16/03/2017

Peut-on sauver la classe moyenne?

Le Centre Social Protestant tire la sonnette d’alarme: la classe moyenne inférieure (le terme est terrible!) n’arrive plus à joindre les deux bouts. La faute à un filet social qui voit ses mailles s’élargir de jour en jour. Laissant des familles passer à travers. Cette bombe sociale risque bien de nous exploser à la figure si l’on n'agit pas au plus vite.

Aujourd’hui, le terme de classe moyenne est galvaudé. Dans le temps, on qualifiait par ce terme celles et ceux qui arrivaient à faire face au quotidien sans trop de difficultés. Aujourd’hui, la classe moyenne, ce sont les nouveaux précaires. Celles et ceux qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, qui voient les factures, les dettes, les problèmes s’accumuler. Ce sont surtout les working poors, ces familles qui cumulent les emplois mais qui ne parviennent plus à échapper à la précarité malgré cela.

Est-il normal qu’un couple avec deux revenus ne puisse pas faire face avec sérénité à ses obligations financières? Bien sûr que non! Il est bien loin le temps où un salaire suffisait à faire vivre une famille. Et même avec deux emplois, cela n’est plus le cas aujourd’hui.

 

Comment en est-on arrivé là?

 

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19:02 Écrit par Thierry Apothéloz dans Cohésion sociale | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook

08/08/2012

Chômage à Genève : Isabel Rochat doit maintenir les subventions aux associations d’insertion professionnelle

Un récent communiqué de l’Office cantonal de l’emploi, relayé par la Tribune de Genève (édition du 08.08.2012), indique que les chiffres du chômage sont en diminution à Genève.

 

Une fois encore, le département de la solidarité et de l’emploi (DSE) se garde bien de fournir une explication à cette baisse des demandeurs d’emploi, et pour cause : les chiffres du chômage, depuis l’adoption par le peuple l’année dernière, de la modification de la LACI, et de l’abandon à Genève du RMCAS, ont vu une part croissante de personnes sans emploi quitter les statistiques du chômage pour rejoindre celles de l’aide sociale.

 

Et là, par contre, c’est silence radio. Personne ne dit que depuis 3 ans, le nombre de personnes à l’aide sociale – justement du fait des modifications législatives précitées – a augmenté de 32 %, dont un tiers par les effets induits par l’introduction de la nouvelle Loi fédérale sur l’assurance-chômage (LACI) entrée en vigueur le 1er avril 2011. Selon toute vraisemblance, les demandes continueront d’affluer.

 

Parler dès lors de baisse du chômage à Genève, dans l’objectif à peine voilé de glorifier les mesures plus que discutables mises en œuvre ces dernières années par le DSE, relève tout simplement de la malhonnêteté intellectuelle.

 

 

Quand les communes font le travail du DSE

 

Si la baisse du chômage à Genève n’est donc qu’une illusion statistique, la précarité, elle, en revanche, est bien présente. Dans les communes, les services sociaux ne désemplissent pas et essayent, tant que faire se peut, de palier efficacement aux restrictions toujours plus importantes qu’ont connu ces dernières années dans notre canton les législations sur le chômage et sur l’aide sociale. A Vernier, pour exemple, le nombre de dossiers suivis pour un accompagnement social a augmenté de près de 30% en trois ans. Près de 40 personnes bénéficient chaque semaine d’une aide pour la rédaction d’un CV ou une lettre de motivation. Rien n’oblige les grandes villes comme Vernier, Lancy, Onex, Meyrin ou Carouge à mettre en place des mesures d’aide sociale ou d’insertion. Les communes ramassent à la petite cuillère celles et ceux qui sont broyé-e-s par un système de protection sociale toujours plus restrictif. C’est le choix de la majorité de droite du Grand Conseil et du Conseil national qui voit dans la protection sociale une dépense inutile et onéreuse.

 

Une situation qui va encore s’aggraver

 

Le problème de cette baisse statistique du chômage a une autre conséquence dramatique : la diminution de l’aide financière annoncée aux associations d’insertion professionnelle. En effet, au niveau fédéral, du fait que la prétendue embellie sur le marché du travail, le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) a annoncé récemment une diminution de près de 5 millions de francs des subventions accordées à ces institutions. Cette mesure proprement inadmissible fait des émules, puisqu’à Genève, le DSE s’apprête à appliquer cette mesure proprement inadmissible, non sans imaginer en profiter pour couper encore plus ! La logique est implacable : parce que les chiffres du chômage ont artificiellement baissé, il n’y a dès lors plus vraiment besoin d’investir dans l’insertion. Or, bien sûr, cette logique est inique, puisqu’une fois de plus, ce sont les plus précarisé-e-s d’entre nous qui vont en faire les frais ! Le fossé qui sépare les chômeurs les plus qualifiés et celles et ceux pour lesquelles un soutien plus individualisé est nécessaire ne va donc cesser de s’agrandir. Les associations vont gravement en souffrir. Alors que les situations individuelles se complexifient, elles doivent toujours plus avec moins.

 

Aujourd’hui, j’en ai assez de cette logique. J’en ai assez que ce soient toujours les mêmes qui paient le durcissement des dispositifs d’accompagnement professionnel et social. J’en ai assez que l’Etat continue de transférer aux communes qui n’en ont plus les moyens les tâches qu’il devrait lui-même accomplir. J’en ai assez de cette société à deux vitesses où la volonté d’insertion ne suffit plus et où on pénalise les plus fragiles, systématiquement. J’en ai assez de voir le DSE s’attaquer aux chômeurs, et non pas au chômage.

 

 

Isabel Rochat doit réagir !

 

Par mon propos, je m’adresse ouvertement ici à la Conseillère d’Etat Isabel Rochat : cautionner des mesures qui renforcent là encore une fracture sociale particulièrement pénible à Genève, c’est attaquer la cohésion sociale et le vivre-ensemble qui sont aujourd’hui en jeu dans notre canton.

 

Je demande d’une part à la Conseillère d’Etat de refuser toute baisse de l’aide financière aux associations qui combattent le chômage, qui accompagnent les personnes éloignées du marché du travail par des prestations de qualité et qui rattrapent tant bien que mal les dégâts de la politique en la matière de ces dernières années.

 

Il en va de sa responsabilité, sous peine d’être tenue responsable des dégâts que de telles baisses et que la vision politique y associée ne manquera pas de causer tant sur nos habitant-e-s que sur notre système démocratique.

 

Je lui demande aussi de donner les moyens aux villes concernées, il en va aussi là d’une saine solidarité entre les collectivités du canton. C’est sa responsabilité. C’est son devoir.

 

Thierry Apothéloz, Conseiller administratif ville de Vernier

Président de l’OSEO Genève (Œuvre suisse d’entraide ouvrière Genève)

21:21 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook