13/04/2017

L’artisanat local, c’est du savoir-faire, de la passion et de la volonté

A l'occasion de la remise du prix de l'Artisanat de l'Association des communes genevoises, j'ai eu le grand privilège de remettre le prix 2016 à l'entreprise Arturo Belli, bottiers à Carouge. 

Voici mon intervention : 

C’est un plaisir pour moi que d’être présent pour remettre le prix de l’artisanat décerné depuis 1991 par l’Association des Communes Genevoises. Cette année encore, grâce à l’appui de la Banque cantonale de Genève.

Les communes, vous le savez, symbolisent la proximité. Et c’est finalement logique que ce soit à elles de décerner ce prix qui récompense une activité locale.

Une entreprise plus que centenaire

L’entreprise dont nous saluons cette année l’implication dans le tissu local a une longue histoire. Plus que centenaire, elle a été fondée en 1909 par un immigré italien originaire de Toscane. Amenant avec lui son savoir-faire et ses dons précieux, Arturo Belli a fabriqué des chaussures. Comme l’ont fait par la suite les deux générations suivantes qui lui ont succédé.

Reprise depuis une quinzaine d’année par Monsieur Tony Giglio, cette manufacture est aujourd’hui la seule du pays qui élabore des chaussures sur mesure du début à la fin du processus de fabrication. Et quand on sait qu’il faut pas moins de 250 opérations différentes pour fabriquer une chaussure de manière artisanale, on mesure combien le degré de technicité et de professionnalisme de cette entreprise doit être élevé ! Et on m’a même laissé entendre que Monsieur Giglio lui-même, au sein de son entreprise, met encore la main à la pâte et participe lui-même à la fabrication de ces produits manufacturés, ce qui est admirable !

Savoir-faire et passion

A l’heure de la mondialisation à tout crin et de l’uniformisation de l’industrie, il est bon de se rappeler que le savoir-faire, la passion et la volonté sont encore des valeurs qui existent de par nos contrées. Fabriquer des chaussures de qualité, en respectant la matière, en respectant les clients, en respectant les traditions, voilà un défi de taille que relève avec brio la Maison Arturo Belli ! Ceci est d’autant plus admirable que, nous le savons tous, le marché dans ce secteur précis est ultra concurrentiel.

Les artisans et notre mémoire collective

Qui se chausse encore aujourd’hui chez un artisan de proximité ? Peu de monde, c’est certain. Bien sûr, la qualité a un prix. Mais elle a surtout une âme. Et ce métier – celui de bottier – qui était encore une profession bien établie il y a de cela un siècle est en train de progressivement disparaître de nos jours. Combien de métiers similaires, qui demandent de la patience, du doigté, de l’expérience et du cœur n’existent-ils plus que dans nos lointains souvenirs ? Bien trop, sans doute. Lorsqu’un artisan disparaît, c’est un morceau de notre mémoire collective qui s’en va. Bien peu parviennent à survivre. Encore moins à en vivre.

Être petit et miser sur la qualité

Un économiste dont j’ai oublié le nom a dit un jour que, au 21ème siècle, ne survivront que les très gros qui peuvent baisser au maximum leurs coûts de productions, et les très petits qui miseront tout sur la qualité. Je crois que l’entreprise que nous honorons aujourd’hui s’inscrit parfaitement dans cette logique. Faire peu, faire bien, avec du cœur, à l’échelle humaine. Faire dans la qualité, le sur-mesure, perpétuer un art ancien, précieux. C’est la marque de fabrique d’une entreprise telle que Arturo Belli !

C’est donc avec beaucoup d’émotion, croyez-moi que je remets ce prix à Monsieur Giglio, au nom des communes genevoises. Nous récompensons ainsi plus qu’un travail et une entreprise. Nous remercions des hommes et des femmes qui font vivre un métier rare, avec passion, dévouement et savoir-faire. Le canton de Genève peut être particulièrement fier de compter une telle entreprise en son sein.

Je souhaite encore longue vie à la maison Arturo Belli !

Vive les artisanes et les artisans de Genève !
Vive les communes genevoises !
Vive la République et Canton de Genève !

Thierry Apothéloz

Le Prix de l’Artisanat en quelques mots: il fut créé en 1991, pour mettre en évidence la richesse et la diversité de l’artisanat genevois. Décerné, depuis 1995, sous l’égide de l’Association des Communes Genevoises, il est le pendant du Prix de l’Industrie, attribué par l’Etat de Genève. Le lauréat est désigné par un jury de professionnels qui se réunissent plusieurs fois par année. Il prend en compte, outre les qualités du travail du lauréat, son engagement pour la formation de la relève et la transmission de son savoir-faire.

16:39 Écrit par Thierry Apothéloz dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

24/01/2017

L’Hebdo, une case en moins

presse, magazine, suisse, suisse romandeJ’ai appris aujourd’hui avec une grande tristesse la disparition prochaine de l’Hebdo. Un journal qui avait trouvé – je le croyais – sa place dans le paysage médiatique romand.

Disons-le tout de go : je n’ai – de loin – pas toujours d’accord avec ses positions. Ses attaques répétées sur les élus de gauche m’avaient fait hésiter à renouveler mon abonnement.
Je laisse donc aux hypocrites le soin de crier leur désespoir sur les réseaux sociaux.

Mais, bien moins que son contenu, c’est le symbole que représente la disparition de l’Hebdo – comme n’importe quel autre titre de presse – qui m’émeut aujourd’hui.

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10:49 Écrit par Thierry Apothéloz dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

18/09/2016

AVS +, un investissement pour l’avenir

Le 25 septembre prochain, nous voterons sur l’initiative demandant une augmentation de 10% des rentes AVS. Initiative solide, intelligemment présentée et visant à améliorer la qualité de vie de nos seniors et aînés, « AVS+ » a le mérite de la clarté. Clarté d’un choix de société qui n’entend pas laisser les retraités vivre dans la précarité ou dépendre de l’aide sociale (prestations complémentaires) pour subvenir à leurs besoins de base. Clarté d’une politique résolument tournée vers l’avenir et la sécurité, lorsqu’on sait combien les revenus des fonds de prévoyance (2ème pilier) sont instables et plus risqués que jamais. Clarté d’une volonté d’investir dans le bien-être de celles et ceux qui, d’ici moins de 30 ans, composeront plus de la moitié de la population Suisse.

« AVS+ » est un projet viable et financièrement sain, basé sur un financement paritaire (salariés/employeurs), qui permettra de diminuer d’autant le recours aux aides étatiques. C’est donc bien le fruit du travail, et non une augmentation de la fiscalité, qui financera cette réévaluation des prestations. C’est là le principe même de notre système assurantiel. Quoi de plus sain !

Aujourd’hui, en Suisse, ce sont près de 200'000 personnes qui gardent la tête hors de l’eau, uniquement grâce au soutien financier des prestations complémentaire, qui viennent combler les montants trop bas de la seule AVS. Est-ce normal dans un pays aussi riche que le nôtre ? Comment peut-on justifier, avec les richesses que nous produisons, que près de 4 femmes sur 10 n’ont que leur AVS pour vivre ?

Certes le pays vieillit, c’est le cas partout en Europe. Certains diront qu’il faut donc limiter les coûts de la vieillesse… quelle logique absurde ! Alors que, toutes et tous, nous ferons un jour ou l’autre – de plus en plus nombreuses et nombreux – partie de cette population, il est au contraire temps d’investir dans le bien-être des seniors.

Il est aujourd’hui grand temps de s’emparer de la problématique du vieillissement de la population. Non pas sous l’angle des coûts que ce phénomène va engendrer, mais bien en fonction de la qualité de vie que nous voulons offrir à celles et ceux qui doivent pouvoir profiter d’une retraite à l’abri du besoin.

Nous sommes aujourd’hui face à un tournant de notre politique sociale. Sommes-nous prêts à faire les efforts pour investir dans nos seniors, ou allons-nous continuer à considérer que le travail de toute une vie ne mérite rien (ou presque) ?

17:19 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

25/07/2016

Les élus municipaux démissionnent: "Préservons le système de milice!"

Selon l'article de la Tribune de Genève du 24 juillet 2016, basé sur les chiffres fournis par la Chancellerie d'Etat, 16,74% des conseillers municipaux du Canton de Genève ont changé en un an, depuis le début de la législature en juin 2015, un taux très élevé déjà pour une première année de législature. Trop certainement. La situation est préoccupante, mais des solutions existent.

Une situation préoccupante

En tant que président de l'Association des Communes Genevoises, cette situation me préoccupe à plus d'un titre. Le système de milice, notamment à l'échelon communal, est un des piliers de nos institutions. Certes, il ne faut pas oublier que la démission d'un-e élu-e entraîne par ricochet l'élection d'un-e vient-ensuite, soit une force nouvelle, peut-être plus motivée ou ayant plus de temps à dégager pour la choses publique. Mais cette hausse inquiétante des démissions qui représente une perte de compétences pour la collectivité publique, n'est pas imputable uniquement aux élu-e-s qui démissionnent. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, à mon avis. A chacune de celles-ci, des solutions peuvent et doivent être trouvées.

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11:32 Écrit par Thierry Apothéloz dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

24/04/2014

40 ans après, trouvons aujourd'hui les nouvelles révolutions de demain

J'avais à peine 3 ans quand s'est déroulé la Révolution des Oeillets au Portugal. Évidemment, je n'ai pas de souvenir de 1974, mais j'ai en revanche suivi tout au long de ma vie le parcours de ce pays passionnant qu'est le Portugal. Les enjeux qui ont été posés au Portugal ont d'abord été démocratiques et le pays a su relever ces défis. D'un pays anti-démocratique aux confins de l'Europe, tourné vers l'outre-mer, le Portugal est devenu en l'espace de 40 ans un pays au destin européen incontestable, ancré dans une démocratie vivante où l'alternance politique est possible. Ces défis sont également d'ordre économique et social. Si le Portugal était encore il y a quelques années un pays extrêmement pauvre, les gouvernements successifs ont réussi à améliorer globalement le sort des portugaises et des portugais. Globalement uniquement. Car à y regarder de plus près, le Portugal n'a pas réussi à constituer une classe moyenne stable. Les forces économiques actuelles pousse la population vers l'extrême richesse ou vers la précarité. Pour preuve le Portugal était en 2012 le troisième pays de l'Union Européenne avec l'indice d'inégalité le plus fort dans l'Union. 40 après une révolution démocratique, économique et sociale, il est maintenant temps pour le Portugal de trouver sa nouvelle révolution: celle-ci doit être démocratique et participative, en incluant la population dans les échelons locaux premièrement. En tant que Maire, j'ai pu constater que certains villes étaient comme Vernier de véritables laboratoires sociaux. Antonio Costa, maire de Lisbonne, que j'ai eu plaisir de rencontrer, a réussi à créer à Lisbonne une politique créative de participation et d'inclusion qu'il serait utile d'élargir à l'ensemble des municipalités. Cette révolution doit être sociale et économique en créant les mesures nécessaires à une plus grande justice sociale et une meilleure distribution des richesses, notamment en ciblant sur l'innovation, la formation et la lutte contre les inégalités. Le Portugal et le peuple portugais doivent retrouver l'espoir et comme en 1974 redonner la place à sa société civile.

17:50 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook