participation de toutes et de tous ont toujours été et sont nos priorités.

C'est avec fierté et honneur que je porte cette action concrète et de terrain au nom du Parti socialiste.

Plus d'informations: www.thierryapotheloz.ch

08:57 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

21/08/2015

De l’aide sociale à la naturalisation : le Conseil fédéral s’attaque une nouvelle fois aux plus pauvres

Le Conseil fédéral a mis en consultation le 19 août dernier une ordonnance sur la nationalité, dont l’une des fâcheuses caractéristiques est d’empêcher les personnes à l’aide sociale – ou bien qui l’ont été par le passé – de demander leur naturalisation.

L’art. 7 al. 3 de ce projet d’ordonnance est particulièrement clair : « Quiconque perçoit une aide sociale dans les trois années précédant le dépôt de sa demande ou pendant sa procédure de naturalisation ne remplit pas les exigences relatives à la participation à la vie économique ou à l’acquisition d’une formation ».

« Pour le Conseil fédéral, être à l’aide sociale, c’est être un mauvais Suisse »

Cette proposition est honteuse. Une fois encore, le Conseil fédéral s’attaque aux personnes les plus pauvres, alors qu’il devrait plutôt s’attaquer à la pauvreté. Il exclut au lieu de combattre. Le Canton de Genève qui sera consulté doit clairement refuser cette ordonnance.

Le raisonnement est pernicieux : être à l’aide sociale signifie être un mauvais candidat à la Suissitude. C’est être un fainéant, mal intégré. C’est être un poids pour la société, indigne de rejoindre la communauté des citoyens responsables. 

Le Conseil fédéral ne lésine sur aucune attaque de notre système social (chômage, retraites, assurance-maladie, …), le voilà qui s’en prend aux plus fragiles d’entre nous. Prenons l’exemple du chômage, la démonstration est aisée. La dernière révision fédérale sur le chômage réduit le nombre d’indemnités à la fin desquelles elle renvoie les bénéficiaires à l’aide sociale. Et voilà le piège qui se referme.

A Genève, le nombre de personnes à l’aide sociale a presque doublé en dix ans. Est-ce à dire que ces gens sont des fainéants, des bons à rien, incapables de travailler, ou bien qui n’en ont tout simplement pas envie ? Ou bien est-ce que les conditions de vie sont devenues à ce point difficile que de plus en plus de monde est laissé au bord du chemin ? La réponse me semble évidente.

Et, dans une prochaine étape, le Conseil fédéral va-t-il prévoir de déchoir la nationalité helvétique aux Suisses qui bénéficient de l’aide sociale ?

13:48 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

24/06/2015

Ceux qui attaquent la LDTR attaquent les locataires

Les genevois ont dit oui à la modification de la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitations (LDTR), permettant ainsi la conversion de bureaux en logements, sans contrôle des loyers. Soit. L’argument était pernicieux pour la population – dont seule une infime minorité pourra profiter de cet assouplissement législatif : si on construit plus de logements pour les nantis, ceux-ci libéreront les logements (déjà très chers) qu’ils occupent actuellement, au profit de la classe moyenne. Le raisonnement ne résiste évidemment pas à la logique, mais il est aujourd’hui trop tard pour le contester. Les urnes ont rendu leur verdict.

Car imaginer que quelques centaines de logements inabordables vont permettre d’assouplir un peu le marché tient d’une malhonnêteté intellectuelle crasse. Le peuple est dans un tel état de désespoir qu’il se laisse berner par les sirènes des promoteurs immobiliers – les seuls vainqueurs du 14 juin – et qui vont pouvoir recaser les bureaux qu’ils n’arrivent plus à louer en luxueux appartements à destination des plus fortunés. Certains s’en frottent les mains. Avec, en plus, la bénédiction du peuple.

On le voit au parlement : la droite élargie avance en rangs serrés et parle d’une même voix : diminuer la protection des locataires, affaiblir la LDTR. Non pas pour construire du logement, là encore ne soyons pas dupe. La pression sur les locataires est telle qu’on arrive, coup de buttoir après coup de buttoir, à leur faire avaler n’importe quelle mesure. Le message est connu : aidez ceux qui profitent de la crise, et vous en récolterez peut-être quelques miettes. Triste logique.

Le prochain chapitre de cette tromperie s’intitule « le retour des congés-vente ». Il prend la forme d’un insidieux projet de loi (PL 11408) dénommé « plus de liberté pour les locataires » http://ge.ch/grandconseil/data/texte/PL11408.pdf. Inutile de dire le danger que représente ce projet, qui vise à permettre aux propriétaires de choisir leurs futurs locataires en fonction de leur capacité et de leur détermination à acquérir leur futur logement – à prix d’or, cela s’entend ! Là également, l’attaque vise les locataires, au profit de ceux qui réaliseront, par ces opérations immobilières, de généreux bénéfices.

Les locataires se sont laissés duper une fois. Sous couvert d’accession à la propriété, j’espère qu’ils sauront refuser d’être fragilisés encore plus, sur un marché tendu du logement qui, rappelons-le, leur fait payer le prix fort. Au profit de quelques-uns.

11:48 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook