14/10/2013

Chômage à Genève, y a-t-il un pilote ?

Les derniers chiffres sont tombés : le taux de chômage à Genève repart légèrement à la hausse. Comme à l’accoutumée, entre fatalisme et résignation, personne n’ose véritablement commenter ce chiffre. Comme si on ne pouvait pas lutter contre le chômage. Ou, plus précisément, comme s’il n’existait pas d’alternative à l’absurde équation visant à virer l’ensemble des frontaliers pour y mettre des résidents. Sur ce sujet, on espère depuis près d’un an une réaction, un projet, un plan d’action ou une mesure efficace de la part de la direction politique. Et pourtant, rien ne vient. Il est peut-être temps aujourd’hui de se poser les bonnes questions sur cet immobilisme qui dure depuis trop longtemps.

Mi-septembre, on a vu les conseillers en insertion professionnelle de l’office cantonal de l’emploi (OCE) lancer un mouvement de grève qui a mis l’accent sur l’absence de moyens à disposition pour faire correctement – et surtout efficacement – leur important travail de réinsertion des demandeurs d’emploi. Avec plus de 150 dossiers par conseillère et conseiller, c’est évidemment une tâche impossible. D’autant que la pression sur le personnel de l’institution, visant à produire du chiffre, du chiffre et encore du chiffre, au détriment d’un accompagnement de qualité, rend leur action contre-productive.

Si seulement le problème s’arrêtait-là. Il est au contraire symptomatique d’une politique de l’emploi basée sur une espèce de course à la productivité, sans considération ni pour les employé-e-s, ni bien entendu comme les personnes en recherche d’emploi, traités comme des statistiques plutôt que comme des êtres humains. Quiconque s’est déjà rendu dans les nouveaux locaux de l’OCE à Montbrillant sait pertinemment de quoi je parle.

Le problème, au fond, c’est qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion. On pratique l’immobilisme comme personne et nous attendons avec impatience des propositions concrètes de lutte contre le chômage, plutôt que des déclarations d’intention banales et lénifiantes.

Aujourd’hui, il s’agit d’empoigner avec vigueur la problématique du chômage. Il s’agit, surtout, de proposer des solutions crédibles, applicables, réalistes et efficaces. Il faut combattre le chômage des jeunes en intensifiant l’orientation et le suivi de la formation dès le Cycle d’orientation. Il faut encourager les entreprises, par des mesures administratives ou financières, à engager non seulement plus de jeunes, mais également des personnes de plus de 50 ans, particulièrement vulnérables sur le marché de l’emploi. Il faut rapidement revoir le fonctionnement – et les salaires – des emplois de solidarité, qui ont montré leurs limites en matière d’insertion. Il faut renforcer la collaboration de l’Office Cantonal de l’Emploi avec l’Hospice général, afin de créer en tout temps des passerelles entre aide sociale et insertion, et non plus comme maintenant en début seulement de processus ; dans ce sens, revoir d’urgence l’application de la nouvelle loi sur l’aide sociale individuelle (LIASI). Sa mise en œuvre est intolérable. Je propose encore de s’appuyer sur les dispositifs d’insertion professionnelle communaux qui existent dans de nombreuses communes genevoises. Je sais que la proximité aide les entreprises à engager de réels partenariats pour l’emploi. Et comme il n’y a pas de lutte contre le chômage sans création d’emplois, je propose de développer des emplois dans des secteurs encore inexploités : l’économie domestique et le service à la personne ou encore dans le développement durable.

Des idées et des mesures concrètes. Voilà ce dont Genève a besoin aujourd’hui.

 

 

08:02 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

05/09/2013

Aide sociale et assurance-chômage : il faut ouvrir le débat, surtout en faveur des plus de 50 ans

Le chiffres de l’« Initiative des villes pour la politique sociale » – instance représentant les villes auprès de la Confédération pour tout ce qui concerne les questions sociales – viennent de tomber.

Si l’augmentation des dossiers semble se stabiliser au niveau suisse, il apparaît qu’une catégorie de la population semble de plus en plus devoir recourir à l’aide sociale : les plus de 50 ans.

Cela s’explique par une plus grande sélectivité du marché de l’emploi et une compétitivité accrue dans ce domaine. Ces données sont préoccupantes, car elles concernent une population qui a souvent charge de famille. Au-delà des plus de 50 ans, donc, c’est parfois une famille toute entière qui dépend de l’aide sociale.

On sait déjà que les seniors sont une population particulièrement vulnérable, comme l’a récemment montré le rapport sur la pauvreté en Suisse de l’OFS. Il semble donc que cela se confirme avec une précarisation qui intervient encore plus tôt dans le parcours de vie.

Il convient dès lors de repenser notre action sociale de manière beaucoup plus proactive envers cette catégorie de la population et favoriser, tant que faire se peut, un retour durable vers l’emploi ou la requalification professionnelle. En effet, les 50 ans et plus ont souvent vécu dans un marché de l’emploi bien différent que celui que nous connaissons aujourd’hui et qui demande une flexibilité et une capacité d’adaptation accrue. Comment dès lors faire face aux défis du marché du travail lorsqu’on a pas pu suffisamment se former ou se préparer aux bouleversements que celui-ci a connus ces dernières années ?

Une fois encore, ce sont les moins formés, les moins préparés, les plus vulnérable qui se retrouvent à l’aide sociale.

Et il faut peut-être enfin ouvrir le grand débat – souvent trop tabou – de la requalification professionnelle et du chômage. Il n’est en effet plus normal, dans la situation économique qui est la nôtre, qu’on ne propose aux chômeurs de notre pays que des formations de remise à niveau ou des cours de langue. L’assurance chômage doit aujourd’hui intervenir pour offrir de vraies requalifications professionnelles, quitte à ce qu’elles se fassent sur de nouvelles orientations, et permettre aux chômeurs de suivre des formations qualifiantes certifiées.

Le marché de l’emploi est devenu flexible. A notre assurance-chômage et à notre office cantonal pour l’emploi de le devenir aussi. À défaut, les inégalités continueront de se creuser.

Ce n’est pas la société que je souhaite.

13:31 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

26/08/2013

De l'ambition pour l'école genevoise

En ce jour important de rentrée scolaire, je souhaite partager avec les élèves, leurs familles, les enseignantes et les enseignants, toutes celles et tous ceux qui participent ou qui se sentent à juste titre concernés par l’école quelques éléments fondamentaux.

Construire une école démocratique qui allie instruction et éducation, c’est l’objectif que le prochain gouvernement devra réussir.

L’école n’est pas que le lieu de la transmission du savoir, c’est aussi un lieu où se développent le respect, la coopération, l’intégration, la conscience citoyenne et le sens du civisme, où s’initie le goût de se former tout au long de la vie, où l’on éveille les futur-e-s participant-e-s à la vie collective, associative, Citoyenne.

Cela est d’autant plus indispensable que Genève n’échappe pas à la montée des inégalités, à la dégradation des conditions et du niveau de vie d’une partie de sa population. Dans ces circonstances, à défaut d’un patrimoine économique, bien des familles comptent sur le patrimoine de l’éducation pour faire face aux défis du futur.

Nous ne pouvons pas les décevoir, nous devons réussir : la cohésion sociale des prochaines générations dépend de ce que nous ferons aujourd’hui ensemble, autrement, pour l’école genevoise.

Cette école connaît bien des transformations souhaités par le peuple genevois : nouveau Cycle d’Orientation, journée à accueil continu, école le mercredi matin ainsi que de nombreuses et importantes adaptations dans le nouveau contexte du concordat intercantonal sur l’harmonisation scolaire (HARMOS). Il s’agit pour moi de s’appuyer sur les opportunités de ces changements pour offrir une école inclusive.

La formation obligatoire jusqu’à la majorité est une immense avancée que vient de nous offrir la nouvelle Constitution genevoise, il s’agira de la mettre en œuvre pour mieux travailler sur la prévention des ruptures de parcours qui interviennent malheureusement trop souvent entre la fin du cycle d’enseignement secondaire et le choix des filières de formations post-obligatoires.

Les actuels et les nouveaux défis impliquent que les collectivités prennent les mesures qui s’imposent et en faisant de l’école la priorité des priorités et donner les moyens nécessaires à cette ambition. Et cela, je veux le porter au prochain gouvernement.

Au niveau cantonal, cette priorité devra être portée transversalement par l’ensemble des départements et non par le seul département de l’instruction publique, de la culture et du sport. Avec le département de l'urbanisme, de permettre de (re)construire des bâtiments scolaires de qualité, avec le département de l'économie de créer des passerelles pour tout ce qui touche à la formation et l’insertion professionnelle et encore avec le département de l'action sociale, de réintégrer au plus vite des jeunes adultes bénéficiant de l’aide sociale.

A ceux qui se cantonnent aux considérations budgétaires, n’oublions pas qu’un budget n’est rien d’autre qu’un choix de priorités politiques.

Je l’affirme : il nous faut renverser ces choix. La vision à long terme doit prendre le pas sur les actions éphémères. C’est la seule possibilité de lutter contre la reproduction sociale des inégalités et d’assurer la cohésion sociale, indispensable à une vie en collectivité.

Alors, aujourd’hui, j’apporte mon soutien aux élèves et aux familles qui sont la raison d’être de notre école et qui souvent estiment à juste titre qu’on ne fait pas assez pour cette école. Ils ont raison : les moyens alloués par la majorité de droite du Parlement font l’objet de manœuvres politiques insupportables et dangereuses.

Aujourd’hui, j’apporte mon soutien aux enseignantes et aux enseignants qui font un métier noble et qui estiment que les moyens manquent. Leur engagement au quotidien reste le plus prometteur des gages de réussite pour les élèves et leur avenir.

Aujourd’hui, j’affirme aussi ma volonté de répondre aux défis avec mobilisation, engagement et concertation. Nous devons nous appuyer sur les richesses de l’école, des services et des institutions de l’Etat (SSJ, SPMI, OMP, FASe, etc.), mais aussi sur les ressources de ses partenaires (associations professionnelles, GIAP, parents, proches, etc.).

D’une fondation cantonale pour la petite enfance à la réalisation du campus Biotech de l’Université de Genève et de l’EPFL, des apprentissages aux Hautes Ecoles Spécialisées, Genève sera fière de miser sur l’éducation et l’instruction, sur l’exigence comme sur l’ambition.

Je sais ce que je dois à l’école. D’origine modeste, je sais ce qu’elle m’a apporté pour me permettre de trouver une place dans la société et j’en suis fier.  Je sais que notre école est de qualité et pour notre école, il faut faire plus, qu’il faut faire mieux. Je sais qu’aujourd’hui l’école a connu d’importants changements ces dernières années et que de nombreux défis s’annoncent. Mais que cela soit dit, je ne me satisfais pas que l'on parle uniquement de l'école à l'occasion de la rentrée : il faut en parler maintenant au quotidien pour construire notre futur.

Je souhaite à toutes et à tous une belle année scolaire .

Thierry APOTHELOZ

12:36 Écrit par Thierry Apothéloz dans Ecole et formation | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

17/08/2013

Aubagne met l'art contemporain à la portée de toutes et de tous

Bien sûr, la gratuité des transports publics instaurée par le maire communiste d’Aubagne vaut à elle seule le déplacement. Mais c’est plutôt la curiosité artistique qui m’a poussé, il y a quelques jours, à me rendre dans cette petite ville des Bouches du Rhône.

C’est en effet là que se tenait le « Centre Pompidou Mobile » : le plus grand musée d’art contemporain d’Europe, sous l’impulsion de son président, a mis en œuvre depuis 2011 un projet d’exposition itinérante, qui va à la rencontre des habitant-e-s dans plusieurs villes de province. Aubagne était la sixième et dernière étape de ce périple, faute de moyens financiers pour poursuivre.

Le principe est simple, mais toujours efficace : donner à la population l’occasion de pouvoir contempler des œuvres d’art contemporain originales. L’entrée y est évidemment gratuite afin de permettre à tout un chacun de pouvoir admirer des artistes prestigieux (Kandinski, Léger, Seuphor). L’art contemporain s’invite, en toute simplicité, loin des cercles élitistes parisiens, au cœur de la population et des quartiers populaires.

Le concept donne des idées. Et si Genève accueillait une exposition de ce type ? Ou mieux encore : si elle mettait en avant son propre patrimoine culturel contemporain, en lien avec les communes genevoises, sous forme également d’exposition itinérante ?

Celui ou celle qui, dans le prochain Conseil d’Etat, héritera du domaine de la culture, devrait selon moi réfléchir sérieusement à ce genre d’initiative. Une belle occasion de promouvoir l’art de notre canton.

08:41 Écrit par Thierry Apothéloz dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook

06/08/2013

Arts urbains : l'exemple (réussi) de Lisbonne

Pour lutter contre les tags, la ville de Lisbonne a récemment mis en œuvre une politique culturelle originale et audacieuse.

La ville offre en effet à des artistes du monde entier des murs vides afin qu’ils puissent exprimer leur art. Lorsque l’artiste trouve un mur intéressant, il contacte la mairie, laquelle soutient ensuite la démarche et prend contact avec le propriétaire pour obtenir son accord. C’est à cette condition que l’œuvre d’art est réalisée.

Si les tags polluent souvent l’espace visuel de nos quartiers, les graphs, quant à eux, expriment un art rempli de couleurs et de messages. Ils ne sont pas de simples signatures, mais bien des œuvres d’art extraordinairement élaborées, destinées à embellir. Pas à souiller.

Que l’on n’aime ou non la pratique du graph, j’avoue que le résultat est très souvent réussi comme vous pourrez le voir sur les photos ci-dessous.

Supprimer les tags, les remplacer par une œuvre d’art, voilà une idée que nous pourrions instaurer dans notre canton dans une démarche artistique assumée et volontaire.

10:11 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook