01/03/2016

Ne crions pas victoire! Nous avons simplement sauvé les meubles.

"Un sursaut citoyen, c’est bien. Mais le futur nous réserve encore bien des surprises et de nouveaux combats à mener. A nous, peuple souverain, de montrer que la Suisse que nous voulons ne ressemble en rien à celle que l'UDC nous a proposée le 28 février"

 

L’UDC occupe systématiquement – et ce avec un terrible succès – le devant de la scène politique sur les questions liées à la migration. Ce dimanche 28 février de votations fédérales était attendu avec une certaine anxiété. Anxiété devant la déferlante de haine et de mépris à l'égard de la population étrangère qui vit dans notre pays. Anxiété devant un discours du parti agrarien qui se radicalise d'année en année. Anxiété face au spectre d’un nouveau tour de vis injustifié autant qu’injustifiable à cette immigration qui fait notre richesse.

12791107_10154099591136282_8636661601929971658_n.jpgAprès le résultat surprise du 9 février 2014 qui a mis un coup d'arrêt à notre prospérité, jeté l’opprobre sur notre réputation d’accueil, il était à craindre qu’un nouveau scénario catastrophe se reproduise.

C’était sans compter sur le sursaut citoyen et démocratique qui s’est développé tout au long de la campagne et qui a permis de stopper net la surenchère populiste nauséabonde de l’UDC. Un sursaut qui s'est matérialisé par une participation quasi-historique et par une mobilisation d'opposants rarement aussi diversifiée et large.

Certes, il a fallu se battre, longtemps, en mobilisant des forces considérables, pour repousser cette initiative sur le renvoi des criminels étrangers. Il a fallu faire appel à la raison, à la pesée des conséquences, au réveil des consciences, à notre histoire, à notre bon sens. Il a fallu parler des détails de cette loi, écrite au coin d'une table, qui mettait au même niveau des crimes qui n'avaient rien avoir les uns avec les autres ou qui aurait par exemple lourdement condamné tout Suisse ayant commis une erreur dans ses déclarations impôts ou assurances sociales. Il a fallu mobiliser des trésors d’arguments pour expliquer pourquoi ce texte allait trop loin et pourquoi il était, à bien des égards, inhumain.

Ne crions pourtant pas victoire! Nous avons simplement sauvé les meubles et obtenu le droit de respirer. Un petit sursis. Bienvenu, certes. Mais un sursis quand même.

Jusqu’à la prochaine salve

Car l’UDC ne s’arrêtera pas là. Ne croyons pas une seconde que cette défaite, même cuisante, sonne le glas de ses ambitions démagogiques en matière de migration.

L’UDC n’aime pas la Suisse. Du moins, pas celle que je connais et au milieu de laquelle j’ai grandi. Cette Suisse bigarrée, multiple, hétérogène et originale. Cette Suisse qui fait notre fierté, et qui a permis jusqu'ici notre développement et nos succès économiques.

Cette Suisse multiculturelle, l’UDC n’en veut pas. L'UDC a demandé au peuple suisse de créer des citoyens de deuxième classe. Le peuple suisse lui a répondu sèchement qu'il ne voulait pas de cela dans notre pays. Au lieu de marcher dans le sens de l’Histoire, d’accompagner et de faire face aux bouleversements migratoires actuels – et qui n’ont aucune chance de s’arrêter dans le futur – l’UDC s’arqueboute sur une vision de la Suisse qui n'a jamais existé mais dont elle essaie de faire croire à l'existence. L'UDC propose des lois rigides et impossibles à appliquer au lieu de proposer une politique cohérente qui unit, à la hauteur de notre pays.

Un sursaut citoyen, c’est bien. Mais le futur nous réserve encore bien des surprises et de nouveaux combats à mener. A nous, peuple souverain, de montrer que la Suisse que nous voulons ne ressemble en rien à celle que l'UDC nous a proposée le 28 février.

19:16 Écrit par Thierry Apothéloz dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

30/05/2012

L'accueil du jeune enfant est un droit

Inscrire dans la Constitution genevoise le droit à une place pour chaque enfant est le but de d’une initiative des Socialistes et des Verts lancée en 2009. Avec plus de 14'000 signatures, l’IN 143 « pour une véritable politique de la petite enfance » va être soumise au peuple le 17 juin prochain, en même temps que l’élection d’Anne Emery-Torracinta au Conseil d’Etat.

Il est étonnant que l’investissement dans le domaine de la petite enfance, sous prétexte qu’il est onéreux, ne soit pas plus valorisé. Certains partis s’y opposent même ! Les études suisses et européennes montrent pourtant qu’une société a un réel intérêt à renforcer sa politique dans ce domaine. Les solutions de garde profitent à toute la société : aux enfants, aux familles, aux loisirs, à l’économie (on rappellera ici qu’un franc investi en petite enfance en rapporte trois à l’économie).

 

Les familles – en couple autant que monoparentales - ont plus que jamais aujourd’hui un besoin fondamental de trouver des places dans des crèches. Notre initiative veut répondre efficacement à cette problématique en exigeant des communes qu’elles proposent, dans un délai de cinq ans, des places, largement insatisfaite aujourd’hui.

 

Le Parlement genevois a décidé d’opposer un contre-projet à cette initiative. Les différences ne sont pas minimes. Au droit pour les familles d’obtenir une place, il a été préféré une adaptation de l’offre aux besoins. Ceci n’est évidemment pas suffisant. Notre initiative demande l’inscription d’un droit.

 

Car la demande est conséquente. Dans le canton de Genève, l’offre dans le domaine de la petite enfance n’est que de 17 %[1] ! A Vernier, des efforts ont été consentis ces dernières années : nous avons doublé le nombre de places de crèches, en passant de 123 places en 2007 à 300 en 2012. Pourtant, la liste d’attente est croissante. A fin avril, 320 enfants attendaient encore une place. Pour y répondre, des projets de construction sont en cours. Une autre piste serait d’offrir, comme dans les pays nordiques, un congé parental plus long. La Suisse n’en prend hélas pas le chemin.

 

Ainsi, pour créer cette indispensable dynamique de croissance dans ce domaine, pour favoriser la socialisation des enfants et des familles, pour un droit à la petite enfance dans l’ensemble du canton, comme à Vernier, je vous invite à voter OUI à l’IN 143. Si l’initiative 143 et le contre-projet devaient être acceptés, préférez l’initiative 143 en l’indiquant dans votre bulletin.



[1] Rapport de la Cour des Comptes 2012 sur la petite enfance, page 23.

10:10 Écrit par Thierry Apothéloz | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook