14/11/2013

Observer les étoiles, plutôt que de former nos enfants

Le Conseil d’Etat a présenté aujourd’hui ses choix en matière d’infrastructures. Confronté à des choix financiers difficile, en période de crise, le gouvernement a dû procéder à des arbitrages. C’est son droit le plus strict. Je demeure néanmoins surpris par les priorités affichées par le Conseil d’Etat en matière d’investissements. La logique m’échappe.

Une fois encore – alors que les médias se sont largement fait écho de la colère populaire – la rénovation pourtant urgente du Cycle du Renard devra être repoussée. C’est totalement incompréhensible, tant ce bâtiment est désormais une ruine insalubre.

 

D’un autre côté, on voit un Conseil d’Etat qui préfère prioriser la construction de prisons ou bien la rénovation de l’Observatoire de Sauverny… L’observation des étoiles est-elle préférable aux conditions scolaires de nos enfants ? J’en doute. Le Conseil d’Etat semble, lui, dans la lune.

16:30 Écrit par Thierry Apothéloz dans Ecole et formation | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

08/11/2013

Pour un VRAI plan de lutte contre le chômage à Genève

La campagne au Conseil d’Etat s’achève, et avec elle, le difficile débat sur le chômage. Pourtant, ils ne sont pas nombreux les candidats à vouloir véritablement empoigner cette problématique à bras-le-corps. Du côté de la majorité sortante, surtout, tout va très bien Madame la marquise. Passez votre chemin. Et pourtant il y a urgence. Mon objectif à la fin de la prochaine législature est de revenir à un taux proche de la moyenne suisse.

Le taux de chômage, à Genève, est de 5.6%. Faut-il le rappeler, c’est le plus élevé de Suisse. Une Suisse qui plafonne en moyenne à 3%. On nous dit que ce taux n’a jamais été aussi bas depuis 10 ans. C’est faux, Genève a connu des taux inférieurs. Mais plus grave :  on ne nous dit pas comment on va le faire baisser. 5.6% de chômeurs, ce sont 5.6% de chômeurs de trop.

Le chômage est une préoccupation fondamentale de genevois. Derrière les chiffres, il y a des femmes et des hommes qui souffrent. Il y a des jeunes en rupture- comme l’a relaté récemment la Tribune de Genève – qui voient leur horizon s’assombrir. Et puis il y a des seniors, débarqués par un système de plus en plus compétitif. Le corollaire à ce marché du travail extrêmement sélectif nous est donné par l’augmentation sans précédent – 30% en 3 ans – du nombre de personnes à l’aide sociale. Car il y a le chômage, bien entendu, et puis il y a l’après-chômage, une fois que les indemnités sont épuisées. Une fois qu’on envoie les gens à l’hospice général, alors qu’ils ont encore la motivation nécessaire et la volonté de s’en sortir.

Alors on a créé les Emplois de Solidarités. L’idée est bonne, en soi. Mais après quelques années de fonctionnement, on constate les limites d’un système qu’il convient de revoir de fond en comble. La formation, l’accompagnement, l’orientation manquent cruellement dans le dispositif actuel.

Et des idées ne manquent pas : favoriser l’accès aux marchés publics des entreprises locales qui engagent des apprentiEs, encourager les entreprises à engager des personnes de plus de 50 ans, renforcer la collaboration entre l’Hospice Général et l’Office cantonal de l’emploi pour sortir les bénéficiaires de l’aide sociale au plus vite, revoir d’urgence la loi sur l’aide sociale individuelle, s’appuyer sur les dispositifs communaux qui offrent d’excellents résultats. Je souhaite investir dans des secteurs économiques encore trop peu valorisés voire inexploités : les cleantechs, l’économie sociale et solidaire, le service à la personne.  

Alors, aujourd’hui, quelle que soit la composition politique au gouvernement qui sortira des urnes dimanche, je souhaite que l’emploi devienne la préoccupation principale de Genève. Tout doit aujourd’hui être repensé : de l’orientation professionnelle au placement des chômeurs, de l’éducation obligatoire jusqu’à 18 ans (une grande avancée de la nouvelle Constitution !), à la prise en charge par l’aide sociale, des emplois de solidarité à la formation continue.

Et j’appelle de mes vœux à ce que la problématique du chômage devienne un chantier collectif, qui puisse mobiliser toutes les forces de l’échiquier politique, au-delà des clivages. Cela n’est que comme cela, ensemble, autrement, que nous parviendront à faire baisser les chiffres de la honte. Ces chiffres derrière lesquels il y a, au quotidien, la souffrance de celles et ceux qui sont exclus du marché de l’emploi.

 

 

09:05 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

05/11/2013

Renforcer la protection des enfants. Coûte que coûte

La Tribune de Genève s’est récemment faite l’écho de l’augmentation de la maltraitance chez les enfants en Suisse. 1138 cas ont été recensés par les diverses institutions pédiatriques en 2012. Ce sont évidemment 1138 cas de trop. En l’espace de deux ans, ce chiffre a augmenté de près de 25%.

La situation est donc préoccupante. Elle est à mon sens le reflet d’une société en faillite qui ne sait ou ne peut plus garantir une éducation et des conditions de vies décentes pour ses enfants.

Heureusement, pour ce qui est de Genève, des solutions existent pour assurer un cadre éducatif adéquat à notre jeunesse. Et parmi les nombreux acteurs sociaux impliqués dans le domaine, il convient de souligner ici l’incroyable travail effectué par le Service de protection des mineurs (SPMi). Pour y avoir autrefois travaillé en tant qu’éducateur spécialisé, je connais bien cette institution. Dans des conditions parfois dantesques, les hommes et les femmes du SPMi s’engagent sans retenue, au quotidien, dans un contexte juridique extrêmement complexe, pour protéger nos enfants et offrir à nos familles un appui éducatif fondamental. Il est toujours plus facile de regarder le verre à moitié vide et de constater que, malgré le travail formidable des travailleurs sociaux, les cas de maltraitance continuent d’exister. Mais est-on seulement conscient du nombre situations parviennent chaque année à trouver une issue positive grâce à l’intervention du SPMi ?

Aujourd’hui, le climat au SPMi est, on le sait, passablement tendu. Le personnel a annoncé une grève illimitée. Les collègues du service de protection de l’adulte les ont rejoint.

Quelles sont les pistes ? ll faut selon moi impérativement organiser des assises de la protection et de l’aide à l’enfance. Il s’agirait de rassembler et mobiliser l’ensemble des acteurs du secteur (SPMi, FASe, Office de la jeunesse, etc.) pour mobiliser les ressources existantes. Il faudra en outre affirmer dans la nouvelle loi actuellement en consultation sur la promotion de la santé, la prévention et la protection des enfants, le rôle complémentaire des communes, qui sont dans ce domaine d’excellents relais de proximité. Il s’agit également de donner enfin aux travailleurs sociaux en charge des questions éducatives les moyens nécessaires pour mener à bien leurs missions. Cela passe par un refus catégorique de voir l’Etat diminuer ses prestations sociales à destination des familles. Il devient aussi urgent d’ouvrir aujourd’hui de nouvelles structures d’accueil, car la pénurie se fait vraiment ressentir. Il devient aujourd’hui, en l’absence de places disponibles, difficile voir impossible de protéger des mineurs. Il s’agira enfin de créer de nouveaux foyers pour les enfants et adolescents atteints de troubles du comportement. Une mesure nécessaire dont on parle à Genève depuis 20 ans, mais que personne n’a encore suffisamment voulu imposer dans le débat public.

Il est faux de prétendre que la revendication principale des travailleurs sociaux est salariale. Les assistantes et assistants sociaux du SPMI réclament du temps de suivre, de rencontrer, d’encourager, de cadrer, d’analyser, de consulter, de discuter, de convaincre les mineurs et leurs parents. Pour cela, le nombre de dossiers est capital et pour obtenir du travail de qualité. Je ne me prononce pas sur le nombre de dossiers par travailleurs sociaux, je n’ai pas tous les éléments en mains pour le faire, mais ce que je sais c’est qu’il est nécessaire de faire descendre le nombre de dossiers par travailleurs sociaux. Tout le monde conviendra que c’est à ce prix qu’un travail de qualité peut se dérouler au bénéfice des mineurs.

Aujourd’hui, le SPMi est en grève. Je ne peux pas m’empêcher de partager une partie des revendications légitimes de ce service. Au-delà de la simple question financière, c’est toute la question de la reconnaissance que la société doit à une profession terriblement exposée. Les travailleurs sociaux du SPMi ont des responsabilités énormes et chaque erreur, minime soit-elle, peut avoir des conséquences dramatiques. Travailler au SPMi – je le sais par expérience – c’est être soumis quotidiennement à une immense pression : la pression du cadre juridique stricte, mais aussi la pression qui nécessite de traiter des situations souvent complexes en un minimum de temps, et avec efficacité. Or, aujourd’hui, les conditions de travail sont devenues telles, que cette efficacité du travail social est devenue de plus en plus difficile au SPMi.

 

Il est temps que notre société change sa vision des travailleurs sociaux en général, et des collaborateurs du SPMi en particulier, lesquels accomplissent un travail prodigieux dans des conditions dantesques. Et un travail nécessaire. Au-delà de la revalorisation professionnelle de leur activité, c’est la revalorisation sociale de leur mission sur laquelle qu’il convient aujourd’hui de travailler et je veux m’y employer.

11:20 Écrit par Thierry Apothéloz dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

21/10/2013

Vernier sur Rock, un festival pas comme les autres

La 29ème édition de Vernier sur Rock (VSR) s’est achevée sur un franc succès. Programmation ambitieuse et originale, public au rendez-vous (plus de 2000 personnes), structure d’insertion professionnelle et d’implication des jeunes parfaitement maîtrisée. Le retour dans la salle des fêtes du Lignon, après 4 ans de festival à découvert, prouve que ce festival bientôt trentenaire a toujours une pêche d’enfer !

Mais si VSR est un festival qui a toujours su proposer une programmation avant-gardiste et de qualité, c’est aussi un lieu où des jeunes de toute la ville de Vernier peuvent, le temps d’un week-end, ou bien même sur de plus longues périodes durant l’année, découvrir par le biais de stages ou de petits boulots, les arts et métiers fascinants de la scène et du spectacle.

Porté par des bénévoles qui ont un vrai souci de cohésion sociale et qui travaillent main dans la main avec la ville de Vernier, ce festival pas comme les autres a, depuis près de 30 ans, permis à des jeunes parfois en rupture, de trouver une voie, des intérêts professionnels ou de susciter en eux tout simplement l’envie de se dépasser pour atteindre leurs objectifs.

Combien de ces jeunes – que j’ai moi-même encadrés lorsque j’étais président d’une maison des jeunes – sont aujourd’hui des gens comme vous et moi, mais qui ont connu des périodes de galère durant leur jeunesse et pour lesquels VSR a été un véritable tremplin dans la recherche de leur place dans la société ? Combien de ces adolescents en rupture sont entrées en contact avec le monde du travail et ses exigences, au contact des formidables bénévoles de VSR ? Des dizaines. Des centaines peut-être.

Demain, VSR aura 30 ans, mais pas une ride. Grâce à son équipe formidablement motivée et à l’appui de la commune et des travailleurs sociaux, gageons que cette 30ème édition sera non seulement artistiquement belle, mais aussi socialement utile. C’est ce qui en fait ce festival pas comme les autres. Un honneur pour Vernier.

11:42 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

14/10/2013

Chômage à Genève, y a-t-il un pilote ?

Les derniers chiffres sont tombés : le taux de chômage à Genève repart légèrement à la hausse. Comme à l’accoutumée, entre fatalisme et résignation, personne n’ose véritablement commenter ce chiffre. Comme si on ne pouvait pas lutter contre le chômage. Ou, plus précisément, comme s’il n’existait pas d’alternative à l’absurde équation visant à virer l’ensemble des frontaliers pour y mettre des résidents. Sur ce sujet, on espère depuis près d’un an une réaction, un projet, un plan d’action ou une mesure efficace de la part de la direction politique. Et pourtant, rien ne vient. Il est peut-être temps aujourd’hui de se poser les bonnes questions sur cet immobilisme qui dure depuis trop longtemps.

Mi-septembre, on a vu les conseillers en insertion professionnelle de l’office cantonal de l’emploi (OCE) lancer un mouvement de grève qui a mis l’accent sur l’absence de moyens à disposition pour faire correctement – et surtout efficacement – leur important travail de réinsertion des demandeurs d’emploi. Avec plus de 150 dossiers par conseillère et conseiller, c’est évidemment une tâche impossible. D’autant que la pression sur le personnel de l’institution, visant à produire du chiffre, du chiffre et encore du chiffre, au détriment d’un accompagnement de qualité, rend leur action contre-productive.

Si seulement le problème s’arrêtait-là. Il est au contraire symptomatique d’une politique de l’emploi basée sur une espèce de course à la productivité, sans considération ni pour les employé-e-s, ni bien entendu comme les personnes en recherche d’emploi, traités comme des statistiques plutôt que comme des êtres humains. Quiconque s’est déjà rendu dans les nouveaux locaux de l’OCE à Montbrillant sait pertinemment de quoi je parle.

Le problème, au fond, c’est qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion. On pratique l’immobilisme comme personne et nous attendons avec impatience des propositions concrètes de lutte contre le chômage, plutôt que des déclarations d’intention banales et lénifiantes.

Aujourd’hui, il s’agit d’empoigner avec vigueur la problématique du chômage. Il s’agit, surtout, de proposer des solutions crédibles, applicables, réalistes et efficaces. Il faut combattre le chômage des jeunes en intensifiant l’orientation et le suivi de la formation dès le Cycle d’orientation. Il faut encourager les entreprises, par des mesures administratives ou financières, à engager non seulement plus de jeunes, mais également des personnes de plus de 50 ans, particulièrement vulnérables sur le marché de l’emploi. Il faut rapidement revoir le fonctionnement – et les salaires – des emplois de solidarité, qui ont montré leurs limites en matière d’insertion. Il faut renforcer la collaboration de l’Office Cantonal de l’Emploi avec l’Hospice général, afin de créer en tout temps des passerelles entre aide sociale et insertion, et non plus comme maintenant en début seulement de processus ; dans ce sens, revoir d’urgence l’application de la nouvelle loi sur l’aide sociale individuelle (LIASI). Sa mise en œuvre est intolérable. Je propose encore de s’appuyer sur les dispositifs d’insertion professionnelle communaux qui existent dans de nombreuses communes genevoises. Je sais que la proximité aide les entreprises à engager de réels partenariats pour l’emploi. Et comme il n’y a pas de lutte contre le chômage sans création d’emplois, je propose de développer des emplois dans des secteurs encore inexploités : l’économie domestique et le service à la personne ou encore dans le développement durable.

Des idées et des mesures concrètes. Voilà ce dont Genève a besoin aujourd’hui.

 

 

08:02 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook