27/05/2013

Faciliter la qualification des jeunes: un enjeu stratégique pour les communes genevoises

Synthèse de mon intervention au Forum Vision3[1] de l’OFPC le 16 avril 2013

«Penser global, agir local», telle est la devise de Thierry Apothéloz, vice-président de l’Association des communes genevoises.

Penser global, c’est d’abord rappeler qu’une formation professionnelle achevée est un rempart solide contre la pauvreté, le chômage et la précarité.

A Genève, en 2012, 1935 jeunes adultes étaient inscrits à l’aide sociale. 71% d’entre eux n’avaient achevé que leur scolarité obligatoire. On estime qu’actuellement 800 à 1200 jeunes sont en rupture totale.

Penser global, c’est affirmer des priorités politiques pour combattre l’échec scolaire et promouvoir l’engagement des partenaires sociaux pour la formation professionnelle (priorités 2 et 4 du DIP). C’est définir une politique de cohésion sociale.

Agir local, c’est mettre en œuvre des dispositifs visant l’insertion professionnelle.

Depuis 2000, les communes genevoises ont développé huit structures d’insertion professionnelle dont «Objectif emploi [Meyrin]», «Cap emploi de l’OSEO [Bernex]», «Projet emploi jeune [Carouge]», «Délégation à l’emploi [Vernier], « VIA [Ville de Genève]». Thierry Apothéloz a relevé l’importance de l’information, notamment scolaire et professionnelle, face à la complexité des filières de formation. De l’orientation aussi, qui offre un accompagnement personnalisé et spécifique aux personnes en recherche d’un emploi ou d’une requalification professionnelle.

La proximité du réseau d’acteurs sociaux et professionnels sur les territoires communaux joue un rôle clé dans le succès de ces dispositifs. Elle facilite l’organisation de stages ou le travail sur des chantiers d’utilité collective.

Penser global, agir local, c’est enfin partager une volonté politique entre les communes et le canton. C’est surtout l’occasion d’inviter les communes et le canton à de nouveaux équilibres. Aujourd’hui, les communes genevoises participent à un réel pilotage de l’insertion professionnelle.

24/05/2013

Valorisons l'apprentissage !

A Genève, on préfère généralement les études généralistes à l’apprentissage. C’est oublier que le format d’apprentissage en dual Suisse comprend trois jours en entreprise et deux jours en école ce qui suppose des aptitudes scolaires nécessaires à l’obtention du CFC. En Suisse alémanique, 91.5% des jeunes entament une formation en entreprise à l’issue de leur scolarité obligatoire. Pour la Romandie, cette proportion atteint à peine 75%. A Genève, la majorité préfère opter pour une formation secondaire au collège, à l’Ecole de commerce ou à l’Ecole de culture générale. L’apprentissage offre pourtant de réelles perspectives professionnelles, dans un canton où l’emploi dans le secteur tertiaire représente 85% du tissu économique. Or, du fait que les échecs scolaires dans les premières années du post-obligatoire se multiplient, créant en cela des situations de rupture dramatiques (près de 1200 jeunes en sont victimes dans notre canton), valoriser les filières de l’apprentissage me semble être aujourd’hui une véritable priorité pour notre système de formation.

Un tissu économique demandeur

Aujourd’hui, seul 3% des jeunes entrent en apprentissage dès la fin du cycle d’orientation. L’âge moyen d‘entrée en formation est en effet de plus de 18 ans, alors qu’il était à 16 ans, il y a de cela une vingtaine d’années. Les classes passerelles s’en retrouvent surchargées et les problèmes d’orientation des jeunes s’amplifient avec, comme je l’ai dit, des situations de rupture à un âge de la vie où les choix d’avenir sont cruciaux et détermineront pour beaucoup la suite du parcours professionnel des jeunes concernés.

Ces échecs scolaires sont problématiques pour au moins deux raisons : premièrement, ils ont un impact certain sur le moral et la confiance en soi des jeunes qui y sont confrontés, rendant les reprises de formation souvent problématiques. Le développement de structures permettant l’insertion et le suivi des jeunes en rupture est en augmentation, signe d’une société axée sur la réparation et non sur la remise en cause du système et sur l’inventivité. La crainte d’un échec à venir est paralysante et beaucoup de jeunes vivent très mal cette situation. Deuxièmement, le calendrier scolaire est mal adapté aux phénomènes de rupture, dans la mesure où, si celle-ci intervient en début de cursus, il faut attendre une année avant de pouvoir renouer avec un nouveau cycle de formation. Les structures d’insertion, d’occupation ou de formation, fortement sollicitées sont principalement communales et visent parfois à corriger un défaut d’orientation. Elles visent à maintenir le contact des jeunes  et leur permettre de recommencer avec motivation un processus formateur l’année suivante Le lien avec les services de l’Office de formation professionnelle et continue (le groupe de suivi individuel, Tremplin-Jeunes entre autres) ou la Coordination et l’organisation du suivi individualisé (COSI) du service de la scolarité du postobligatoire est également précieux dans cet objectif de reprise de formation. Sans cela, se développe un état d’abandon pour compte, qui voit des jeunes errer sans objectifs clairs, en attendant une rentrée scolaire qui interviendra parfois dans plusieurs mois. Les risques de désocialisation, dans ce genre de situation, sont nombreux et ont de lourdes conséquences sur la suite du parcours des jeunes qui doivent y faire face. Le constat est amer; malgré l’importance du système d’insertion, un nombre important de jeunes se trouvent en rupture chaque année.

Comment faire face ?

L’apprentissage doit être valorisé, c’est indéniable. Pour cela, plusieurs mesures devraient être prises.

Premièrement, il s’agit pour moi d’augmenter les offres d’attestations de formation professionnelles (AFP), qui sont d’excellents tremplins pour réussir à rattraper le train de l’apprentissage, notamment pour les jeunes qui ont des difficultés scolaires.

Il s’agit ensuite de développer les formations de type « assistant socio-éducatif » ou « d’assistant en soin et santé communautaire » pour le domaine de la santé, car les besoins sont nombreux dans ces domaines. Ces formations permettent l’accès aux Hautes Ecoles Supérieures (HES), par le biais d’une maturité professionnelle post-CFC. Raison de plus pour valoriser l’apprentissage dans un domaine qui aujourd’hui attire bon nombre de jeunes.

En outre, revaloriser l’apprentissage, c’est aussi reconnaître à ce type de parcours la solidité de son caractère formateur. Par un système de passerelles facilité et par une meilleure validation des acquis, l’apprentissage devrait aujourd’hui permettre, pour ceux qui sont motivés, d’accéder par la suite à des formations de type supérieures ou tertiaires.

 

Enfin, pour lutter spécifiquement contre les ruptures de parcours, instaurer à Genève une seconde rentrée scolaire au postobligatoire est une idée à creuser, afin que ceux qui connaissent des parcours parfois chaotiques, puissent rapidement réintégrer les cursus formateurs afin d’éviter les situations de rupture dont on connait les conséquences. J’y reviendrai dans un prochain article.

La formation pour tous

La formation est le premier des remparts contre la précarité. Posséder un parcours qualifié permet d’affronter plus solidement les difficultés d’un marché du travail toujours plus exigeant et concurrentiel. Les idées ne manquent pas, mais elles ne pourront se concrétiser qu’avec un partenariat social fort entre les syndicats, les employeurs et le Canton. Ce partenariat existe, certes, mais il s’agit aujourd’hui de le renforcer intelligemment, afin que le dynamisme de notre tissu économique puisse apporter les réponses nécessaires à notre système de formation et offrir, je l’espère, à chacun, la possibilité de bénéficier d’une formation certifiante et de qualité.

 

17:04 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Ecole et formation | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

17/05/2013

La sécurité des enfants doit primer

Selon l’OCDE, la Suisse figure parmi les dernières places en matière d’efforts pour la petite enfance. Une dynamique de renforcement n’est – hélas – vue par certains partis que comme des dépenses supplémentaires.

A Genève, comme ailleurs, la petite enfance coûte cher. Mais le retour sur investissement est avantageux. Des études suisses ont démontré que chaque franc investi en petite enfance en rapporte trois à l’économie, puisque, notamment, elle permet aux femmes de travailler, de consommer et de participer à l’effort fiscal.

Au-delà de l’aspect économique, notre politique de prise en charge permet de préparer les enfants au long apprentissage de la vie. Elle améliore également notablement les chances de l’enfant dans sa formation et permet d’atténuer les différences sociales. Dans la lutte contre les inégalités, la petite enfance joue un rôle majeur. Un accueil de qualité permet à un enfant, lorsque les moyens sont attribués, de rattraper un déficit d’apprentissage, le préparant ainsi au mieux à sa scolarité future. Une crèche avec un encadrement adéquat est donc un atout pour le futur de nos enfants.

Plus qu’ailleurs, le secteur de la petite enfance demande des mesures de sécurité drastiques. On ne plaisante pas avec la sécurité des enfants en bas âges ; on n’économise pas des bouts de chandelle. Pourtant, diminuer ces mesures de sécurité, c’est exactement ce que veulent faire prochainement l’UDC, le MCG et le PLR, par une révision de la loi sur les structures d’accueil (J 6 29) : augmenter de 30% le nombre d’enfants par adulte ! En comparaison romande de la prise en charge des 3-4 ans, cette décision est inique. Fribourg, Jura, Neuchâtel, Valais prévoit 1 adulte pour 8 enfants. A Genève, Berne et Vaud, c’est 1 adulte pour 10 enfants. Demain, il est envisagé qu’un adulte s’occupe de 13 enfants de 3-4 ans et de 10 enfants de 2-3 ans.

Imaginons les effets concrets dans un groupe actuels composé de deux adultes (formés ou non) et de 20 enfants. Si un éducateur s’occupe d’un enfant qui s’est écorché un genou ou qu’il réponde à la question d’un parent, le second gère le reste du groupe, soit 26 enfants. Même à l’école enfantine, un enseignant ne gère pas autant d’enfants dans sa classe. Et on veut nous faire croire que, dans la petite enfance, cela est possible sans risque majeur ?

Je me demande quelle sera la réaction des partis qui soutiennent ce projet le jour où l’un de nos enfants aura un accident par manque d’encadrement. Par la faute des incendiaires de la République, cette proposition péjore durablement la vie des enfants. Il semble que pour certains partis nos enfants valent moins que ce qu’ils coûtent. Je m’oppose à cette vision avec fermeté.

 

Thierry APOTHELOZ, Conseiller administratif Vernier, en charge de la petite enfance, candidat au Conseil d’Etat.

Article paru dans la Tribune de Genève - 16 mai 2013 - Rubrique "Face à face"

08:38 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook

29/04/2013

Explosion du nombre de jeunes à l’aide sociale à Genève : des réponses existent

Le 28 mars dernier, le Courrier faisait état de l’inquiétante explosion du nombre de jeunes bénéficiant de l’assistance publique[1]. Ils étaient en effet près de 2'000 en 2012, contre 1'600 l’année précédente. Conséquence directe de la nouvelle loi sur l’assurance-chômage – qui pénalise directement les jeunes – cette situation plus que préoccupante n’est pourtant pas une fatalité. Des solutions existent pour sortir notre jeunesse de la précarité. Encore faut-il s’en donner les moyens.

 

Les bonnes intentions de l’Hospice général

L’Hospice général, qui a la charge de venir en aide à ces jeunes, a fait rapidement face en renforçant son équipe d’éducateurs spécialisés et en revoyant le fonctionnement de « Point Jeunes » (ex-InforJeunes), le dispositif spécialisé dans l’intervention et l’accompagnement social des jeunes adultes. Si la volonté de bien faire est à saluer, les efforts consentis à Genève sont encore loin d’être suffisants. Ce dispositif devrait être renforcé plus encore pour améliorer le suivi. Cependant, renforcer le dispositif d’insertion est insuffisant. En effet, on s’attaque d’abord aux effets. Or, pour régler le problème de la précarisation des jeunes, il faut avant tout s’attaquer aux causes de celle-ci. Plusieurs solutions existent, dont le coût sera toujours, au final, inférieur à ce que coûte un jeune à l’aide sociale.

 

Pour une approche globale de la précarité des jeunes

La question de la précarisation des jeunes est avant tout une question liée à l’insertion professionnelle, et à la qualification. Nombre de places d’apprentissage insuffisantes et/ou inadaptées, marché du travail toujours plus tendu et concurrentiel pour un premier emploi, déficit du dispositif d’accompagnement et d’orientation. Après l’école obligatoire, à 15 ans, les jeunes sont pour ainsi dire souvent désorientés et parfois livrés eux-mêmes, dans le complexe système de formation scolaire ou professionnel proposé par notre société. Dès lors, les ruptures de parcours prennent des dimensions dramatiques : un jeune qui quitte l’école ou une formation en cours a peu de chances de rattraper le train en marche si on ne lui offre pas l’encadrement nécessaire pour l’aider et le motiver au mieux. En ceci, le dispositif « EQIP » mis récemment en place par le canton, et qui vise à une centralisation des données sur la jeunesse en rupture, est une excellente chose, mais il faut voir plus loin : l’ensemble des structures spécialisées dans l’insertion des jeunes doivent aujourd’hui impérativement travailler de concert. Seule une prise en charge coordonnée des jeunes en rupture peut nous permettre aujourd’hui d’arriver à des résultats probants.

Mais cela ne réglera pas le problème. Il faut aussi que les pouvoirs publics se montrent plus volontaristes et promeuvent activement les places d’apprentissage, que ce soit dans le secteur public ou le secteur privé. Le Parti socialiste genevois a d’ailleurs lancé une initiative sur ce sujet, laquelle a été acceptée dans plusieurs communes genevoises. La ville d’Onex a mis en œuvre un programme financier pro-actif. Le Conseil municipal de la ville de Genève l’a accepté telle quelle en septembre dernier. Mais là non plus, cela ne suffit pas. Il s’agit aujourd’hui pour notre canton de mettre en œuvre un réel partenariat économique avec les entreprises de notre canton : favoriser les contacts avec ces entreprises, notamment les PME – qui constituent 90% de notre tissu économique – leur apporter aide et soutien dans le recrutement et le suivi des jeunes, voilà une solution qui porte ses fruits. A Vernier, le partenariat que nous avons instauré avec IKEA récemment – par un recrutement conjoint de nouveaux apprentis par le biais des services communaux – montre, si besoin est, le potentiel énorme que ce type de démarche peut avoir sur l’insertion des jeunes. Depuis, d’autres entreprises sises à Vernier s’intéressent à conclure de telles collaborations.

 

Des pistes à explorer, avec une vraie volonté politique 

Il s’agit-là, bien sûr, de quelques pistes parmi d’autres. Elles ne sont, de loin, pas les seules. Mais elles font toutes appel à empoigner le problème de la précarisation des jeunes par une prise en compte globale de ses causes. Pour cela, il faut véritablement mettre en place aujourd’hui une politique de formation cohérente et coordonnée, permettant aux jeunes de s’y retrouver, de bénéficier d’opportunités de formation concrètes et de pouvoir commencer leur vie d’adultes dans des conditions saines et dignes. Certes, la nouvelle Constitution genevoise prévoit la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. Mais sans mesures d’accompagnement concrètes, sans un encadrement adéquat et motivant, il est fort à parier que cela restera un vœu pieu.

Il est temps de miser sur notre jeunesse. Elle est notre avenir et a aujourd’hui, plus que jamais, besoin que les politiques trouvent des solutions à ses problèmes d’insertion professionnelle. A Vernier, c’est ce que nous avons fait. En matière de suivi, d’accompagnement et d’insertion professionnelle, notre commune est souvent citée en exemple dans la qualité des prestations fournies à la jeunesse. Celles et ceux qui connaissent mon parcours le savent bien : la jeunesse sera l’une de mes priorités si je suis élu au Conseil d’Etat.

09:09 Écrit par Thierry Apothéloz dans Action sociale & emploi, Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

14/04/2013

Yom Hashoah. Les flambeaux de la mémoire.

Ce lundi 8 avril, un ami m’a proposé de l’accompagner à la soirée de commémoration de la Shoah à la salle des fêtes de Carouge. La thématique de cette année, celle de l’hommage aux 1,5 million d’enfants massacrés par la barbarie nazie, était particulièrement émouvante. Célébrant également les 70 ans du soulèvement du ghetto de Varsovie, cette cérémonie m’a beaucoup touché mais m’a aussi donné foi dans notre avenir, et dans l’espoir d’un futur sans haine, fraternel et tolérant. On le sait pourtant bien : sans passé, il n’y a pas d’avenir. Et des manifestations publiques telles que Yom Hashoah sont fondamentalement nécessaires. En fait, elles sont indispensables.

 

J’ai été touché par la présence de ces enfants et adolescents qui ont récité des textes bouleversants, en souvenir de ces autres enfants, qu’ils n’ont bien sûr pas connus, mais avec qui ils partageaient, en pensée, la douloureuse tragédie. 

 

J’ai été touché par le témoignage poignant d’Ida Grinspan, déportée à l’âge de 14 ans et rescapée de l’horreur des camps, dont les mots, tellement justes, racontaient l’indicible et le cauchemar d’Auschwitz. 

 

J’ai été touché, surtout, au moment de la récitation du Kaddish, par la force d’une communauté vivante, animée par la flamme du souvenir, dans le recueillement. 

 

Il y a de cela 20 ans, alors jeune étudiant à l’école de commerce, j’avais organisé, en collaboration avec mon amie Claire Luchetta-Rentchnik (alors présidente de la LICRA), une rencontre avec Henry Bulwako, rescapé des camps. Je me souviens de ses mots : « vous êtes les flambeaux de la mémoire », adressés aux 300 jeunes collégiens qui assistaient à cette rencontre. Henry, aujourd’hui hélas disparu, était venu témoigner de l’Histoire. Mais surtout, il était venu nous parler de l’avenir. Il n’était pas venu nous raconter l’horreur, mais était venu nous demander l’espoir.

 

Cet espoir, je l’ai retrouvé dans les yeux des enfants qui, lundi soir, ont récité des textes emprunts de force et de vérité, pour que, jamais, ne s’éteignent les flambeaux de la mémoire si chers à mon ami Henry Bulwako.

 

Car, au fil du temps qui passe, le risque de l’oubli est réel. Les survivants disparaissent les uns après les autres, et loin de la force de leurs témoignages, il ne restera bientôt plus que leurs écrits et leurs images. Mais nous aurons perdu leur parole, leur contact, le réel de l’indicible tragédie. La Shoah n’aura plus de témoins directs, et si nous-mêmes, les nouvelles générations qui ont connu les survivants, ne perpétuons par les flambeaux de la mémoire, l’Histoire se figera dans le passé. Avec le risque de l’oubli. Et avec l’oubli viendront la relativisation et la banalisation. N’entend-on pas encore aujourd’hui des voix qui nient la réalité de l’horreur ? Faisons les taire, en cultivant, avec ferveur, le souvenir.

 

Car, et je pèse mes mots, la Shoah a probablement été la plus grande tragédie qu’ait connue l’Histoire de l’Homme. Pas seulement par son ampleur, mais surtout par sa nature. En allant aussi loin dans la barbarie, notre humanité a démontré qu’elle avait encore du chemin à parcourir avant de mériter le nom de civilisation. La Shoah est la plus douloureuse des leçons dont il nous faut sans cesse nous souvenir. Car, comme l’écrit Ida Grinspan « l’oubli serait aussi intolérable que les faits eux-mêmes ». 

 

Je souhaite ici que les flambeaux de la mémoire ne s’éteignent jamais.

 

1992 Bulawko.jpg

 

20:04 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook