03/06/2013

3 bonnes raisons de voter NON à la loi sur l'asile

Combien de révision sur la loi sur l’asile (LAsi) va-t-on encore nous proposer, alors même que  celle-ci est de plus en plus vidée de son contenu? De révision en révision, et invoquant la nécessité d’améliorer la loi fédérale, les mesures urgentes dissimulent  un véritable durcissement et un démantèlement de la politique sur l’asile. Loin d’apporter la protection aux personnes persécutées, les modifications proposées péjorent  les conditions d’accès à l’asile. La Suisse, terre d’accueil et de tradition humanitaire,  risque fort de ne plus pouvoir se prévaloir de ses qualités si la révision de la loi sur l’asile soumise au peuple le 9 juin est acceptée.

Aujourd’hui, il apparait clairement que la question de l’asile est devenue un enjeu majeur de campagne pour les partis. Ce sujet ne doit plus être laissé aux mains de la droite extrême.

Aujourd’hui, l’urgence n’est pas de proposer une énième révision de la LAsi mais bien de traiter le fond de la question, en convoquant vrai débat national réunissant l’ensemble des forces démocratiques.

Il en va de la responsabilité de nos dirigeants politiques de se pencher véritablement sur le sujet. Comme le souligne le communiqué de presse d’Amnesty International et l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés : « Une politique d’asile équitable, efficace et crédible n’est possible que si les politiques brisent le cercle vicieux des révisions  de la loi sur l’asile et des référendums lancés pour les contrer. »

Trois des principales modifications sont pour le moins édifiantes :

Le dépôt des requêtes via les ambassades est supprimé

Etre persécuté dans son pays signifie que la liberté et la protection de l’Etat ne sont plus assurées, que autorités locales (les postes de police) ne délivrent plus les documents officiels. Sans passeport ou carte d’identité les opposants sont alors amenés à demander l’asile à l’ambassade.

L’une des modifications de la LAsi prévoit de supprimer les demandes d’asile déposées  auprès des ambassades suisses.

Cette mesure serait désastreuse pour les prétendants à l’asile. La procédure actuelle, via les ambassades, représente le premier verrou auquel les requérants doivent faire face.  Elle est le garant d’un jugement rapide et efficace du personnel diplomatique sur place qui est le plus au fait de la situation du pays et du candidat à l’exil.  Si cette première analyse de la demande d’asile disparaît, les personnes persécutées dans leur pays seront davantage tentées par des voyages  au péril de leur vie sur des embarcations de fortune. Elles seront par ailleurs incitées à faire appel à des passeurs peu scrupuleux.

Cette mesure est loin de faire faire des économies à la Suisse. En cas de notification négative en Suisse, les coûts onéreux des renvois seront à la charge des autorités helvétiques.

Enfin, la suppression de cette méthode favoriserait, par ailleurs, les migrations illégales et économiques, alors qu’il conviendrait de la renforcer, en donnant aux ambassades davantage de moyens.

Création de centres spécifiques pour récalcitrants

La loi prévoit de regrouper dans des centres les requérants qui menacent la sécurité et l’ordre public.

Si l’objectif évident est d’extraire les perturbateurs et de les isoler,  le danger qui en découle, en les réunissant sur un même lieu, n’en est pas moins évident. La spécificité de ces centres va favoriser la délinquance et n’aura comme conséquence que l’amplification du problème.

D’autant que la loi n’explicite pas la notion de « récalcitrant ». Elle demeure  floue sur l’appréciation qui sera faite, laissant ainsi place à l’arbitraire. Elle n’apporte aucun éclaircissement quant aux  critères d’évaluation d’un requérant récalcitrant.

Qui décidera qu’un untel est récalcitrant ? Combien de temps vont-ils séjourner dans ces centres ? Quelles seront les conditions de séjour ? S’agira-t-il de centres ouverts ou  fermés. Dans le cas de centres fermés cela implique un emprisonnement  sans décision judiciaire ?

Il convient avant tout de souligner que la loi sur l’asile n’a pas pour vocation à répondre au problème de la délinquance. En cas de délit, il existe un code pénal qui doit s’appliquer à tous. La LAsi n’est pas non plus un outil qui sert à régir la politique migratoire, encadrée par la loi fédérale sur les étrangers.

La LAsi ne doit pas être détournée de  sa mission initiale qui est de préserver la dignité humaine et de  protéger les requérants à l’asile.

En revanche, il faut s’interroger sur les conditions de vie des demandeurs d’asile et pourquoi une minorité d’entre eux bascule dans la délinquance. Les procédures souvent trop longues (en moyenne trois à quatre ans pour obtenir une notification), la promiscuité dans les centres, le manque de perspective et l’oisiveté favorisent le développement des comportements de type délictueux.  Les autorités devraient davantage tenir compte de ces problèmes et les établir comme priorités majeures.

Suppression de la désertion ou le refus de servir comme motif d’asile

La désertion est un processus complexe. Elle est le produit d’une conviction idéologique, en cela elle s’apparente à une démarche politique. Supprimer la désertion comme motif d’asile revient, par exemple, à condamner les opposants au régime syrien de Bachar El Assad qui refuseraient de servir dans son armée.

En réalité, cette mesure vise, pour l’instant, essentiellement à limiter les requérants d’asile érythréens qui désertent une armée qui souvent  les discriminent, les internent en raison de leur religion ou de leur provenance. En cas de refus de servir l’armée, les Erythréens subissent les pires atrocités : camps de travail, torture, viol et exécution. Pour les Erythréens, la désertion constitue l’un des rares moyens pour s’opposer au pouvoir en place.

En conclusion, il apparait clairement qu’il convient de cesser les révisions constantes de la loi sur l’asile, d’introduire des mesures toujours plus restrictives, mais définir une politique respectueuse des droits humains. La Suisse doit être en mesure de garantir la protection des personnes persécutées dans leur pays. Or, ce n’est pas précisément l’orientation prise par le Conseil fédéral puisqu’il s’octroie la possibilité de mettre en place des « phases de procédures test ». Une  nouvelle réglementation qui permettrait de se passer de l’aval du parlement.

Aujourd’hui, les autorités auraient plus intérêt à réfléchir à une procédure courte et simplifiée pour les cas simples et à un accompagnement dans la formation et l’occupation des demandeurs d’asile, notamment en participant à des travaux d’utilité publique. Ainsi l’intégration des requérants ayant obtenu le statut de réfugié serait facilitée et permettrait aux requérants déboutés un retour au pays, dans la dignité.

En attente de décision, laisser pendant une durée qui peut atteindre plusieurs années, des jeunes gens sans activités est un non sens.

Selon Amnesty International, « les expériences avec des projets de retour dans le cadre du dialogue sur la migration Suisse-Nigéria sont réjouissantes. 90% des requérants d’asile déboutés ont pu profiter et rentrer au Nigéria dans le cadre de ces projets. »

Pour toutes ces raisons je refuse ces mesures urgentes et j’appelle mes concitoyens et concitoyennes à voter NON le 9 juin.

07:24 Écrit par Thierry Apothéloz dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

27/05/2013

Faciliter la qualification des jeunes: un enjeu stratégique pour les communes genevoises

Synthèse de mon intervention au Forum Vision3[1] de l’OFPC le 16 avril 2013

«Penser global, agir local», telle est la devise de Thierry Apothéloz, vice-président de l’Association des communes genevoises.

Penser global, c’est d’abord rappeler qu’une formation professionnelle achevée est un rempart solide contre la pauvreté, le chômage et la précarité.

A Genève, en 2012, 1935 jeunes adultes étaient inscrits à l’aide sociale. 71% d’entre eux n’avaient achevé que leur scolarité obligatoire. On estime qu’actuellement 800 à 1200 jeunes sont en rupture totale.

Penser global, c’est affirmer des priorités politiques pour combattre l’échec scolaire et promouvoir l’engagement des partenaires sociaux pour la formation professionnelle (priorités 2 et 4 du DIP). C’est définir une politique de cohésion sociale.

Agir local, c’est mettre en œuvre des dispositifs visant l’insertion professionnelle.

Depuis 2000, les communes genevoises ont développé huit structures d’insertion professionnelle dont «Objectif emploi [Meyrin]», «Cap emploi de l’OSEO [Bernex]», «Projet emploi jeune [Carouge]», «Délégation à l’emploi [Vernier], « VIA [Ville de Genève]». Thierry Apothéloz a relevé l’importance de l’information, notamment scolaire et professionnelle, face à la complexité des filières de formation. De l’orientation aussi, qui offre un accompagnement personnalisé et spécifique aux personnes en recherche d’un emploi ou d’une requalification professionnelle.

La proximité du réseau d’acteurs sociaux et professionnels sur les territoires communaux joue un rôle clé dans le succès de ces dispositifs. Elle facilite l’organisation de stages ou le travail sur des chantiers d’utilité collective.

Penser global, agir local, c’est enfin partager une volonté politique entre les communes et le canton. C’est surtout l’occasion d’inviter les communes et le canton à de nouveaux équilibres. Aujourd’hui, les communes genevoises participent à un réel pilotage de l’insertion professionnelle.

24/05/2013

Valorisons l'apprentissage !

A Genève, on préfère généralement les études généralistes à l’apprentissage. C’est oublier que le format d’apprentissage en dual Suisse comprend trois jours en entreprise et deux jours en école ce qui suppose des aptitudes scolaires nécessaires à l’obtention du CFC. En Suisse alémanique, 91.5% des jeunes entament une formation en entreprise à l’issue de leur scolarité obligatoire. Pour la Romandie, cette proportion atteint à peine 75%. A Genève, la majorité préfère opter pour une formation secondaire au collège, à l’Ecole de commerce ou à l’Ecole de culture générale. L’apprentissage offre pourtant de réelles perspectives professionnelles, dans un canton où l’emploi dans le secteur tertiaire représente 85% du tissu économique. Or, du fait que les échecs scolaires dans les premières années du post-obligatoire se multiplient, créant en cela des situations de rupture dramatiques (près de 1200 jeunes en sont victimes dans notre canton), valoriser les filières de l’apprentissage me semble être aujourd’hui une véritable priorité pour notre système de formation.

Un tissu économique demandeur

Aujourd’hui, seul 3% des jeunes entrent en apprentissage dès la fin du cycle d’orientation. L’âge moyen d‘entrée en formation est en effet de plus de 18 ans, alors qu’il était à 16 ans, il y a de cela une vingtaine d’années. Les classes passerelles s’en retrouvent surchargées et les problèmes d’orientation des jeunes s’amplifient avec, comme je l’ai dit, des situations de rupture à un âge de la vie où les choix d’avenir sont cruciaux et détermineront pour beaucoup la suite du parcours professionnel des jeunes concernés.

Ces échecs scolaires sont problématiques pour au moins deux raisons : premièrement, ils ont un impact certain sur le moral et la confiance en soi des jeunes qui y sont confrontés, rendant les reprises de formation souvent problématiques. Le développement de structures permettant l’insertion et le suivi des jeunes en rupture est en augmentation, signe d’une société axée sur la réparation et non sur la remise en cause du système et sur l’inventivité. La crainte d’un échec à venir est paralysante et beaucoup de jeunes vivent très mal cette situation. Deuxièmement, le calendrier scolaire est mal adapté aux phénomènes de rupture, dans la mesure où, si celle-ci intervient en début de cursus, il faut attendre une année avant de pouvoir renouer avec un nouveau cycle de formation. Les structures d’insertion, d’occupation ou de formation, fortement sollicitées sont principalement communales et visent parfois à corriger un défaut d’orientation. Elles visent à maintenir le contact des jeunes  et leur permettre de recommencer avec motivation un processus formateur l’année suivante Le lien avec les services de l’Office de formation professionnelle et continue (le groupe de suivi individuel, Tremplin-Jeunes entre autres) ou la Coordination et l’organisation du suivi individualisé (COSI) du service de la scolarité du postobligatoire est également précieux dans cet objectif de reprise de formation. Sans cela, se développe un état d’abandon pour compte, qui voit des jeunes errer sans objectifs clairs, en attendant une rentrée scolaire qui interviendra parfois dans plusieurs mois. Les risques de désocialisation, dans ce genre de situation, sont nombreux et ont de lourdes conséquences sur la suite du parcours des jeunes qui doivent y faire face. Le constat est amer; malgré l’importance du système d’insertion, un nombre important de jeunes se trouvent en rupture chaque année.

Comment faire face ?

L’apprentissage doit être valorisé, c’est indéniable. Pour cela, plusieurs mesures devraient être prises.

Premièrement, il s’agit pour moi d’augmenter les offres d’attestations de formation professionnelles (AFP), qui sont d’excellents tremplins pour réussir à rattraper le train de l’apprentissage, notamment pour les jeunes qui ont des difficultés scolaires.

Il s’agit ensuite de développer les formations de type « assistant socio-éducatif » ou « d’assistant en soin et santé communautaire » pour le domaine de la santé, car les besoins sont nombreux dans ces domaines. Ces formations permettent l’accès aux Hautes Ecoles Supérieures (HES), par le biais d’une maturité professionnelle post-CFC. Raison de plus pour valoriser l’apprentissage dans un domaine qui aujourd’hui attire bon nombre de jeunes.

En outre, revaloriser l’apprentissage, c’est aussi reconnaître à ce type de parcours la solidité de son caractère formateur. Par un système de passerelles facilité et par une meilleure validation des acquis, l’apprentissage devrait aujourd’hui permettre, pour ceux qui sont motivés, d’accéder par la suite à des formations de type supérieures ou tertiaires.

 

Enfin, pour lutter spécifiquement contre les ruptures de parcours, instaurer à Genève une seconde rentrée scolaire au postobligatoire est une idée à creuser, afin que ceux qui connaissent des parcours parfois chaotiques, puissent rapidement réintégrer les cursus formateurs afin d’éviter les situations de rupture dont on connait les conséquences. J’y reviendrai dans un prochain article.

La formation pour tous

La formation est le premier des remparts contre la précarité. Posséder un parcours qualifié permet d’affronter plus solidement les difficultés d’un marché du travail toujours plus exigeant et concurrentiel. Les idées ne manquent pas, mais elles ne pourront se concrétiser qu’avec un partenariat social fort entre les syndicats, les employeurs et le Canton. Ce partenariat existe, certes, mais il s’agit aujourd’hui de le renforcer intelligemment, afin que le dynamisme de notre tissu économique puisse apporter les réponses nécessaires à notre système de formation et offrir, je l’espère, à chacun, la possibilité de bénéficier d’une formation certifiante et de qualité.

 

17:04 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Ecole et formation | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

17/05/2013

La sécurité des enfants doit primer

Selon l’OCDE, la Suisse figure parmi les dernières places en matière d’efforts pour la petite enfance. Une dynamique de renforcement n’est – hélas – vue par certains partis que comme des dépenses supplémentaires.

A Genève, comme ailleurs, la petite enfance coûte cher. Mais le retour sur investissement est avantageux. Des études suisses ont démontré que chaque franc investi en petite enfance en rapporte trois à l’économie, puisque, notamment, elle permet aux femmes de travailler, de consommer et de participer à l’effort fiscal.

Au-delà de l’aspect économique, notre politique de prise en charge permet de préparer les enfants au long apprentissage de la vie. Elle améliore également notablement les chances de l’enfant dans sa formation et permet d’atténuer les différences sociales. Dans la lutte contre les inégalités, la petite enfance joue un rôle majeur. Un accueil de qualité permet à un enfant, lorsque les moyens sont attribués, de rattraper un déficit d’apprentissage, le préparant ainsi au mieux à sa scolarité future. Une crèche avec un encadrement adéquat est donc un atout pour le futur de nos enfants.

Plus qu’ailleurs, le secteur de la petite enfance demande des mesures de sécurité drastiques. On ne plaisante pas avec la sécurité des enfants en bas âges ; on n’économise pas des bouts de chandelle. Pourtant, diminuer ces mesures de sécurité, c’est exactement ce que veulent faire prochainement l’UDC, le MCG et le PLR, par une révision de la loi sur les structures d’accueil (J 6 29) : augmenter de 30% le nombre d’enfants par adulte ! En comparaison romande de la prise en charge des 3-4 ans, cette décision est inique. Fribourg, Jura, Neuchâtel, Valais prévoit 1 adulte pour 8 enfants. A Genève, Berne et Vaud, c’est 1 adulte pour 10 enfants. Demain, il est envisagé qu’un adulte s’occupe de 13 enfants de 3-4 ans et de 10 enfants de 2-3 ans.

Imaginons les effets concrets dans un groupe actuels composé de deux adultes (formés ou non) et de 20 enfants. Si un éducateur s’occupe d’un enfant qui s’est écorché un genou ou qu’il réponde à la question d’un parent, le second gère le reste du groupe, soit 26 enfants. Même à l’école enfantine, un enseignant ne gère pas autant d’enfants dans sa classe. Et on veut nous faire croire que, dans la petite enfance, cela est possible sans risque majeur ?

Je me demande quelle sera la réaction des partis qui soutiennent ce projet le jour où l’un de nos enfants aura un accident par manque d’encadrement. Par la faute des incendiaires de la République, cette proposition péjore durablement la vie des enfants. Il semble que pour certains partis nos enfants valent moins que ce qu’ils coûtent. Je m’oppose à cette vision avec fermeté.

 

Thierry APOTHELOZ, Conseiller administratif Vernier, en charge de la petite enfance, candidat au Conseil d’Etat.

Article paru dans la Tribune de Genève - 16 mai 2013 - Rubrique "Face à face"

08:38 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook

29/04/2013

Explosion du nombre de jeunes à l’aide sociale à Genève : des réponses existent

Le 28 mars dernier, le Courrier faisait état de l’inquiétante explosion du nombre de jeunes bénéficiant de l’assistance publique[1]. Ils étaient en effet près de 2'000 en 2012, contre 1'600 l’année précédente. Conséquence directe de la nouvelle loi sur l’assurance-chômage – qui pénalise directement les jeunes – cette situation plus que préoccupante n’est pourtant pas une fatalité. Des solutions existent pour sortir notre jeunesse de la précarité. Encore faut-il s’en donner les moyens.

 

Les bonnes intentions de l’Hospice général

L’Hospice général, qui a la charge de venir en aide à ces jeunes, a fait rapidement face en renforçant son équipe d’éducateurs spécialisés et en revoyant le fonctionnement de « Point Jeunes » (ex-InforJeunes), le dispositif spécialisé dans l’intervention et l’accompagnement social des jeunes adultes. Si la volonté de bien faire est à saluer, les efforts consentis à Genève sont encore loin d’être suffisants. Ce dispositif devrait être renforcé plus encore pour améliorer le suivi. Cependant, renforcer le dispositif d’insertion est insuffisant. En effet, on s’attaque d’abord aux effets. Or, pour régler le problème de la précarisation des jeunes, il faut avant tout s’attaquer aux causes de celle-ci. Plusieurs solutions existent, dont le coût sera toujours, au final, inférieur à ce que coûte un jeune à l’aide sociale.

 

Pour une approche globale de la précarité des jeunes

La question de la précarisation des jeunes est avant tout une question liée à l’insertion professionnelle, et à la qualification. Nombre de places d’apprentissage insuffisantes et/ou inadaptées, marché du travail toujours plus tendu et concurrentiel pour un premier emploi, déficit du dispositif d’accompagnement et d’orientation. Après l’école obligatoire, à 15 ans, les jeunes sont pour ainsi dire souvent désorientés et parfois livrés eux-mêmes, dans le complexe système de formation scolaire ou professionnel proposé par notre société. Dès lors, les ruptures de parcours prennent des dimensions dramatiques : un jeune qui quitte l’école ou une formation en cours a peu de chances de rattraper le train en marche si on ne lui offre pas l’encadrement nécessaire pour l’aider et le motiver au mieux. En ceci, le dispositif « EQIP » mis récemment en place par le canton, et qui vise à une centralisation des données sur la jeunesse en rupture, est une excellente chose, mais il faut voir plus loin : l’ensemble des structures spécialisées dans l’insertion des jeunes doivent aujourd’hui impérativement travailler de concert. Seule une prise en charge coordonnée des jeunes en rupture peut nous permettre aujourd’hui d’arriver à des résultats probants.

Mais cela ne réglera pas le problème. Il faut aussi que les pouvoirs publics se montrent plus volontaristes et promeuvent activement les places d’apprentissage, que ce soit dans le secteur public ou le secteur privé. Le Parti socialiste genevois a d’ailleurs lancé une initiative sur ce sujet, laquelle a été acceptée dans plusieurs communes genevoises. La ville d’Onex a mis en œuvre un programme financier pro-actif. Le Conseil municipal de la ville de Genève l’a accepté telle quelle en septembre dernier. Mais là non plus, cela ne suffit pas. Il s’agit aujourd’hui pour notre canton de mettre en œuvre un réel partenariat économique avec les entreprises de notre canton : favoriser les contacts avec ces entreprises, notamment les PME – qui constituent 90% de notre tissu économique – leur apporter aide et soutien dans le recrutement et le suivi des jeunes, voilà une solution qui porte ses fruits. A Vernier, le partenariat que nous avons instauré avec IKEA récemment – par un recrutement conjoint de nouveaux apprentis par le biais des services communaux – montre, si besoin est, le potentiel énorme que ce type de démarche peut avoir sur l’insertion des jeunes. Depuis, d’autres entreprises sises à Vernier s’intéressent à conclure de telles collaborations.

 

Des pistes à explorer, avec une vraie volonté politique 

Il s’agit-là, bien sûr, de quelques pistes parmi d’autres. Elles ne sont, de loin, pas les seules. Mais elles font toutes appel à empoigner le problème de la précarisation des jeunes par une prise en compte globale de ses causes. Pour cela, il faut véritablement mettre en place aujourd’hui une politique de formation cohérente et coordonnée, permettant aux jeunes de s’y retrouver, de bénéficier d’opportunités de formation concrètes et de pouvoir commencer leur vie d’adultes dans des conditions saines et dignes. Certes, la nouvelle Constitution genevoise prévoit la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Mais sans mesures d’accompagnement concrètes, sans un encadrement adéquat et motivant, il est fort à parier que cela restera un vœu pieu.

Il est temps de miser sur notre jeunesse. Elle est notre avenir et a aujourd’hui, plus que jamais, besoin que les politiques trouvent des solutions à ses problèmes d’insertion professionnelle. A Vernier, c’est ce que nous avons fait. En matière de suivi, d’accompagnement et d’insertion professionnelle, notre commune est souvent citée en exemple dans la qualité des prestations fournies à la jeunesse. Celles et ceux qui connaissent mon parcours le savent bien : la jeunesse sera l’une de mes priorités si je suis élu au Conseil d’Etat.

09:09 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook