25/04/2016

Employabilité et discriminations: les termes ne sont pas neutres


upa-employabilite-discrimination.jpgLe 5 mars 2016, j'ai été invité à m'exprimer à l'Universitaire populaire albanaise, en tant que Président de l'Association des Communes Genevoises et Maire de Vernier chargé de la cohésion sociale et de l'emploi, sur les difficultés et discrimination dans le domaine de l’employabilité.

Qu'est-ce qu'un individu employable?

Il est important de s’attarder sur les mots, sur les concepts, qui peuvent eux aussi être une source de discrimination ou du moins d’orientation de la pensée.

Le terme employabilité n’est pas un terme que j’affectionne particulièrement. C’est un bon choix pour cet intitulé, parce que c’est un concept porteur de valeurs discriminantes, justement. On comprend que l’employabilité est le potentiel que détient une personne pour trouver un emploi, qui se base sur son niveau de formation, ses compétences, son réseau, sa capacité de mobilisation, etc. Mais qu’est-ce qu’un individu employable? Quelqu’un qui est porteur de compétences, de suffisamment de compétences, utilisable donc, ou quelqu’un qui est digne d’être employé, de désirable? Ce terme est en ce sens très représentatif du monde de l’emploi, mais pas neutre.

Tout le monde peut être touché par l'une ou l'autre discrimination

La définition formelle de «discrimination» en fait l’action «de distinguer et de traiter différemment (le plus souvent plus mal) quelqu'un ou un groupe par rapport au reste de la collectivité ou par rapport à une autre personne». La discrimination, dans le domaine de l’emploi, notamment, se fait à trois niveaux, en trois temps :

  • Catégoriser les personnes, les affilier à des groupes (les vieux, les expats, les perfectionnistes, etc.) ;
  • Penser que l’appartenance à l’un de ces groupes renvoie nécessairement à certaines caractéristiques et compétences (ou leur absence ; par exemple : être flexible, être loyal, savoir maîtriser les nouvelles technologies, etc.) ;
  • Juger la valeur ou le potentiel économique de personne (dans l’entreprise, dans la société) en fonction de la correspondance de ces caractéristiques/ compétences à une seule et unique norme (pour être un bon employé, il devrait être comme ci ou comme ça).

Qui est touché par ce risque de catégorisation? A peu près tout le monde, en principe, mais certains plus que d’autres. Par exemple: les « trop » jeunes ou les « trop » vieux, les femmes, les personnes d’origine étrangère.

La discrimination positive avantage certains profils

Ce qui entraîne ou du moins renforce cette discrimination est à l’inverse la discrimination positive qui est faite à l’égard de certains profils. Par exemple: on attribuera probablement facilement certaines qualités professionnelles à un jeune homme dans la trentaine, propre sur lui, qu’il n’aura pas forcément.

Une manière de lutter contre la discrimination, c’est utiliser les mécanismes qui en sont à l’origine à son avantage, en tirant partie des éléments de son image que l’on peut maîtriser. C’est que l’on essaie d’inculquer aux personnes quand on les coache en matière de recherche d’emploi, dans la constitution d’un dossier de candidature, pour se préparer à l’entretien.

Le danger? Des jugements considérés comme des vérités!

Lutter contre la discrimination, que chacun porte en soi, l’employeur et l’employé, l’étranger et le suisse, c’est faire l’effort intellectuel de sortir de nos réflexes d’appréciation et tenter de voir les gens autrement. D’avoir un recul sur ses propres préconçus aussi, apprendre à les identifier et s’en défaire. On est constamment tenté, et c’est humain, de se laisser guider par des jugements spontanés. Les catégories peuvent servir. Ce qui devient dangereux c’est que l’on fasse de ces jugements ce qu’ils ne sont pas: des vérités.

Peut-être qu’il faut apprendre à concevoir le monde du travail différemment. Au lieu de partir de l’économie de marché et de ses besoins, pour ne sélectionner parmi les chercheurs d’emploi que celles et ceux qui peuvent servir ce modèle, pourquoi ne pas partir des individus, de leurs caractéristiques, compétences, points de vue singuliers et parfois négligés, et voir comment leur particularité peut être utile à la société.

Sans aller dans un projet de réorganisation utopiste du travail, on peut en partie appliquer cette idée lors de recrutement. Comment ? Quand on est face à une personne séduisante ou convaincante, mais qui semble atypique ou fragile, prendre le risque de l’engager, d’essayer. On a peu à y perdre, mais on risque de gagner beaucoup. Les gens se révèlent souvent en cours d’emploi, et grandissent au gré des accomplissements professionnels, en étant alimenté du regard bienveillant de l’employeur.

L’économie, la société avance par l’innovation, et l’innovation est ce qui est différent de l’habituel. Se priver de la différence, de la singularité, c’est se priver de l’évolution.

 

15:41 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

22/04/2016

Assermentation des APM: "Un terrain occupé est un terrain sécurisé"

cipale, sécurité
Discours tenu lors de l'Assermentation des nouvelles-eaux Agent-e-s de Police Municipale (APM), le 21 avril 2016

C’est un honneur, en ma qualité de président de l’Association des Communes Genevoises, que d’être ici devant vous pour la prestation de serment des nouveaux agents et des nouvelles agentes de la police municipale des communes genevoises.

Une prestation de serment, c’est un acte fort.

C’est l’acte par lequel vous vous engagez officiellement à vous mettre au service de la collectivité. C’est l’acte par lequel vous faites vœux d’exemplarité, de dévouement et de don de soi.

C’est l’acte fondateur de votre nouveau métier qui vous amènera sûrement à côtoyer de grandes joies et des expériences formidables, mais qui vous fera aussi connaître la détresse, le désespoir et la misère des autres.

C’est l’acte par lequel vous prêtez allégeance, non pas seulement à des autorités politiques, mais bien au peuple lui-même qui, dans notre système démocratique, vous confie une partie de sa précieuse liberté pour que vous puissiez lui garantir, en échange, de la sécurité.

 

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11:01 Écrit par Thierry Apothéloz dans Sécurité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

13/04/2016

Les bibliothèques de quartier (vraiment) en danger avec cette nouvelle loi du Conseil fédéral

rayons-de-bibliotheque.jpgLe Conseil fédéral a récemment lancé une consultation sur une importante révision de la loi sur le droit d’auteur. Il s’agit de faire payer aux bibliothèques des droits pour chaque ouvrage prêté. Bien entendu, l’intention semble louable. Il est normal que les auteurs d’un livre puissent obtenir une juste rétribution pour leur travail, nul ne le conteste.

Mais la solution envisagée ici par le Conseil fédéral est un transfert de charge déguisé à destination des communes, ce qui est inacceptable. Et cela l’est évidemment d’autant plus pour les communes populaires, dont les bibliothèques constituent souvent le premier instrument de promotion de la culture ! Vouloir faire supporter aux collectivités locales des charges supplémentaires, c’est appauvrir dangereusement l’offre culturelle. Et donc fragiliser le rôle de communes dans la cohésion sociale de notre pays

 

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09:49 Écrit par Thierry Apothéloz dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

01/03/2016

Ne crions pas victoire! Nous avons simplement sauvé les meubles.

"Un sursaut citoyen, c’est bien. Mais le futur nous réserve encore bien des surprises et de nouveaux combats à mener. A nous, peuple souverain, de montrer que la Suisse que nous voulons ne ressemble en rien à celle que l'UDC nous a proposée le 28 février"

 

L’UDC occupe systématiquement – et ce avec un terrible succès – le devant de la scène politique sur les questions liées à la migration. Ce dimanche 28 février de votations fédérales était attendu avec une certaine anxiété. Anxiété devant la déferlante de haine et de mépris à l'égard de la population étrangère qui vit dans notre pays. Anxiété devant un discours du parti agrarien qui se radicalise d'année en année. Anxiété face au spectre d’un nouveau tour de vis injustifié autant qu’injustifiable à cette immigration qui fait notre richesse.

12791107_10154099591136282_8636661601929971658_n.jpgAprès le résultat surprise du 9 février 2014 qui a mis un coup d'arrêt à notre prospérité, jeté l’opprobre sur notre réputation d’accueil, il était à craindre qu’un nouveau scénario catastrophe se reproduise.

C’était sans compter sur le sursaut citoyen et démocratique qui s’est développé tout au long de la campagne et qui a permis de stopper net la surenchère populiste nauséabonde de l’UDC. Un sursaut qui s'est matérialisé par une participation quasi-historique et par une mobilisation d'opposants rarement aussi diversifiée et large.

Certes, il a fallu se battre, longtemps, en mobilisant des forces considérables, pour repousser cette initiative sur le renvoi des criminels étrangers. Il a fallu faire appel à la raison, à la pesée des conséquences, au réveil des consciences, à notre histoire, à notre bon sens. Il a fallu parler des détails de cette loi, écrite au coin d'une table, qui mettait au même niveau des crimes qui n'avaient rien avoir les uns avec les autres ou qui aurait par exemple lourdement condamné tout Suisse ayant commis une erreur dans ses déclarations impôts ou assurances sociales. Il a fallu mobiliser des trésors d’arguments pour expliquer pourquoi ce texte allait trop loin et pourquoi il était, à bien des égards, inhumain.

Ne crions pourtant pas victoire! Nous avons simplement sauvé les meubles et obtenu le droit de respirer. Un petit sursis. Bienvenu, certes. Mais un sursis quand même.

Jusqu’à la prochaine salve

Car l’UDC ne s’arrêtera pas là. Ne croyons pas une seconde que cette défaite, même cuisante, sonne le glas de ses ambitions démagogiques en matière de migration.

L’UDC n’aime pas la Suisse. Du moins, pas celle que je connais et au milieu de laquelle j’ai grandi. Cette Suisse bigarrée, multiple, hétérogène et originale. Cette Suisse qui fait notre fierté, et qui a permis jusqu'ici notre développement et nos succès économiques.

Cette Suisse multiculturelle, l’UDC n’en veut pas. L'UDC a demandé au peuple suisse de créer des citoyens de deuxième classe. Le peuple suisse lui a répondu sèchement qu'il ne voulait pas de cela dans notre pays. Au lieu de marcher dans le sens de l’Histoire, d’accompagner et de faire face aux bouleversements migratoires actuels – et qui n’ont aucune chance de s’arrêter dans le futur – l’UDC s’arqueboute sur une vision de la Suisse qui n'a jamais existé mais dont elle essaie de faire croire à l'existence. L'UDC propose des lois rigides et impossibles à appliquer au lieu de proposer une politique cohérente qui unit, à la hauteur de notre pays.

Un sursaut citoyen, c’est bien. Mais le futur nous réserve encore bien des surprises et de nouveaux combats à mener. A nous, peuple souverain, de montrer que la Suisse que nous voulons ne ressemble en rien à celle que l'UDC nous a proposée le 28 février.

19:16 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

03/02/2016

Opéra des Nations: « Opposer une forme de culture à une autre est un discours réactionnaire »

A l’heure où les Nations sont troublées par tant de haine et d’exclusion, j’ai été très heureux de participer hier soir à l’inauguration de l’Opéra des Nations. Quel magnifique symbole.

Notre Grand-Théâtre a entamé sa migration provisoire pour quelques années, dans l’attente des travaux de rénovation qui vont permettre de remettre à neuf son écrin historique. Le magnifique bâtiment du Grand Théâtre, inauguré en 1879 et partiellement reconstruit en 1962 après l’incendie de la salle de spectacles, opère une mue bienvenue.

Les Communes genevoises participent à une vie culturelle riche et variée

En tant que Président de l’Association des communes genevoises, je suis heureux que notre Association ait pu être pleinement actrice des grands changements que va provisoirement connaître le bâtiment du Grand Théâtre.
L’Association des communes genevoises a contribué aux travaux à hauteur de 3 millions de francs, en plus de sa subvention annuelle ordinaire. Et ce quelles que soient les décisions à venir concernant la répartition des tâches entre le Canton et les Communes. Preuve s’il en est que les communes genevoises ont à cœur de participer à une vie culturelle riche et variée.


Ce fleuron prestigieux de la culture est une institution cantonale et régionale, qui bénéficie du soutien de l’ensemble des collectivités publiques.


Dans un période où la culture – sous toutes ses formes – est chahutée de toutes parts, et où l’édifice du Grand-Théâtre a tristement subi les foudres de quelques inconscients particulièrement mal inspirés, il est plus que jamais nécessaire de réaffirmer notre soutien unanime et résolu aux grandes institutions culturelles de notre canton.

Le Grand-Théâtre ne doit pas être élitiste

Je refuse catégoriquement de considérer que notre Grand-Théâtre est une institution élitiste, réservée à un cercle d’initiés, et qui ne profite qu’à une petite partie de la population.
Ce discours réducteur, je l’entends trop souvent de la part de celles et ceux qui voudraient niveler notre offre culturelle par le bas. Alors qu’il faut, au contraire, ouvrir celle-ci à toutes et tous !

Opposer les formes de culture, une grossière erreur!

Opposer une forme de culture à une autre est un discours réactionnaire que je condamne avec la plus grande fermeté.

Le Grand-Théâtre appartient à toutes les Genevoises et à tous les Genevois. Je sais les efforts que le Conseil de fondation réalise chaque jour pour combattre l’image élitiste que véhiculent encore trop souvent les arts lyriques.

Les stéréotypes ont toujours la peau dure, mais je ne doute pas un instant de la volonté affichée des Autorités et du Conseil pour les briser.

Je souhaite que le déménagement du Grand-Théâtre dans ces nouveaux murs aidera à cette nécessaire transformation des mœurs.

Pari ambitieux que celui-ci, qui casse nos habitudes établies, qui fera pour quelques temps savourer les délices d’une programmation de grande qualité dans ce nouveau bâtiment.


L’Association des communes genevoises que je préside est attachée à l’institution qu’est le Grand-Théâtre. Le souci que nous portons à l’avenir et à la pérennité du Grand-Théâtre.

Une fierté pour notre canton

Nous avons la chance inouïe de bénéficier d’une scène lyrique internationalement reconnue, qui fait la fierté de notre canton et de ses habitant-e-s.
C’est là un bien précieux, qui mérite en tout temps, notre soutien.

Je souhaite la bienvenue à l’Opéra des Nations et remercie l’ensemble des membres du Conseil de fondation, du personnel rattaché au Grand-Théâtre, les ménènes,  les mandataires et les ouvriers qui ont travaillé sur ce chantier pour nous offrir un magnifique bâtiment.

 

Discours prononcé à l'occasion de l'inauguration du bâtiment de l'Opéra des Nations le 2 février 2016.

18:20 Écrit par Thierry Apothéloz dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook